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Marche du 10 novembre : discours du CCIF

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On a beaucoup parlé de cette marche comme étant une marche historique. Nous sommes nombreux aujourd’hui à le penser. Nous sommes nombreux à le croire. Mais pour qu’elle soit vraiment historique, il faudra que nous traversions ensemble plusieurs étapes.

La première étape est l’émotion. 

Nous sommes ici aujourd’hui parce nous sommes humains et que nous sommes émus. Nous sommes ici, musulmans, juifs, chrétiens, athées, agnostiques, croyants, non croyants, parce que nous n’avons pas pu rester insensibles aux larmes de cet enfant qui ne comprend pas pourquoi sa mère est montrée du doigt. Elle est aussitôt devenue, à l’intérieur d’un climat islamophobe, le symbole d’espoir et d’amour que l’on veut transmettre à nos enfants.

Nous sommes ici parce que les deux hommes qui ont été gravement blessés dans l’attentat suprémaciste de Bayonne représentent la France. Ils représentent la reconstruction de la France. Ils font partie de la Grande Histoire de notre pays. Ils représentent ces chibanis qui se sont toujours levés tôt pour prouver qu’on peut être musulman et vivre en paix en France. Ils se sont levés tôt pour ouvrir les mosquées à l’aube, tout en étant confiants sur l’avenir de leurs enfants et petits enfants. Mais sur plusieurs dizaines d’années, beaucoup de choses se sont passées, et ont considérablement bouleversé l’idée même de la liberté de conscience. Nous sommes émus par cela, et cela génère en nous une grande énergie que nous devons tenter de concentrer.

La deuxième étape est donc le réveil

Ces coups de feu ont alerté la Nation. Ils ont réveillé une grande partie de nos compatriotes du sommeil qui les touchait. Ce sommeil, entretenu par le flux médiatique, avait réussi à faire croire que les musulmans constituent une communauté à part dans le pays. Et qu’il fallait donc leur réserver un traitement spécifique. Et lorsque ces musulmans se sont rassemblés pour se défendre, on les a accusés d’être des islamistes qui veulent installer la sharia en France. L’islamophobie est montée en même temps que les entreprises de disqualification de ceux qui combattent cette islamophobie ; comme on l’a vu avec intensité depuis une semaine, de la part de ceux qui veulent nuire à cette marche.

Cette marche n’est pas encore une marche historique. Il faut un véritable réveil pour qu’elle le devienne. On observe rarement un changement historique en train de se faire. Il faut parfois attendre des dizaines d’années avant que les historiens ne saisissent des bouleversements comme ceux que nous traversons. Comment sortir de ce paradoxe de l’Histoire ?

Il faut ouvrir les yeux. Et refuser de n’être ému que par les nouvelles fracassantes rapportées dans les médias. Il faut porter une attention aux associations et organisations qui, dans l’ombre, recensent les atteintes à la liberté dans notre pays. Il faut écouter les victimes et cesser de disqualifier leur parole derrière l’argument de la « victimisation ». C’est comme ça, sereinement, avec régularité, qu’on contribue au réveil, et qu’on peut se mettre à l’action.

Et c’est la troisième étape. L’action.

L’action demande du courage. On en a vu beaucoup bégayer, hésiter, jouer sur les mots, et se cacher derrière des arguments étranges pour ne pas être ici aujourd’hui.

Et d’un autre côté on a vu des personnes écartées ou sacrifiées, à cause des enjeux politiques de cette marche. Mais qu’a-t-on reproché à ces associations, ces personnalités, ces partis, qu’on ne nous a pas reprochés, à nous et à beaucoup de ceux qui sont ici ? À ces absents qu’il fallait effacer de la tribune, nous leur apportons notre considération et nous témoignons devant toutes et tous de leur adhésion à l’objectif de cette marche : faire sincèrement reculer les atteintes à la liberté de conscience et refuser que notre pays ne s’écarte des valeurs démocratiques.

C’est le moment de l’unité nationale. Nous vous appelons toutes et tous à l’unité. Malgré nos divergences historiques, faisons de cette marche une gigantesque réunion de travail qui respecte les visions de chacun. Les ennemis de la liberté ne redoutent qu’une seule chose : que nous soyons unis et solidaires. C’est aujourd’hui l’occasion, ou peut-être jamais.

Et les historiens qui viendront après nous, ceux qui aujourd’hui sont nos jeunes enfants, diront en 2050 ou à la fin du siècle qu’ils étaient à cette marche, et retiendrons que le 10 novembre 2019 a eu lieu une marche historique contre l’islamophobie et que celle-ci a enclenché un mouvement national qui dit : « stop ; plus jamais ça » ; et que cela s’est traduit par des actions juridiques, sociales, politiques et culturelles concrètes.

Plus jamais ça. Plus jamais nous ne ciblerons des personnes en raison de leurs convictions religieuses. L’Histoire, nous l’avons apprise. La nouvelle Histoire, c’est nous qui la faisons.

Comments (1)

Salam aleykoum ( ce salut est-il radical ?)
Cette marche a tellement inquiété le microcosme qu’il a fallut recourir, dans un premier temps à des polémiques et des procès d’intention ,puis le succès aidant, à des chiffres frelatés pour minimiser cette manifestation. Nous pouvons désormais étudier et faire étudier ce cas d’école en matière de propagande.

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