BP 21 50 AVENUE DU PRÉSIDENT WILSON 93213
01 49 21 22 22

Non à l’islamophobisation des esprits

La “mission laïcité” du HCI (Haut Conseil à l’Intégration) planche en ce moment sur un prochain rapport ; il se pourrait que celui-ci préconise, sous prétexte que certains professeurs et présidents d’université seraient inquiets de dérives prosélytes et de pressions sur les étudiants, l’interdiction du port de signes religieux par les étudiants et les étudiantes de l’enseignement supérieur. Si tel est le cas, c’est de toute évidence l’exclusion des étudiantes musulmanes qui portent le foulard qui est visée, derrière le vocabulaire respectable et républicain de la laïcité.

Le CCIF, s’il a été saisi à plusieurs reprises par des jeunes filles interdites de porter le voile en cours de travaux dirigés, ou contrôlées abusivement durant les examens, n’a en revanche pas eu vent de quelconques pressions exercées sur des étudiants, pas plus que de dérives prosélytes. Il serait bon de citer précisément de quels incidents on parle, car la presse ne s’est pas non plus fait l’écho de telles pressions.

Et quand bien même de tels faits seraient avérés, en quoi l’extension à l’université de l’interdiction du port de signes religieux résoudrait-elle ces prétendus différends ? Le prosélytisme agressif ou le fait d’exercer des pressions sur autrui ne sont-ils pas déjà réprimés par la loi ? Pourquoi alors une telle hostilité et un tel acharnement contre le voile ? Une telle attitude sied-elle à une autorité administrative indépendante ? Et qu’y a-t-il de laïque à vouloir ainsi restreindre la liberté religieuse des étudiantes, ou l’accès à l’éducation des musulmanes ?

Depuis plusieurs années, à gauche comme à droite, le principe de laïcité est devenu un cheval de Troie pour faire passer des mesures dont l’objet n’est autre que la disparition des musulmans et des musulmanes de l’espace public. Une laïcité dévoyée, dénaturée, qui n’a de laïque que le nom, puisqu’elle piétine les véritables fondements de la loi de 1905 : la séparation de l’église et de l’état, la non-ingérence de l’état dans les cultes, la protection de la liberté de conscience et de la liberté de culte de chacun, et l’égalité de tous les citoyens sans distinction de religion.

Loin de respecter ces valeurs nécessaires au vivre-ensemble, le “groupe de réflexion et de propositions sur la laïcité” du HCI est depuis longtemps le fer de lance de cette laïcité falsifiée, excluante et discriminatoire.

Rappelons-nous : en mars 2010, le HCI avait publié un “avis relatif à l’expression des religions dans les espaces publics de la République”, dans lequel il exposait ses “recommandations”. Il y prônait l’interdiction du port de signes religieux par les parents accompagnant les sorties scolaires ; l’interdiction du port de signes religieux lors des cérémonies de remises de decréts de naturalisation en préfecture ou en mairie ; la possibilité pour les entreprises privées d’intégrer dans leur réglement intérieur des dispositions relative au port de signes religieux… Derrière toutes ces mesures, ce sont bien entendu les musulmans, et plus précisément les femmes musulmanes portant le voile, qui étaient visées.

C’est à la suite de la publication de ce rapport que le gouvernement de l’époque avait confié au HCI une “mission laïcité”, mission dont il s’est acquitté d’une manière fort discutable : au cours de ces deux ans, le groupe de réflexion n’a fait qu’instrumentaliser ce concept fondateur de la République à des fins discriminatoires, et trahir l’esprit de la loi de 1905 pour mettre la laïcité en opposition avec la liberté de religion et l’égalité des cultes, deux principes qu’elle a pourtant toujours eu vocation à garantir. Prônant une conception restrictive, répressive et discriminatoire de la laïcité, le HCI n’a eu de cesse de soutenir les mesures d’exception visant les citoyens et les citoyennes de confession musulmane et bafouant leur liberté de conscience et d’expression.

Sous couvert de “neutralité religieuse”, on se trouve en réalité face à une laïcité qui vise spécifiquement une catégorie de la population en raison de son appartenance religieuse. Une laïcité extensible à l’infini, qui prend le pas sur les libertés individuelles et les droits fondamentaux protégés par de nombreux traités internationaux dont la France est signataire. Une laïcité qui ne recule devant aucune aberration juridique : ainsi en septembre 2011, la mission laïcité du HCI proposait l’extension du principe de laïcité aux entreprises privées. Il y a là un non-sens absolu : la laïcité est un régime politique, dont découle un devoir de laïcité pour la puissance publique, l’Etat ou ses agents, et non pas l’usager du service public. La loi du 15 mars 2004 a pu être critiquée parce qu’elle étendait aux usagers du service public une disposition qui ne s’appliquait jusqu’alors qu’à ses agents. Mais que dire alors de la contorsion que veulent faire subir à la laïcité ceux qui entendent l’étendre au secteur privé ?

