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L’islamophobie, ce racisme presque acceptable

Elle s’affiche en Une des magazines, fait l’ouverture des journaux télévisés, s’exprime librement dans le discours politique et désormais dans la rue : l’islamophobie, ce racisme presque acceptable dans la France du 21e siècle.

L’islamophobie, c’est une idéologie et des actes de violence et de discrimination, chaque jour plus nombreux, visant des personnes ou des institutions en raison de leur appartenance, réelle ou supposée, à l’islam.

Cimetières profanés, mosquées souillées d’urine et de têtes de porc accrochées sanglantes au portail, graffitis racistes appelant à l’extermination des musulmans, femmes refusées à l’entrée d’un restaurant ou d’une salle de sport pour port d’un foulard, jeunes filles harcelées dans des écoles publiques pour la longueur de leur jupe ou la largeur de leur pantalon, agressions physiques à l’arme blanche en pleine rue : telle est la variété des manifestations de l’islamophobie auxquelles doit répondre, de manière efficace et mesurée, le Collectif Contre l’Islamophobie en France (CCIF).

 

Acte fondateur

L’association a été créée en 2003, dans un contexte où la parole islamophobe se libérait, notamment après les attentats du 11 septembre. A des heures de grande écoute, des figures politiques ou des éditorialistes, comme Claude Imbert (à l’époque directeur du Point, s’exprimant sur LCI) pouvaient revendiquer explicitement leur islamophobie sans être inquiétés pour leur prise de position.

Dans le même temps, les débats autour de la nécessaire loi sur les signes (jugés) ostentatoires à l’école donnaient lieu à une surenchère de déclarations qui avaient en commun d’être introduites sous la thématiques de la laïcité, pour venir finalement mettre à l’index les musulmans, en posant la question de la condition de la femme musulmane, des revendications communautaires, de l’islamisation rampante du territoire européen, de la mise en risque de l’identité française, du bien être des jeunes filles forcées à porter le hijab (le voile simple, couvrant les cheveux) ou encore du repli communautariste dans les banlieues de la République, dès lors menacée de toutes part par un péril islamique.

De telles déclarations n’étaient pas sans effets. On voyait apparaître des cas de discriminations évidents, parfois même de violences, motivées et légitimées par la construction d’un discours. Il était dès lors nécessaire d’apporter aux victimes un soutien juridique et d’alerter l’opinion publique sur l’émergence d’un racisme dirigé contre les musulmans : l’islamophobie. C’est ce qui fonde le CCIF.

La commission Stasi, réunie sous l’impulsion du président Chirac, sert de dispositif de légitimation à une loi préemptée, votée finalement le 15 mars 2004, bannissant les signes jugés ostentatoires de l’école publique, avec une cible prioritaire : le foulard des jeunes filles musulmanes.

De toutes les recommandations faites par la commission Stasi, dont certaines allaient dans le sens du vivre ensemble et de l’inclusion des communautés, seule la proposition d’une loi d’interdiction a été retenue, confirmant l’instrumentalisation qui était faite d’une telle commission, pour venir servir un agenda politique formulé avant même qu’elle soit constituée : la mise à l’écart des femmes musulmanes portant un foulard.

Au sein de la commission Stasi, une seule voix s’exprime alors contre une telle dérive : celle de Jean Baubérot, sociologue et historien spécialiste de la laïcité, qui refuse d’apporter par sa signature une caution aux conclusions formulées.

 

Une islamophobie, des idéologies

En simplifiant, on peut dire qu’à partir de ce moment historique où, par le vote d’une loi, l’expression visible d’un choix religieux a été jugée comme ostentatoire (donc visuellement provoquante), on peut suivre la construction idéologique de l’islamophobie à travers deux flux :

Une islamophobie de Droite, se nourrissant d’un discours identitaire

Cette vision se formule comme suit : les musulmans sont un problème. Ils sont un corps extérieur à la société française, incompatibles, dans ce qu’ils sont comme dans ce qu’ils font, avec l’identité de ce pays définie comme blanche, judéo-chrétienne, monolithique et éternelle. Présentés comme une menace, testant la République, les musulmans participent de la même appartenance, totalisante et globalisante, à une religion profondément incompatible avec les valeurs françaises, voire dangereuse pour la concorde du pays. Il y a une interconnexion directe entre l’appartenance culturelle, religieuse et ethnique de la population visée. Etre arabe, maghrébin ou musulman est en fait une seule et même appartenance. Les musulmans sont conquérants et visent l’islamisation rampante de l’Europe, pour prendre le pouvoir un jour et détruire notre nation.

