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Le foulard est-il inapproprié à la pratique du basket-ball ?

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Indira Kaljo, joueuse professionnelle de basket-ball

Nous vous rappelions hier, à l’occasion de la journée internationale du sport au service du développement et de la paix, un constat alarmant : l’exclusion des femmes, et notamment des femmes musulmanes portant le foulard, de la pratique sportive. Aujourd’hui, nous illustrons ce malheureux constat par un de nos dossiers emblématiques.   

Ibtihaj1 est une femme musulmane portant le foulard. Le basket-ball est sa passion et elle pratique depuis qu’elle a 6 ans. Elle porte “fièrement” son foulard, comme elle le précise sur son mail lorsqu’elle saisit le service juridique du CCIF et c’est de manière naturelle qu’elle choisit de pratiquer dans un club professionnel tout en respectant ses convictions religieuses.  

Si elle se couvrait de prime abord grâce à un bandana, elle choisit de porter son foulard à partir de la saison 2018/2019 grâce à l’autorisation expresse formulée par la Fédération Internationale de Basketball (FIBA), approuvant désormais « la proposition soumise par la Commission technique qui autorise le port du voile par les joueuses. La nouvelle règle a été développée afin de minimiser le risque de blessure et de préserver une uniformité de couleur avec le reste de l’équipement vestimentaire”.  

Cependant en février 2019, la Fédération Française de Basketball répond à son homologue international. Non, pour la Fédération Française de Basket-ball le foulard n’a pas sa place sur les parquets… Ibtihaj ne peut dès lors plus respecter sa conviction religieuse et doit retirer son foulard si elle souhaite continuer à jouer en match officiel. Solidaire, le président de son club demande la suspension de la décision de la Fédération.  

Vers une neutralité sportive liberticide ? 

Le 25 février 2019, la réponse tombe :  

« Soucieuses de respecter les principes qui prévalent en termes de laïcité au sein de la République Française et dans les établissements publics accueillants du public, plus particulièrement dans le sport, et estimant les accessoires couvrant la tête comme « inappropriés au jeu », les instances fédérales ont donc définitivement acté en décembre dernier que cette disposition de la FIBA ne pouvait être appliquée. » 

Le foulard serait inapproprié au jeu car il ne respecterait pas le principe de laïcité…  

Rappelons l’article 1er de la loi du 09 décembre 1905 :  “La République assure la liberté de conscience“. Celle-ci a pour corollaire la liberté religieuse, la liberté d’exercice du culte et la non-discrimination entre les religions. 

Cette réponse illustre parfaitement les incompréhensions classiques concernant ce dernier, dont nous ne cessons de rappeler qu’il instaure uniquement un cadre juridique s’imposant à l’administration, au service public. Les agents de ces derniers se doivent d’être neutres au regard de leurs convictions philosophiques, politiques et religieuses. A l’évidence, les sportives ne sont pas des « agents » du service public. Dès lors, pourquoi ce fondement est-il retenu par la fédération ? Car, parfois, la laïcité est perçue comme une idéologie intrusive exigeant la neutralité (surtout religieuse ici) dans tout lieu public. On comprend mieux la décision du Comité directeur de la Fédération Française de Basket-ball exigeant l’application de cette nouvelle laïcité falsifiée « dans les établissements publics accueillants du public ». 

Or, cette exigence de neutralité infondée se matérialise par ce contrat injuste que les femmes musulmanes portant le foulard ne connaissent que trop bien : l’accès à un droit se voit subordonné à l’abandon de leur liberté religieuse. C’est en ce sens que cette « neutralité sportive » est illégale et liberticide. 

Selon Ibtihaj, « on nous accuse souvent nous femmes voilées de ne pas s’intégrer mais on fait tout pour m’isoler et je trouve ça inadmissible que d’autre jeunes filles ne puissent plus pratiquer de sport en compétition à cause de cette règle. » 

Une énième exclusion 

Le CCIF accompagne Ibtihaj en demandant à la Fédération Française de Basket-ball d’appliquer le véritable cadre juridique : les sportives ne sont pas des agents de service public et ne sauraient être tenues à la neutralité philosophique, politique ou religieuse. Le foulard, par ailleurs, ne constitue en rien un danger ni pour l’athlète ni pour les autres, de même qu’un obstacle au code couleur sportif.  

La Fédération Française de Football applique malheureusement la même interdiction, alors que d’autres fédérations sportives (celle de Force, de Judo et de Badminton notamment) ont plus sagement permis le port du foulard reconnaissant qu’il n’était en rien incompatible avec la pratique sportive. 

Exiger que les femmes musulmanes portant le foulard abandonnent leur liberté religieuse, c’est leur refuser d’accéder à une pratique sportive émancipatrice vectrice de cohésion sociale, de développement et de paix. C’est les exclure gratuitement, à l’instar du monde professionnel, d’un autre lieu d’épanouissement. 

Nous comptons sur votre soutien pour qu’Ibtihaj remporte ce combat et retrouve le chemin des parquets. Pour que la liberté religieuse ne soit plus perçue comme un frein à la pratique sportive. 

Comments (2)

La FFPJP , federation française de petanque et de jeu provencal autorise le port de voile pendant et apres la competition lors du pastis offert à la buvette chez Marius , tout le monde n’est pas islamophobe en France qu’on se le dise .

Salam aleykoum, ( ce salut vaut-il une exclusion ? en France peut être !!!)
Quelle est la différence entre le Cancer et la France ? au moins le Cancer évolue….
Blague à part :
L’Histoire de France post révolution s’étant construite contre la religion catholique ,il n’est pas étonnant ,dès lors que des crispations se fassent jour dès lors que l’on subodore la visibilité d’une religion (essentiellement musulmane).L’immaturité émotionnelle comme boussole de fonctionnement,est-ce bien raisonnable ?

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