Le simple fait qu’une “mission laïcité” ait été confiée au HCI pousse à s’interroger sur l’usage dévoyé de ce concept. Le HCI étant chargé des “questions relatives à l’intégration des résidents étrangers ou d’origine étrangère”, faut-il entendre par là que la laïcité ne concerne que les immigrés ou descendants d’immigrés ? Que seuls les citoyens de confession musulmane sont tenus de respecter la laïcité ? Cette laïcité lepénisée renforce les amalgames et enracine le mythe d’un islam allogène et menaçant, à l’assaut de la République en péril. Constamment renvoyés à de supposées origines étrangères, les Français musulmans font l’objet d’une injonction à s’intégrer, intégration qui passerait forcément par l’abandon de leur pratique religieuse. L’idée d’une altérité irréductible, d’une incompatibilité fondamentale entre l’islam et la citoyenneté française continue de faire son chemin, et le HCI y a grandement contribué dans les cinq dernières années. En effet, cette orientation islamophobe du HCI a été impulsée et déployée sous l’égide de Patrick Gaubert, qui préside le HCI depuis 2008. C’est véritablement lui qui a oeuvré à cette redéfinition excluante de la laïcité, s’engouffrant dans la brêche ouverte par la loi de 2004 pour imposer toujours plus de restrictions de la liberté de conscience.

La mission laïcité compte en son sein des personnalités qui se sont distinguées par leurs prises de positions islamophobes, tels que Patrick Kessel, à la tête d’un “Comité Laïcité République” qui a récemment attribué un “prix national de la laïcité” à Françoise Laborde, la sénatrice à l’origine du projet de loi visant visant à étendre l’obligation de neutralité aux structures privées responsables de la petite enfance. On y retrouve également Elisabeth Badinter et Sihem Habchi, tenantes d’un féminisme excluant et paternaliste, qui pense pouvoir dicter aux femmes comment elles doivent se libérer. Enfin le responsable de la mission laïcité Alain Seksig, interdisait dès 2005, en tant qu’Inspecteur de l’Education Nationale, aux mamans voilées d’accompagner les sorties scolaires de leurs enfants, prétextant qu’elles étaient assimilables à des agents de la fonction publique. Au regard des membres permanents, on voit bien la vision de la laïcité qui est ici véhiculée. Il en va de même des principaux intervenants du cycle de conférences 2012/2013 organisé par le HCI et intitulé « Vivre et faire vivre la laïcité » : Françoise Laborde y animait hier 22 janvier une conférence sur la laïcité et la petite enfance, accompagnée de la directrice de la crèche privée « Baby-loup », Natalia Baleato, qui avait licencié l’une de ses employées au seul motif qu’elle portait le voile. Le troisième intervenant est Charles Conte, chargé de mission laïcité à la Ligue de l’Enseignement, laquelle s’était illustrée l’été dernier lors du licenciement de trois animateurs d’une de ses colonies de vacances à Gennevilliers ; le motif ? Ils jeûnaient pendant le Ramadan. Il en va de même pour les autres conférences dont on comprend, par le choix des thèmes, des exemples ou des intervenants, qu’elles ne laisseront aucune place au débat : ces conférences ne sont que des séances de propagande, qui réunissent entre eux les tenants de cette novlangue dans laquelle laïcité = islamophobie.

On aurait pu espérer que le nouveau gouvernement congédie ce “groupe permanent de réflexion et de proposition sur la laïcité”, qui oeuvre à l’islamophobisation des esprits et des lois. Mais François Hollande a récemment annoncé la création pour 2013 d’un Observatoire de la Laïcité qui, loin d’incarner une rupture avec la politique menée sous Nicolas Sarkozy, s’inscrira dans la droite ligne du débat stigmatisant orchestré par Jean-François Copé en avril 2011, ou encore du HCI et de sa laïcité falsifiée. En effet l’avènement du nouvel Observatoire de la Laïcité annoncé par Hollande n’est autre que l’une des recommandations du groupe de réflexion sur la laïcité du HCI. Il s’y substituera, mais il y a fort à parier qu’on y retrouvera certains de ses membres. Les prérogatives de ce dispositif : “proposer au premier ministre toute mesure qui lui paraît permettre une meilleure mise en œuvre de ce principe, notamment pour assurer l’information des agents publics et des usagers des services publics”, selon un décret signé en 2007 par Dominique de Villepin, qui était jusqu’à présent resté lettre morte. L’observatoire pourra également “être consulté par le Premier ministre ou les ministres sur des projets de textes législatifs ou réglementaires”.

Pourtant il existe une alternative à cette instrumentalisation de la laïcité. De nombreux spécialistes, tels que Jean Baubérot, Emile Poulat ou Raphaël Liogier ont dénoncé cet usage dévoyé et appelé à un retour à l’esprit des textes de 1905, à une laïcité inclusive, ouverte et tolérante. Le CCIF déplore que ces voix divergentes n’aient pas leur place dans les organes institués par l’Etat pour définir ses politiques en matière de laïcité. Ces personnalités érudites et compétentes permettraient peut-être de mettre fin à la dérive inexorable qu’on observe depuis plusieurs années, qui a fini par remplacer les valeurs laïques par une islamophobie respectable et légalisée.