De fait, de telles perceptions se situent majoritairement dans le champ de l’émotion et de l’irrationnel, se nourrissant des peurs et des tensions qui traversent notre société pour se placer hors de portée du discours argumentaire.

Il existe néanmoins une pluralité des courants de pensée à l’intérieur même de l’islamophobie de Droite. Certains mouvements prônent ouvertement la déportation (voire l’extermination) des musulmans pour pacifier la nation française, leur prêtant les pires intentions sans possible rédemption. D’autres ne nourrissent pas explicitement une haine des musulmans, mais refusent qu’une certaine idée qu’ils ont de l’identité française soit modifiée, même sans intention malveillante, par la nouvelle diversité qui traverse la société française.

Une telle idéologie voit l’identité française comme en résistance, ne réalisant pas nécessairement que la vie d’une idée ou d’une culture dépend plus de son dynamisme et de sa vivacité que de son cloisonnement.

 

Une islamophobie de Gauche, sacralisant la laïcité

La Gauche française a une capacité native à construire des formes d’exclusion par le dévoiement de valeurs qui semblent pourtant centrales à leur discours. Ainsi, nous citerons ici trois idées chères à la Gauche qui ont vu leur sens évoluer au fil des dernières années pour devenir des concepts légitimant l’islamophobie : la laïcité, le féminisme et la liberté d’expression.

La laïcité, telle que définie par le législateur en 1905, est d’abord et avant tout une notion de pur droit, précisant l’indépendance de l’Etat vis à vis des cultes ainsi que son rôle. Ainsi, elle s’énonce comme suit :

Article 1er : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes […] ».

Article 2 : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte […] »

Deux idées émergent immédiatement de ce texte : d’une part la neutralité de l’Etat vis à vis des religions qui existent dans l’espace républicain, de l’autre sa responsabilité dans la garantie du libre exercice des cultes, quels qu’ils soient.

C’est donc une loi qui, plutôt que de pénaliser l’expression religieuse, la protège et l’assure, tout en protégeant les citoyens d’une ingérence du pouvoir dans leurs choix de conscience et de foi, évitant ainsi l’existence d’une « religion d’Etat » qui viendrait établir une norme en matière de croyances et de pratiques religieuses.

Durant les vingt dernières années, nous avons vu cette notion de « laïcité » changer de sens pratique dans l’usage qui en était fait par des commentateurs médiatiques et politiques, pour devenir progressivement un instrument de censure de toute visibilité religieuse.

Ainsi, on observe un glissement de l’idée de « laïcité » vers celle de « neutralité », se traduisant dans les faits par une injonction à l’invisibilité des appartenances religieuses, exacerbée lorsqu’il s’agit de l’islam.

De même, le champ d’application d’une telle « neutralité laïque » semble en perpétuelle recomposition. D’un Etat laïc, certains voudraient passer à une société laïque peuplée de citoyens laïcs (comprendre sans expression religieuse), confinant la pratique et la visibilité du culte aux portes de leur domicile, réalisant ainsi le paradoxe d’attribuer aux individus une liberté qui ne s’exprime pas, celle de croire et de penser en silence.

Plus qu’une notion de droit inclusive, la laïcité est devenu une croyance exclusive. Sacralisée, elle trouve dans l’école publique un lieu d’implémentation privilégié, les établissements étant progressivement sanctuarisés pour le bien des enfants. Il existe désormais, une morale laïque, une exigence laïque, une résistance laïque et… une riposte laïque.

Derrière cette surreprésentation de la sémantique laïque dans le vocabulaire contemporain, il y a un lien direct avec une population visée : les musulmans.

Dans 77% des cas, le mot « laïcité » est invoqué en conjonction avec le mot « islam » (sans même compter les notions connexes liée à l’islamisme et autres courants, réels ou fantasmés, décriés par exigence laïque).

Il n’est pas anodin que le discours du Front National ait progressivement évolué d’un discours stigmatisant les maghrébins et les immigrés vers une rhétorique laïciste ciblant spécifiquement les musulmans. Il est donc d’autant plus inquiétant de retrouver une compréhension similaire et dévoyée de la laïcité dans des partis se revendiquant de Gauche, dont beaucoup de responsables ne semblent pas réaliser à quel point la laïcité fait désormais office de cape de respectabilité pour exprimer un racisme devenu presque acceptable : l’islamophobie.

