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Votre mari serait-il d’accord que vous retiriez le foulard ?

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Si vous entendez : « Vous semblez crispée lorsqu’on parle de votre foulard. Vous vous sentez rejetée, n’est-ce pas ? », ou : « Pensez-vous vraiment que votre mari serait d’accord pour que vous retiriez votre foulard ? », où sommes nous ? En pleine consultation chez le psychologue ? 

Ou alors: « Française ? Allons ! Vous êtes arabe ! On ne va pas se le cacher hein ! », s’agit-il d’une discussion dans un troquet raciste du Pas-de-Calais ?

Non, ces phrases ont bel et bien été énoncées dans le cadre respectable d’un entretien d’embauche en France, en juin dernier. Cette expérience pour le moins questionnante est celle d’une psychologue fraichement diplômée, portant le foulard, mais néanmoins prête à le retirer si nécessaire. A l’issue de cet entretien, Madame H. se sent mal, elle est affligée, d’autant plus qu’il s’agit de postuler dans une association qui lutte contre les discriminations ! Son sentiment d’humiliation est d’ailleurs si entêtant qu’elle décide de leur écrire, cherchant à avoir des explications … qu’elle n’aura jamais.

L’espace confiné des entretiens d’embauche est devenu, auprès de certaines sociétés et institutions, l’antre parfait pour déverser librement sa haine, son racisme ou sa frustration afin d’humilier. Sans témoin ni preuve tangible, pour certains, alors, tout est permis !

Des études françaises et européennes prouvent que la discrimination islamophobe à l’embauche est réelle et complexe. Mais, en raison de l’absence d’indicateurs précis, ces études seraient finalement tronquées, reposant sur de « graves fautes de méthode et des partis pris outranciers ».

Cette théorie est celle de Philippe d’Iribarne, directeur de recherche au CNRS, dans son analyse du rapport de l’Agence des Droits fondamentaux de l’UE sur les discriminations : « ceux qui affirment que les musulmans sont discriminés sont beaucoup plus nombreux que ceux qui se déclarent discriminés personnellement […] seulement 20 % déclarent s’être sentis discriminés au cours des cinq dernières années ». En d’autres termes, huit musulmans sur dix n’ont pas subi de discrimination. 

La société française aurait, selon le chercheur, totalement intégré le caractère inacceptable du racisme, provoquant une condamnation saine et collective. Le problème serait donc du coté des musulmans qui auraient une vision victimaire qui leur interdirait de se demander ce qu’ils peuvent face à ce qui leur arrive ! Ils seraient tombés dans le piège de la victimisation, àl’abri de toute interrogation sur eux-mêmes. Il invite les musulmans à « s’engager lucidement dans une démarche de pleine intégration ». Merci Docteur ! Les musulmans intégreront derechef les préconisations… en passant par une responsabilisation et une connaissance de leurs droits et devoirs ; en utilisant tous les recours possibles collectifs et individuels, médiatiques et juridiques, nationaux et internationaux pour lutter contre ces inacceptables supposés 20% de discriminations islamophobes. 

En effet, il semble important que les musulmans puissent décider par eux-mêmes et pour eux-mêmes de leur relation à leur religion, leur rapport à la cité, qui corresponde à leurs aspirations propres et non pas aux désirs de la société, et ce, dans le respect de la loi.

Rappelons que si l’article 1bis A de la loi El Khomri permet aux entreprises de prévoir dans leur règlement intérieur un chapitre réglementant la neutralité, la loi encadre l’application de cette clause et n’autorise en aucun cas à pratiquer le harcèlement pendant les entretiens d’embauche, comme cela a été le cas pour Madame H. 

Donc minoritaire ou non, la discrimination constitue un délit, que son espace soit public ou privé, et est passible de poursuites judiciaires. Les pouvoirs publics auront-ils alors le courage nécessaire de mettre en place des mesures pour enfin vivre dans une société pleinement laïque ? 

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