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Céline Pina et le concept de « rejet légitime »

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Le chapeau de l’article de Causeur aurait pu être vraiment très drôle s’il avait été ironique dans sa manière de présenter Céline Pina (qui, on se souvient, avait rapproché le voile d’un brassard nazi) comme une grande femme « vaillante » et « courageuse » qui lutte pour les libertés.

Selon Causeur, Céline Pina est une femme « qui ose ». Dénoncer le « salon de la femme musulmane », comme l’ont fait au passage de très nombreuses personnes, serait si subversif (pour une femme de gauche) que ça la transformerait en figure d’une nouvelle gauche, vraiment républicaine (et identitaire).

Car effectivement, si cette nouvelle gauche partage un terrain d’entente avec la droite la plus extrême, c’est précisément sur les questions liées à l’identité française, et donc, grâce à un lien logique installé depuis des années dans l’opinion publique : la question des musulmans, le « problème de l’islam » (que certains limiteront à l’ « islam politique » pour faire semblant de ne pas stigmatiser des millions de Français de confession musulmane).

Ce glissement d’une certaine gauche vers l’idéologie de droite est une annonce, aujourd’hui clairement formalisée dans l’entretien avec Céline Pina, de l’insidieuse banalisation des idées fascistes qui détruisent notre pays. Comme si cela la dépassait, qu’elle ne pouvait rien y faire (vraiment ?), Céline Pina nous annonce, non sans émotion, l’inéluctable destin de notre pays :

« Cela crée un désespoir social qui fait que la perspective d’une accession au pouvoir de l’extrême-droite se profile de plus en plus. Et nous en arrivons à cette sordide équation alors même que le peuple français est profondément laïque, républicain et démocrate et ne veut ni de cette oligarchie sans vision ni consistance, ni de l’extrême-droite. C’est à pleurer. »

Au fond, ce qui se lit entre les lignes, c’est que ce sont les musulmans (et en particulier ceux qui ont l’insolence de revendiquer leurs droits, avec la complicité de l’antilaïque Observatoire de la Laïcité) qui seraient les premiers responsables de la fascisation du pays. Au lieu de souligner qu’il y a une augmentation d’actes de haine à l’encontre des musulmans, Céline Pina salue au contraire « la tenue de nos compatriotes » (alors que leur « ras-le-bol est important et statistiquement mesuré ») et développe un concept qui annonce son basculement complet dans la pensée fasciste, développant des résonances des plus troublantes avec l’antisémitisme du début de 20ème siècle, mais également avec l’attentat de Christchruch : le « rejet légitime », qui est en réalité le résultat de ceux qui ont, très sérieusement, théorisé la haine (en faisant du « juif » et du « musulman » un problème).

Selon Pina, lorsqu’une personne ou un représentant d’une institution manifeste son ras-le-bol vis-à-vis de la visibilité des musulmans en refusant par exemple une femme portant le foulard dans son établissement, ce refus serait en réalité un « rejet légitime », et il faudra presque remercier le discriminant pour sa « tenue » et sa politesse.

Pour le reste, chez Pina, rien de véritablement nouveau : on retrouve à nouveau ses comparaisons abjectes autour des signes religieux, concernant par exemple les accompagnatrices scolaires qui portent le foulard :

« On attend avec impatience l’accompagnateur ou l’accompagnatrice qui portera un tee-shirt clamant « vive l’apartheid ». »

Et enfin sa récusation du travail du CCIF, qui aurait pour objectif de limiter la liberté d’expression sur l’islam. Or le CCIF, comme elle le sait très bien, n’a jamais attaqué qui que ce soit pour blasphème ou critique de l’islam. Dire aujourd’hui qu’on ne peut critiquer l’islam en France risque de faire rire quiconque jette un œil sur le flux médiatique quotidien. Par contre, Céline Pina avait tranquillement tenté la censure (et ça avait fonctionné) d’un colloque sur l’islamophobie.

Le titre de Causeur s’amuse, en posant la question « Alors, Céline Pina, toujours islamophobe ? », comme si le rejet des musulmans était un sujet de rigolade. Cette banalisation médiatique de la question restera dans l’Histoire, et nous en prenons acte aujourd’hui, comme nous ne manquerons de l’inscrire dans nos rapports. Mais à la question que pose Causeur, on a au moins une réponse : Céline Pina a un vrai problème avec la liberté.

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