De la même façon, le discours féministe est parfois instrumentalisé pour venir mettre à l’index les musulman(e)s de manière générale et, plus spécifiquement, les femmes portant un foulard.

Ainsi, c’est au nom d’une certaine idée du féminisme que ces femmes se voient refuser une participation à la vie sociale, économique et culturelle du pays, étant systématiquement ramenées à l’idée selon laquelle le port du foulard constituerait,  en soi, un signe d’oppression à valeur normative.

Le concept de base du féminisme, selon lequel il faut lutter pour l’émancipation des femmes et contre le déni de leurs droits, devient conditionnel, dans ses modalités comme dans le choix de celles qui auraient le droit (ou non) de s’en prévaloir.

Ainsi, la liberté des femmes serait censée s’appliquer à toutes, sauf si elles choisissent de manifester cette liberté par un investissement religieux qu’elles exprimeraient par le port d’un signe visible comme le foulard dit islamique.

Le préjugé de base consiste à dire qu’elles ont été contraintes à le porter par un entourage masculin (le mari, le frère, le père,…) qui les inciterait, de manière plus ou moins violente, à se couvrir d’un foulard pour se conformer à une norme islamique. C’est notamment sur cet argument que l’opinion en 2003/2004 évolue vers l’idée d’une loi qui viendrait protéger des jeunes filles dont on pense qu’elles ont été forcées à porter un foulard et qu’on voudrait aider, protéger, libérer.

Si les femmes portant un foulard s’expriment pour motiver leurs choix religieux et/ou vestimentaires par une démarche libre, deux critiques leur seront possiblement adressées :

 

  • « c’est trop tard, l’endoctrinement a déjà eu lieu », présentant le port du foulard comme étant de fait le symbole d’un asservissement consenti par ces femmes. Incapables de penser pour elles-mêmes, elles auraient intégré une grille de lecture intrinsèquement sexiste en s’infligeant à elles-mêmes l’exclusion et le déni de droit dont elles se disent être la cible. Elles ne sont dès lors plus en capacité d’exercer le moindre libre arbitre.

  • « il y a une volonté d’islamiser la société derrière le foulard », en attribuant à ces femmes une volonté délibérée de se servir de leur foulard comme d’un outil politique pour imposer une norme islamique dans la société, au travers de moyens subversifs.

Il est pour le moins inquiétant de noter qu’au nom d’une vision dévoyée du féminisme, certain(e)s personnes se retrouvent à exclure les femmes musulmanes portant un foulard en leur attribuant le rôle de femme enfant (incapables d’exercer leur libre arbitre), ou celui de femme mauvaise (ayant des intentions cachées), soit deux postures dignes d’un autre temps, utilisées à l’époque pour bannir les femmes de toute forme de participation à la vie sociale, culturelle et intellectuelle de la cité.

Enfin, sur la question de la liberté d’expression, on peut noter une application à géométrie variable lorsque le sujet traite de l’islam et/ou des musulmans. L’expression contre ne souffre d’aucune restriction, se prévaut de l’impertinence et de la transgression d’une bienpensance décriée. L’expression pour est immédiatement taxée de prosélytisme, de radicalité, d’intolérance, avec une accusation qui revient régulièrement lorsqu’il s’agit des musulmans, à savoir l’incapacité à faire preuve d’autocritique s’agissant de leur religion, résultant en une censure (effective) des censeurs (présumés).

Il en résulte des débats tendus où la puissance argumentaire est rarement convoquée, laissant la place à la surenchère des invectives, préférant la parole politique au discours scientifique, dans des arènes médiatiques qui, si elles sont des représentations peu fidèles à la réalité du terrain, ont un impact sur elle puisque c’est d’abord à partir d’un discours politique et polémique que se structure l’islamophobie, avant de produire des actes de violence et de discrimination tristement réels.

Ce panorama idéologique de ce que représente aujourd’hui l’islamophobie dans le discours politique n’est bien sûr pas exhaustif, mais il permet de comprendre que le racisme qui vise les musulmans, comme le montre l’expérience de terrain du CCIF, n’est hélas pas l’apanage des seuls groupuscules d’extrême droite, mais se retrouve également dans des partis beaucoup plus consensuels, sous des formes de moins en moins minorées et ce, qu’il s’agisse de simples sympathisants comme de cadres dirigeants. Il en résulte une pluralité des formes de discours politique pour légitimer une idée transversale : la mise à l’index des musulmans en tant que groupe, avec une focalisation particulière sur les femmes portant un foulard.