Related Posts

Comments (8)

Vous avez oubliez de parler de Malika Sorel, l’une des grandes sources d’inspiration de militants et électeurs frontistes…

Il ne faut pas oublier de dire que ceux qui se cachent derrière l’islamophobie ce sont les fascistes qui dirigent la France en sous-main et qui veulent faire diversion.

A la fac au contraire mes profs étaient content de me voir voilé surtout mes profs de droit car on est libre de s’habiller comme on le souhaite nous sommes adultes et responsable: interdire le droit à l’éducation aux femmes voilées c’est les condamner encore plus à les isoler!

Si ça se confirme, ce serait un vrai *DRAME* !
Pour l’instant, beaucoup de jeunes musulmanes souffrent de cette interdiction pendant le lycée et attendent impatiemment la fac et les grandes écoles pour pouvoir enfin porter ce qui leur plaît et vivre leur vie d’adulte … et voilà qu’on les infantilise une fois encore.

Quels arguments cette fois ? Pour les collégiens, on disait qu’ils étaient “facilement influençables” (comme si les forcer à vivre dans un environnement areligieux n’était pas déjà les influencer)….

Espérons que ça ne se concrétise pas !

A la lecture de ces informations, cela ne peut que confirmer ce que l’on peut ressentir depuis un petit moment. La communauté musulmanne est devenue le bouc emissaire de ce qui ne va pas en France.
Realiser, plancher, réfléchir, philosopher sur le bon droit ou pas de porter des signes religieux par les étudiants et les étudiantes de l’enseignement supérieur, ne peut que montrer l’étât de détresse malheureuse de la ensée Française.
En cette periode de crise, et de crispation entre les communauté, cet organisme étatique n’a t-il pas un rôle plus noble à jouer. A savoir reconcilier les communauté qui forme aujourd’hui la population française.
Plus le temps passe, et plus je suis amené à penser que l’on a peur que de ce que l’on connait pas…. Le voile dans l’esprit d’un compatriote de souche français est le signe de l’asservissement de la femme, alors que philosophiquement et religieusement, ce voile n’est que le reflet de la pudeur feminine.

Il me vient à l’esprit, un mot que le Dcteur Ramadan a donné lors d’une de ces dernières conférences, qui est l’éloquence, dans nos mots et notre atitude, surtout vis à vis de ceux qui ne connaissent ni notre religion ni nos coutumes.

Zacaria, que veut dire “français de souche” au juste? “Blanc”? “Français dont les parents et les ancêtres sont français depuis x générations”? Si je peux me permettre, il y a de nombreux français blancs, nés français de parents français, qui sont également musulmans. Certains d’entre eux sont même des femmes voilées. Donc dire que dans l’esprit d’un français de souche, le voile est le signe de l’asservissement de la femme, ça n’a pas de sens. Ou alors par “français de souche”, vous voulez dire “non-musulman”? En ce cas ça veut dire que les Français musulmans sont une catégorie de Français à part. Manuel Valls ou Nicolas Sarkozy, immigrés naturalisés ou fils d’immigrés seraient dans ce cas des Français de souche, mais Sophie, française blanche née de parents français convertie à l’islam, ne le serait pas? En réalité c’est une expression absurde, colonialiste et raciste, inventée du temps de l’Algérie, pour faire des Algériens une catégorie à part, de sous-citoyens. On ne devrait pas utiliser cette expression qui n’a aucun sens. Elle ne fait que perpétuer des amalgames entre nationalité, citoyenneté, origine, religion, couleur de peau…

Il n’y a pas que la loi de 1905. Il y a surtout la déclaration des droits de l’homme, et notamment l’article 18 qui formule explicitement la liberté de manifester sa foi en public. Et à ce titre, la France serait condamnée par la commission européenne des droits de l’homme (cedh).

quelles frustrations cette crise aura fait des frustres qui ne s expliquent pas comment la crise est la!!! quelles sont ses causes ??? la gestion l economie et tout un tas de facteurs et nonl islam les musulmans les mosquees les femmes voilees le hommes avec la barbe le tapis de priere la viande halal ceci n a rien avoir avec tous ces maux que la france ou d autres pays europeens connaissent mais l Islam et les pratiquants quelque soit leur race leur couleur sont devenus les boucs emissaires de cette societe en declin face aux bons vouloirs des gouvernements et des gros bonnets du CAC40 qui ont ruinés et mis main basse sur tous les fonds de l europe voila ce qui explique cela !!! alors pendant que l on profite on soumets on discute on echange on exporte ou importe … on veut cacher la foret avec un arbre ou avez vous cela vous??? on attaque une religion une ethnie une couleur un continent pour pouvoir detourner les francais des vrais problemes et des faits de societes actuels et malheureusement il y en bcp qui y croit la preuve des lois des titres de journaux des une dans les journaux televisés bref la totale folie des grandeurs des gouvernements de droite de gauche du centre tous kif kif pour moi tous yen a pas un qui relevera l autre !!!!! la laicite a de bons jours devant soi encore mais inchallah un jour nous vaincrons et nous sommes vainqueurs de part le nombre de conversions a notre religion de notre patience de notre humilité de notre force de notre amour pour Allah et son Envoyé et tout cela paiera un jour inchallah

Leave a comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.