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L’Agence des Droits Fondamentaux (FRA) publie une enquête de victimation sur les musulmans

L’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA) a récemment publié une enquête de victimation (EU-MIDIS II) qui vise à mesurer le niveau de discrimination subi par les populations musulmanes en Europe.

Contrairement à la plupart des études sur le sujet qui sont faites en se basant sur les actes islamophobes reportés (dont notre rapport annuel http://www.islamophobie.net/wp-content/uploads/2017/05/CCIF-rapport-2017.pdf), une enquête de victimation va directement interroger un échantillon représentatif de la population ciblée pour l’interroger sur les crimes et délits dont elle a été la cible. Il est utile de rappeler ici que les musulmans représentent 4% (20 millions) de la population de l’Union européenne dont 46% vivent en France et en Allemagne.

 

Ce qu’il faut en retenir au niveau de l’Union européenne :

  • Depuis un premier rapport alarmant publié il y a 10 ans par la FRA, les musulmans subissent toujours autant de discrimination, de harcèlement et d’actes de violence aujourd’hui.
  • La moitié des musulmans interrogés ont connu des discriminations quand ils recherchaient un emploi, un logement ou recevaient des soins.
  • 27% des musulmans interrogés ont été la cible de harcèlement et 2%, de violence physique.
  • Malgré cela, les musulmans, dans leur grande majorité, aiment le pays dans lequel ils vivent, font confiance à leurs institutions (plus encore que le reste de la population) et n’ont globalement pas de problème à interagir avec des personnes de différentes religions et cultures.
  • Le rapport de la FRA note néanmoins que : « L’expérience de la discrimination a une incidence sur l’inclusion sociale des musulmans: ceux qui se sont sentis discriminés et / ou qui ont été victimes de harcèlement ou de violence ont montré une confiance moindre dans le système juridique policier du pays. Ils ont également exprimé des niveaux inférieurs d’attachement à leur pays de résidence. »
  • La FRA recommande de punir les discriminations de manière « effective, proportionnée, et dissuasive » pour freiner leur développement.

 

Ce qu’il faut retenir sur le niveau de déclaration des discriminations :

  • Seul 4% des personnes discriminées l’ont reporté à une institution. Cela est sans doute dû au fait que les institutions sont souvent les auteures de ces discriminations mais il faut aussi signaler que 72% des personnes interrogées n’ont pas connaissance de leurs possibilités d’action.
  • 79% des personnes ne reportent pas du tout les discriminations qui les ciblent.
  • 12% seulement reportent les discriminations subies.
  • 47% des personnes qui ne signalent pas les discriminations subies pensent que cela ne servira à rien.
  • 81% de ceux qui ont reporté des violences ne disent pas avoir été satisfaits de la réponse de la police et seulement 13% ont été satisfaits.
  • La FRA note à ce sujet : « Seulement 3 des 3 763 répondants musulmans qui ont déclaré avoir été harcelés ont signalé l’incident à un organisme de promotion de l’égalité (tel que le Défenseur des droits en France), à une institution de défense des droits de l’homme ou à une institution de médiation ». Elle ajoute aussi : « Cela concorde avec les résultats d’autres enquêtes sur la victimation. Les recherches de la FRA ont toujours montré que les victimes de crimes de haine sont réticentes à signaler les incidents à la police – parfois parce qu’elles ne savent pas où s’adresser pour obtenir de l’aide, parfois parce qu’elles ne croient tout simplement pas que le signalement fera la différence. Les victimes peuvent aussi souffrir de sentiments de peur, de culpabilité ou de honte. Cela signifie que de nombreux cas de harcèlement et de violence racistes ne font pas l’objet d’une enquête ou de poursuites. En conséquence, les délinquants restent impunis et les victimes n’obtiennent pas réparation et font encore moins l’expérience de la justice. »
  • La FRA recommande de renforcer les moyens des organismes tels que le Défenseur des droits et de les faire connaitre davantage.

 

Ce qu’il faut retenir sur la France :

 

  • La France est le 5ème pays de l’UE avec le plus d’expérience de discriminations liées à la religion,
  • La France est le 6ème pays d l’UE avec le moins de report de discriminations (11% seulement)
  • La France est le 6ème pays où les musulmans ne savent pas qu’il existe un organisme de promotion et de défense des droits (34%)
  • France est le pays de l’UE où les musulmans pensent le plus que les discriminations sont très répandues ou plutôt répandues en raison de la religion, de la couleur de peau, ou de l’origine ethnique.

Les leçons à tirer du rapport EU MIDIS II

  • La France, qui se trouve souvent dans le peloton de tête des pays de l’UE où le plus grand nombre de problèmes est recensé par le rapport EU-MIDIS II, doit prendre en compte et trouver les moyens d’appliquer les recommandations de la FRA de manière urgente.
  • Les musulmans sont prêts à faire confiance à leurs institutions mais sont souvent déçus quand ils font appel à elles lorsqu’ils sont la cible de discriminations. Ils font même parfois face à des discriminations produites par ces mêmes institutions. Il est donc capital de repenser la manière dont les citoyens musulmans sont traités dans nos sociétés européennes en leur accordant justice et égalité afin de garantir leur inclusion.
  • Le travail du CCIF reste important et devrait être soutenu davantage par les pouvoirs publics.
  • Le rapport de la FRA montre que les chiffres du CCIF sont loin d’être fantasmagoriques comme on l’en a souvent accusé. Les victimes reportent rarement les actes de discriminations et encore plus rarement aux institutions comme la police ou le Défenseur des droits ce qui explique le décalage entre les chiffres de l’islamophobie récoltés par l’Etat et par le CCIF.
  • Le CCIF continuera à travailler en bonne intelligence avec le Défenseur des Droits. Comme suggéré par la FRA, le CCIF incite la population à saisir le Défenseur des droits.

 

 

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