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Le CSA rappelle LCI à l’ordre. Et après ?

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Au mois de février, le CCIF avait fait un appel à mobilisation suite à une série de propos islamophobes qui s’étaient enchaînés dans plusieurs médias télévisés. Nous avions appelé à interpeller les élus et saisir le CSA, notamment sur les propos d’Éric Zemmour, qui étaient particulièrement honteux. Ce vendredi 2 août, le CSA a rendu une décision dans laquelle il rappelle que l’éditeur (la chaîne) ne doit pas « encourager des comportements discriminatoires en raison de la race du sexe, de la religion, ou de la nationalité ». Le CSA demande à la chaîne « de veiller au respect de l’expression des différents points de vue et à la maîtrise de l’antenne de LCI afin de promouvoir les valeurs d’intégration et de solidarité qui sont celles de la République ».

Très bien. Et après ? Ce « rappel » suffit-il à faire évoluer le traitement des questions liées aux musulmans dans le débat public ? En 2015, le CSA faisait le même rappel à France Culture suite aux propos de Georges Bensoussan, sensiblement similaires à ceux de Zemmour. Le CSA a-t-il la mémoire courte au point de se contenter de rappeler les règles du débat et ne pas oser sanctionner clairement le manque de déontologie journalistique ? Les chaînes continueront-elles de surfer sur le buzz et de laisser dire des inepties sur leurs ondes tout en ne redoutant qu’un « rappel » ? Les journalistes continueront-ils de se taire lorsque des propos islamophobes sont proférés sur leur plateau ?

À défaut de recommandations fermes de la part du CSA sur la manière de mener les débats sensibles sur « les musulmans », le CCIF, depuis plusieurs années, a mis en évidence des préconisations qu’il est temps de prendre en compte pour développer un espace médiatique digne de ce nom, dans lequel la liberté d’expression est tout autant un droit qu’une responsabilité.

7 préconisations du CCIF à l’attention des journalistes

1 • Cesser de donner la parole à des personnes déjà condamnées ou inquiétées pour des propos racistes.

2 • S’interroger, en dialogue avec les universitaires et responsables associatifs de la société civile, sur l’impact des pratiques journalistiques sur la réception de leurs discours par le grand public ainsi que sur la formation de l’opinion publique.

3 • Effectuer un véritable travail de recherche avant d’inviter des “experts”, préférer les chercheurs universitaires, professionnels ou membres de la société civile, plutôt que des polémistes.

4 • Couvrir l’actualité liée à l’islamophobie, notamment les actes de discrimination et les actes de violences physiques, et donner la parole aux personnes concernées pour faire entendre leur voix.

5 • Ouvrir les plateaux à davantage de femmes et, en général, d’individus concernés par les sujets abordés.

6 • Cesser de contribuer aux objectifs d’organisations terroristes comme Daesh (qui cherchent, par leurs attaques, à attirer l’attention médiatique) en relayant de manière disproportionnée leurs idéologies et déclarations.

7 • Organiser des formations pour les équipes sur les questions de diversité, de racisme, en invitant des intervenants spécialisés. Définir un lexique des mots les plus controversés, afin de clarifier les débats, dans la définition comme dans les usages des concepts. Inclure, dans les formations initiale et continue des journalistes, des modules de réflexion sur la construction, le sens et l’usage d’expressions et de concepts (tels que « musulmans modérés », « djihadistes », « terrorisme », « intégrisme », « radicalisme », etc.) dans le but de déconstruire les mythes liés à leur banalisation dans les discours médiatiques et politiques.

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