 

Des chiffres, une réalité

A partir des cas d’islamophobie déclarés auprès du CCIF, nous pouvons dresser un état des lieux chiffrés de ce racisme visant les musulmans et/ou des maghrébins en raison de leur adhésion, réelle ou supposée, à l’islam comme religion.

Poursuivant la tendance notée depuis 2008, la progression des actes islamophobes s’accentue de manière très inquiétante en 2012. Sur l’année 2012, le CCIF a recensé 469 actes, envers des institutions ou individus, contre 298 en 2011 et 188 en 2010, soit une augmentation de 57,4%.

En 2012, 40 mosquées ont été visées soit 95% de plus qu’en 2011 et au total 51 institutions ont été la cibles de dégradations  soit une augmentation de 41.66% sur un an. Presque chaque semaine en 2012, une institution a été la cible de dégradation.

On répertorie 418 actes visant les individus pour l’année 2012 (contre 262 en 2011), soit 156 actes de plus que l’année passée et 60% d’individus victimes en plus, soit au moins une victime par jour.

La tendance observée sur les années précédentes n’est pas inversée : les femmes restent les principales victimes des actes islamophobes. Elles représentent 84,4% des cas visant des individus. On note 2,6 fois plus d’agressions (physiques, verbales ainsi que les menaces, insultes et autres formes de rejet) en 2012, soit  une progression de 161.5% avec 136 actes contre 52 l’an passé. C’est 27 fois plus qu’en 2008, représentant la catégorie qui a le plus progressée en 2012. La violence s’est exacerbée. Nous notons plusieurs menaces avec armes à feu,  et des coups de feu tirés contre plusieurs jeunes ainsi que sur une maman et sa fille de 9 ans.

La puissance publique est malheureusement encore trop souvent impliquée dans des actes islamophobes, avec un fonctionnaire mis en cause dans 40,9% des cas recensés, notamment sur des actes de discrimination sur la base du port d’un foulard, dans des cadres d’application qui dépassent abusivement celui de la loi de 2004 sur les signes dits ostentatoires à l’école publique.

On relève également de nombreux cas de jeunes filles harcelées pour le simple port d’une robe ou d’un pantalon large, sur-interprétés comme des signes ostentatoires et aboutissant à des vexations, mises à l’écart et traitements différencié entre des élèves, précisément en raison de leur appartenance présumée à l’islam.

Il est intéressant de remarquer, une fois de plus, que les pics d’actes islamophobe correspondent à une actualité ou la couverture médiatique de l’islam et des musulmans est forte. L’année 2012 connaît des pics sensibles au mois d’Avril-Mai et en Septembre-Octobre. Ces périodes coïncident avec l’affaire Mohamed Merah,  la sortie de la vidéo “L’innocence des musulmans”, des caricatures sans oublier l’histoire du pain au chocolat de Mr Copé.

Cela fait plusieurs années que le CCIF constate cette corrélation entre le traitement médiatique et politique du fait musulman en France et la hausse du passage à l’acte islamophobe.

En milieu professionnel, la situation s’aggrave. L’islamophobie au travail passe de 3,59% des actes recensés en 2010 à 10,76% en 2012 avec 45 cas contre 15 en 2010 et 30 en 2011.

 

Marginaliser les femmes qui portent le voile

C’est un phénomène qui s’amplifie puisque 15.8% des actes visant à exclure les femmes voilées se déroulent au sein d’entreprises de services : certaines auto-écoles, salles de sport, cabinet médicaux, restaurants et centres de formation professionnelle interdisent l’accès aux femmes voilées. Le passage à l’acte islamophobe se fait de manière décomplexée.

 

Les institutions toujours plus visées

Nous notons 50 actes perpétrés, soit près d’un par semaine (forte croissance de 39%). La tendance notée en 2011 quant à l’évolution dans le choix des cibles des attaques se confirme en 2012. Si 21 mosquées ont été visées, les attaques touchent désormais aussi les associations, centres culturels ou boucheries halal.

Fait nouveau, on ne s’attaque plus seulement aux symboles de l’islam (mosquées et cimetières) mais de plus en plus aux commerces (boucheries halal et restaurants) et aux résidences de familles musulmanes (deux maisons ont été recouvertes de tags et de croix celtiques entre autres).

