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Communiqué : derrière les polémiques sur les sorties scolaires, des familles discriminées par une pseudo-laïcité

Les débats sur l’accompagnement scolaire des femmes qui portent un foulard ne sont malheureusement pas nouveaux, et notre association est sollicitée depuis de nombreuses années pour répondre à des cas où des mamans sont écartées des sorties scolaires par les directeurs d’établissement. Le CCIF en a assez de devoir rappeler, tous les quelques mois, le cadre légal à celles et ceux qui inventent une laïcité d’exclusion.

Le vade-mecum de la laïcité du Ministère de l’Éducation considère ces mamans comme des usagers du service public

Alors qu’en 2018, le ministre de l’éducation Jean-Michel Blanquer, détournant l’avis du Conseil d’État qui considère que « les parents d’élèves se sont pas soumis à l’exigence de neutralité religieuse », avait recommandé aux directeurs d’établissement scolaires de recommander aux mamans qui portent le foulard de l’enlever, son Ministère éditait dans le même temps un guide de la laïcité qui rappelait à juste titre que les parents d’élèves sont des usagers du service public. Contradiction destinée à brouiller la clarté de la question, qui pourtant était assez simple à régler.

Au CCIF nous avions effectivement noté une baisse considérable des cas de discriminations de mamans accompagnatrices (70% de baisse entre 2014 et 2016), ce qui fut le résultat de notre travail d’accompagnement et de rappel de la loi aux différents directeurs d’établissement, qui parfois étaient simplement ignorants du cadre légal (et qui confondaient laïcité avec neutralité), ou qui, parfois, étaient dans une conception fermée de la laïcité.

Heureusement, 100% des femmes discriminées dans les écoles obtiennent gain de cause, et l’amendement visant à interdire les femmes portant le foulard des sorties scolaires n’a pas été retenu. Mais l’idée que ces femmes dérangent est toujours présente, même chez certains théoriciens de la laïcité, comme par exemple Henri Peña-Ruiz, qui, au-delà de son discours sur le terme « islamophobie », avait aussi critiqué le Conseil D’État (Marianne, 22 mars 2019, p. 46) en voulant imposer la neutralité dans les sorties scolaires, en la justifiant par des arguments « philosophiques ».

C’est cette conception que défend Blanquer — qui veut clairement camoufler ses échecs répétés en matière d’éducation —, et qui inscrit sa politique dans une vision dévoyée du principe laïque en ouvrant une brèche, notamment par le biais du conseil des « sages » de la laïcité (dans lequel on trouve notamment… Laurent Bouvet, qui vient de comparer de manière abjecte des femmes portant le foulard à des terroristes), vers une conception discriminante du principe laïque : une pseudo-laïcité critiquée par les vrais spécialistes de la laïcité, et aujourd’hui remise sur la scène médiatique suite à l’affiche de la FCPE montrant une femme qui porte le foulard. Suite à cette affiche, M. Blanquer a accusé la FCPE de « flatter le communautarisme » alors qu’il appelle en même temps à la discrimination, qui nourrit le repli sur soi. Les chiffres du CCIF sont limpides quant à ces discriminations : celles-ci visent encore et toujours en majorité les femmes de confession musulmane (entre 70 et 80%).

Ces femmes ont une voix

Encore et toujours, on parle de « ces femmes » sans leur donner la parole, sans les écouter, en les déshumanisant et en les objectifiant. Ces femmes sont des mamans, qui portent une attention toute particulière à l’éducation de leurs enfants et à l’épanouissement de ceux-ci dans un cadre de partage avec leurs camarades de classe.

Comme l’a rappelé à plusieurs reprises le coprésident de la FCPE, Rodrigo Arenas, les moyens accordés aux écoles ne permettent pas de prendre en charge l’encadrement lors des sorties scolaires. « On est bien contents de trouver ces mamans pour que les enfants puissent faire des sorties scolaires » explique-t-il au micro de BFM TV. Une nouvelle fois, c’est très exactement parce qu’elles veulent participer à la vie en société que ces femmes en sont écartées.

Enfin, et c’est très certainement le plus important, il s’agit enfin du bien-être de l’enfant, dont l’épanouissement scolaire passe par l’investissement des parents au sein de l’école. Face à son enfant encore trop jeune pour comprendre cette nouvelle « police de la neutralité », une maman sera toujours embarrassée, humiliée, de devoir trouver une excuse pour que son enfant comprenne pourquoi elle sera absente lors de la sortie scolaire.

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