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Le secteur privé dans le viseur des radicaux laïques

 

Décidément, la femme voilée préoccupe nombre de nos politiciens en France cette dernière semaine. La triste sortie de Nicolas Sarkozy (« Nous ne voulons pas de femmes voilées » ) a semble-t-il ravivé des aspirations laïcistes au sein du parti radical de gauche.

En effet, c’est bien (encore) une proposition de loi déterrée de la dernière année du quinquennat de Nicolas Sarkozy que les radicaux de gauche comptent dégainer de nouveau. Et elle est dangereuse. Très dangereuse. Déjà, à l’époque, la proposition de loi, adoptée par le Sénat en 2012 sur proposition de la sénatrice radicale Françoise Laborde, avait soulevé une forte polémique. Aux vues des déclarations récentes de nos politiques ciblant encore et encore nos concitoyens de confession musulmane, le Parti Radical de Gauche a sans doute cru opportun de retenter une nouvelle fois sa chance, cette fois-ci à l’Assemblée, le 12 Mars prochain, après examen de la commission des lois le 4 Mars. Lorsqu’on est à court d’idées politiques, quoi de plus accommodant que de dépoussiérer de vieilles propositions de loi directement sorties du placard en attaquant les plus précaires, les plus vulnérables ? Des femmes, de confession musulmane, qui, en portant le voile, ont une maigre chance de pouvoir encore travailler dans un secteur plus ou moins épargné par la discrimination sexiste et religieuse…

  • Anti-constitutionnalité de la proposition de loi

Constituée de trois volets, elle propose entre autres d’interdire aux nounous-voilées de porter le voile quand bien même leur contrat de travail relève strictement du secteur privé ! En clair, cette proposition de loi rendrait illégale le port du voile des nounous dans leurs domiciles, selon le bon vouloir de l’employeur. Elle marque de fait un alarmant dévoiement du principe de laïcité, héritage de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905, puisque l’Etat se voudrait l’inquisiteur des signes religieux à proscrire dans le domaine des contrats de droit privé tout en maintenant aux crèches confessionnelles, qui ne sont pas musulmanes, leurs privilèges.

Elle est d’autant plus dangereuse que c’est une fois de plus explicitement les femmes voilées qui sont visées par ces propositions législatives scélérates.


La proposition de loi  impliquerait également qu’il serait « normal » dans une République une et indivisible que toute nounou musulmane ait à indiquer leur confession religieuse dans leur contrat de travail. Pourtant, l’article L1132-1 du code du travail est très clair à ce sujet : « Aucune personne ne peut être écartée d’une procédure de recrutement […] en raison de ses convictions religieuses ». Et cet article de loi est en conformité logique avec l’article premier de la constitution française garantissant l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Il est contradictoire, qu’en France, on rejette toute idée des statistiques ethniques qui pourraient pourtant être particulièrement utiles dans la lutte contre les discriminations, tout en voulant légiférer pour le fichage de l’appartenance religieuse des nounous dans leurs contrats.

On cherche à exclure les femmes musulmanes de partout (monde éducatif, monde du travail, loisirs), on cherche à restreindre leur liberté de conscience, jusque dans leurs maisons.


 Alors même que l’on peut s’interroger sur les répercussions « dramatiques » qu’engendrerait la vision d’un bout de tissu chez un nourrisson, nous pouvons en revanche légitimement nous demander la prochaine marche à suivre prévue par le gouvernement pour s’assurer que, chez-elles, les nounous « voilées » respectent la loi ? Jusqu’où les politiques peuvent-aller lorsqu’il s’agit de régir la vie privée de nos concitoyens ?! Lorsqu’on commence à piétiner les droits d’une partie du corps de la République, c’est toute la République qui est touchée. Et l’éventuelle adoption d’une telle loi ne pourra que conduire à des dérives quant à la liberté de chacun. Personne ne sera épargné, qu’on se le dise.

Résolument anticonstitutionnelle, liberticide et discriminatoire, nous devons nous prémunir coûte que coûte contre l’adoption d’une telle loi. Cette proposition doit se réduire à ce qu’elle est : une proposition purement islamophobe.

  • Que faire ?

Le CCIF demande à tous nos concitoyens animés par les valeurs de la République de se mobiliser fortement contre cette atteinte dangereuse du principe de laïcité, que des politiques mal-attentionnés tentent une nouvelle fois d’en fourvoyer le sens initial, qui se voulait pourtant une garantie protectrice à l’égard des religions minoritaires.