 

Une approche critique sur les chiffres produits

Cette déferlante de chiffres présentés ci-dessus participe à objectiver le phénomène islamophobe mais n’est pas suffisante pour autant, à la fois pour des raisons méthodologiques et structurelles :

  • les actes sont sous-reportés, pour des raisons qui tiennent à la fois au caractère humiliant de certaines formes de discrimination et de violences, ainsi qu’au rôle que jouent les pouvoirs publics (notamment la police) dans l’émergence et le maintien d’une condition musulmane. Il subsiste une forme de méfiance, voire parfois de défiance dans la relation citoyens-police, qui se traduit par une réticence à déclarer les actes. S’ajoute à cela un biais de notoriété du CCIF, non encore connu de toutes les victimes au sein de la population cible, qui aboutit à ce que des personnes soient, encore aujourd’hui, agressées ou discriminées sans nécessairement savoir vers qui se tourner pour être aidées.

  • les chiffres du CCIF dépassent ceux du ministère de l’intérieur, et ce pour une raison structurelle. Le ministère, dans les chiffres qu’il produit, ne recense que des plaintes détectées dans leur système informatique au moyen de requêtes traquant les dossiers où un motif anti-religieux serait mentionné. Or, au moins trois motifs expliquent les différences de données :

  1. La requalification abusive d’un acte islamophobe en un acte de racisme anti-maghrébin ou, parfois, en acte d’incivilité. A plusieurs reprises, les conseillères juridiques ont dû intervenir auprès de commissariats pour qu’ils qualifient correctement les faits

  2. L’enregistrement de l’acte sous forme de main courante plutôt que sous forme de plainte, minimisant ainsi au niveau national l’ampleur du phénomène et n’aboutissant que dans une moindre proportion à des sanctions judiciaires

  3. Le fait que le CCIF inclue dans ses chiffres des cas où le caractère islamophobe des actes est avéré, preuves  à l’appui, mais n’aboutissent pas nécessairement à une plainte, lorsque la situation est résolue au moyen d’une médiation entre la/les victimes et le discriminant.

 

  • Les chiffres, quels que soit la qualité de la méthodologie qui a permis de les compiler, ne sauraient en aucun cas rendre la pleine mesure de l’impact du phénomène islamophobe. Se pose une problématique cruciale en matière de lutte contre toutes les formes de racisme et de discrimination : celle de la quantification du préjudice. Il faudrait à minima, pour améliorer la qualité du bilan dressé, compléter ces chiffres par une enquête de victimation et une série d’analyse qualitative des actes de violence et de discriminations les plus fréquents. C’est ce que nous essayons de faire, dans la limite des moyens du CCIF, dans le cadre de nos rapports annuels.

 

Le travail du CCIF et de la société civile

Au cœur de la lutte contre l’islamophobie, le CCIF a dès sa création eu à prendre la mesure des enjeux et à adopter une attitude qui soit à la fois réaliste, mesurée, mais surtout utile aux victimes.

C’est pour cela que l’ensemble de notre organisation a été pensé autour d’une question centrale : comment aider les victimes d’islamophobie le mieux possible ?

Ainsi, nous avons mis en place une équipe juridique chargée de recueillir les témoignages des victimes et de qualifier les actes après vérification des informations, afin de leur apporter un conseil juridique utile dans la défense de leurs droits. Ce service est pour elles totalement gratuit. Notre service juridique mène également, dans la mesure du possible, des médiations, qui permettent de résoudre les cas de discriminations lorsque c’est possible, en faisant un rappel à la loi lorsque cela s’avère nécessaire. C’est également l’occasion de comprendre comment fonctionnent les discriminants, ainsi que ce qui motive leur passage à l’acte. C’est notamment grâce à ce travail de médiation et d’écoute que nous pouvons capter la réalité du phénomène, dans sa capacité à traverser les catégories politiques, économiques et sociales.

A partir de ces cas, notre pôle observatoire compile des données, sur la base desquelles nous produisons annuellement un rapport chiffré et commenté.

L’étude qualitative et quantitative du terrain islamophobe nous permet de dresser une analyse du phénomène et de suggérer des moyens de le combattre. C’est sur cette base que nous produisons un travail de communication et de sensibilisation de l’opinion et des pouvoirs publics, par le biais de conférences (universitaires, militantes, institutionnelles,…), d’articles sur notre site ou dans la presse ou lors de campagnes de communication, comme celles que nous avons mené à l’échelon national en novembre 2012, intitulée Nous (aussi) sommes la nation, qui a rencontré un vif succès. Le travail de communication, développé assez récemment dans la vie de l’association, est développé au service d’une action, comme un moyen à part entière pour éveiller les consciences sur un phénomène trop souvent nié ou minimisé. Il permet également de modifier la manière dont les médias opèrent, en répondant de manière précise et argumentée à un certain nombre de propos ou de clichés islamophobes.

