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Une quinzaine de refus de soins en 11 mois

Ce jeudi 5 mai, le magazine de la Santé sur France 5 a décidé de consacrer une partie de son programme sur l’affaire de la médecin refusant de soigner les femmes voilées. 

Relayant l’affaire, le chroniqueur Eric Lemasson a tenu à souligner à plusieurs reprises que cet exemple de refus de soin en raison de la confession musulmane de la patiente était un “cas isolé”.

Si heureusement ces signalements ne sauraient survenir quotidiennement, nous constatons qu’ils arrivent suffisamment fréquemment pour qu’ils s’inscrivent dans un phénomène plus général de crispation autour du principe de laïcité, dévoyé de son sens premier pour en faire un outils d’exclusion des femmes portant le foulard.

Depuis le mois de juin 2015, nous avons relevé une quinzaine de cas de refus de soin en raison de l’appartenance à la religion musulmane des patient-e-s.

  • Une stigmatisation dénoncée en en convoquant une autre 

Il est louable que ce magazine télévisé ait décidé de médiatiser cette affaire même s’il est regrettable qu’il ait fallu convoquer un discours stigmatisant une partie de la population française pour “relativiser” le foulard portée par la victime de discrimination.

Néanmoins, le message principal est passé: que cette praticienne puisse tenir un discours aussi odieux face caméra, reconnaissant tout à fait avoir bâclé les soins donnés au fils de Fatima* car celle-ci portait un foulard et son refus de soigner les femmes voilées est un comportement à condamner unilatéralement et inhumain lorsqu’on ose s’en prendre à un enfant par haine envers la mère.

A cet effet, le plateau de France 5 a rappelé le nécessaire:

Que cette praticienne ait été prête à diffuser et assumer son propos publiquement en dit beaucoup de la banalisation de ces discours dans l’espace public.

  • Un cas de refus de soin recensé toutes les trois semaines

Depuis le mois de juin 2015, nous avons déjà recensé une quinzaine de refus de soin pour ce motif. Ils témoignent d’une incompréhension de l’application du principe de laïcité dans les cabinets médicaux et les hôpitaux. Cela représente un refus de soin toutes les trois semaines et ce, en toute impunité et sans la moindre condamnation de l’Ordre des Médecins. 

Parfaite illustration de cette méconnaissance de l’application de la laïcité est cette affiche qui avait été placardée à l’entrée de Villeneuve Saint-George dans le Val de Marne.

Cette crispation autour du principe de laïcité peut conduire à des situations dramatiques dans le domaine de la santé.

Nous avons souvenir de cette jeune femme dont le voile avait été arraché en pleine intervention dentaire. La patiente avait dû quitter le cabinet la bouche en sang.  C’était arrivé en février 2015.

Depuis, de nombreux autres cas nous ont été rapportés.

Le 2 juin 2015 à Vitry-Chatillon (91), souffrante, Leila* se rend dans un cabinet médical. On lui conditionne son accès au soin au retrait de son foulard. Son médecin se contente d’acter qu’elle “ne veu[t] pas de foulard sur [son] fauteuil”.  

Le 18 août 2015 à Grenoble (38), Inès* se voit gratifier du même (non)-traitement, formulée de façon plus explicite par le patricien “je ne peux pas vous regarder, ni vous parler, je ne supporte pas le voile, je ne veux pas aller contre ce que je pense”.  

  • Des sanctions nécessaires

Le 13 mai prochain la praticienne passera devant l’ordre des médecins. 

Nous nourrissons l’espoir que ceux-ci ne minimiseront pas la gravité de son comportement, pouvant engendrer des conséquences graves si cette praticienne se donne pour règle de refuser, voir bâcler les soins de ses patient-e-s musulman-e-s.

D’autant plus qu’elle n’en est pas à son premier coup d’essai selon un témoignage rapporté par Buzzfeed

Lorsqu’un comportement d’une telle gravité est mis à jour, des sanctions fermes doivent être prononcées afin d’envoyer un message clair à tous futurs potentiels candidats prêts à discriminer des patient-e-s, parce que musulman-e-s. Comme nous l’avons rapporté, ces cas sont loins d’être isolés et comme pour tous les actes islamophobes, l’impunité engendre la récidive.

*Les prénoms sont des noms d’emprunt.

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Comments (1)

Intolérance incompréhensible dans une démocratie.

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