Alors que la femme voilée est la cible de lois liberticides, alors que les sorties islamophobes de nos politiques se multiplient, parfois au plus haut sommet de l’Etat, alors que des enfants de 8 ans (Affaire Ahmed) sont assignés aux instances juridiques par l’éducation nationale car leurs supposées origines et/ou religions feraient peser sur eux une présomption de culpabilité, seul notre action à tous est susceptible de servir de rempart face à de telles dérives.


 Car il se pourrait bien un jour que des lois, que l’on croyait appartenir à une époque révolue, viennent frapper les minorités les plus faibles de notre pays, boucs émissaires des haineux et boutefeux mais aussi des politiciens en panne d’idées.


Dans l’attente, nous appelons tous ceux qui souhaitent que les discriminations cessent dans notre pays à écrire à vos députés (http://www.nosdeputes.fr/circonscription) (modèle de lettre ci-dessous) sans oublier de mettre le nom de la loi en objet (loi n°61 Education : laïcité et structures privées en charge de la petite enfance) et d’adresser une copie au CCIF nosdeputes.ccif@gmail.com.

 

Pour envoyer la lettre, il faut :

1) Identifier votre député en utilisant ce lien

2) Obtenir l’adresse de contact de votre député en vous dirigeant sur ce lien

 

 

Monsieur, Madame Le Député,

 

En tant qu’habitant de votre circonscription, je souhaiterais avoir votre position sur un certain nombre de questions qui me préoccupent au plus haut point.


Vous n’êtes pas sans savoir que la question de la laïcité fait dans notre pays l’objet de nombreuses controverses et aboutit presque invariablement à une mise au ban de nos concitoyen(ne)s musulman(e)s, dont l’appartenance religieuse est trop souvent présentée injustement comme en contradiction avec le vivre ensemble, dans un espace républicain apaisé.


C’est aujourd’hui une fois de plus le cas, à l’heure où des voix politiques s’élèvent pour réclamer une nouvelle loi qui viendrait encore restreindre les libertés individuelles les plus fondamentales: celle de croire, de pratiquer une religion ou d’exprimer une opinion.

 

La commission des lois a radié le troisième volet de la proposition de loi n°593 (proposition Laborde/Schwartzenberg) ce mercredi 4 Mars visant à contrôler les assistantes maternelles au sein même de leur domicile, en mettant en place une sorte de police laïque chargée d’inspecter leur niveau de pratique religieuse. Ce n’est pas suffisant. La proposition de loi dans son intégralité traduit une tentation liberticide et dangereuse, en visant à étendre le principe de neutralité laïque au-delà de la simple fonction publique, comme le prônent notamment Manuel Valls et le Haut Conseil à l’Intégration, dans un contexte où le populisme et l’extrême droite recomposent leur discours sur des thématiques de laïcité, pour mieux pouvoir servir un agenda politique islamophobe.


Il est déplorable que si peu de voix dans votre parti s’élèvent pour dénoncer une telle dérive, et dramatique que tant d’entre elles ne s’expriment au contraire que pour soutenir le discours du rejet et de l’intolérance.


Dès lors, nous sommes collectivement face à un choix décisif:


Opter pour une laïcité d’exclusion, dévoyée de son sens initial pour bannir les musulmans, et les femmes voilées en particulier, de toute participation à l’espace collectif en prétendant les émanciper au mépris de leurs libertés les plus élémentaires. Une telle approche creusera de profondes divisions dans le pacte citoyen et renforcera les extrêmes dans leurs discours clivant.


Ou


Faire œuvre de courage politique et de dignité en réaffirmant la portée historiquement ouverte et inclusive du principe de laïcité, qui n’a jamais été un rejet ni une censure du religieux, mais au contraire la garantie que chacun puisse pratiquer et exprimer sa religion librement, dans le respect des lois de notre pays.


Par conséquent, je souhaiterais avoir un positionnement clair et explicite de votre part sur ces questions, afin de savoir si vous comptez vous ranger au côté de ceux qui, sous couvert d’une laïcité détournée, entendent soutenir ces projets de lois liberticides ou si au contraire, comme le font chaque jour plus d’élus progressistes, vous serez de ceux qui font entendre leur voix pour mettre fin à ce racisme dévastateur qu’est aujourd’hui l’islamophobie.

 

Enfin, seriez-vous favorable à la mise en place d’une commission parlementaire sur l’islamophobie, qui serait en capacité de dresser un état des lieux indépendant et objectif sur cette forme de racisme et les moyens de le combattre, en bonne intelligence entre le monde politique, les institutions et la société civile.

 Cordialement,

[Signature]

 


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