Enfin, nous développons un travail de coopération et de synergie avec la société civile : qu’il s’agisse des associations de terrain, des universitaires ou de référents artistiques/intellectuels, nous travaillons en bonne intelligence avec tous ceux qui, en France comme à l’étranger, souhaitent lutter efficacement contre l’islamophobie. Ainsi, nous avons mené de nombreuses initiatives auprès d’instances internationales afin d’alerter sur la situation en France en matière de racisme, notamment visant les populations Roms et musulmanes.

C’est l’ensemble de ces efforts qui a permis au CCIF, après 10 ans d’un modeste travail, d’obtenir :

 

d’une part :

 

une reconnaissance institutionnelle, auprès de l’OSCE, du Conseil de l’Europe, de l’ONU (Statut Spécial Consultatif obtenu en 2011) et progressivement au sein des institutions françaises

 

et surtout, d’autre part :

 

la légitimité auprès des victimes, à qui nous dédions tous nos efforts, car le CCIF n’a pas de vocation autre que de changer leur condition de manière durable et efficace.

 

L’ensemble des projets que nous prévoyons de déployer dans les mois et années à venir s’inscrit dans cette dynamique, à la fois de prise en compte de l’islamophobie au niveau institutionnel pour impulser des politiques publiques, mais également dans l’amélioration de la condition des victimes, qu’elles soient déclarées, comme ces milliers de personnes que nous avons eu l’honneur d’aider pendant ces années, ou qu’elles soient anonymes, comme c’est encore malheureusement le cas pour tous celles et ceux qui souffrent en silence, à l’ombre d’une République qui peine à les entendre.

Marwan Muhammad, porte-parole du CCIF

                                                                                j'agis, j'adhère, je donne

                                                                                appli CCIF contre l'islamophobie

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Comments (4)

la hijrah est obligatoire pour tout croyant qui ne peut manifester clairement sa pratique religieuse en terre de mécréance.
\”Ceux qui ont fait du tort à eux-mêmes, les anges enlèveront leurs âmes en disant \” Dans quel situation étiez – vous? Ils dirent: \” Nous étions impuissants sur terre \” .Alors les anges diront : \” La terre d\’Allah n\’ était – elle pas assez vaste pour vous permettre d\’ émigrer? \” Voilà ceux dont la destination est l\’ Enfer.Et quelle mauvaise destination!A l\’ exeption des faibles parmi les hommes, les femmes et les enfants , incapables de voyager, et ne trouvant aucun moyen : à ceux- là , il se peut qu\’ Allah pardonne.Et Allah est Clément et Pardonneur.(sourate An-Nisâ v.97-99).

fine analyse des discours politiques..il faut trouver un moyen de s’unir et de s’exprimer autrement que par internet ou les invitations insuffisantes des plateaux télé..si nous composons cette nation, nous devons avoir un discours commun et solidaire..ces discours politiques sont parfaitement assimilés par tous ses membres..voila un exemple à suivre
l’union est la pierre angulaire de cette lutte ! sans elle, aussi pertinente soit l’analyse et aussi éloquent soit le discours, pas de force réelle et encore moins de crédibilité.. c’est la foule que nous devons rassembler, nos cartes d’électeurs que nous pouvons présenter et relever la tête et avoir un peu de fierté..
merci pour votre travail qui est brillant, nécessaire et exemplaire

Très bonne analyse sur ce phénomène islamophobe. A mes yeux, la plus dangereuse est l’islamophobie de Gauche, car elle imprègne toutes les tranches de la population et est difficilement identifiable. Combattre l’islam au nom de la laïcité et du féminisme dénote un grave manque d’ouverture intellectuelle et un repli sur soi inquiétant. Bonne continuation au CCIF, votre action est primordiale et je suis fière d’être adhérente !

Ce qui m’effraie c’est que nous, musulmans n’agissent pas assez. Beaucoup veulent rester silencieux par crainte de représailles. Mais nous sommes citoyens français, et nous avons le devoir d’agir. Je suis jeune, mais je m’inquiète déjà pour l’avenir de mes enfants. Dans quelle France vivront ils? Une France encore plus intolérante?

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