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Harcèlement moral, sexisme et islamophobie : le quotidien d’Aliya*

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Harcèlement moral, sexisme et islamophobie : le quotidien d’Aliya*

Aliya* est assistante de direction dans une société de transport. Début janvier 2015, un nouveau directeur prend ses fonctions. Aliya l’accompagne dans sa prise de poste en apportant l’expertise qu’elle a acquise durant ses nombreuses années au sein de l’entreprise. Alors qu’elle le conseille, il perd patience et hausse le ton. Aliya se souvient : “Il disait qu’il avait plus d’expérience que moi, que si je n’étais pas contente, je n’avais qu’à partir. Il tapait du poing sur la table…”.

S’en suivent des mois au cours desquels le directeur va prendre pour cible Aliya : emails pointant la moindre erreur ou absence quand bien même justifiée, remise en cause de son professionnalisme, remarques désobligeantes… La situation se détériore pour l’employée jusqu’au point où son médecin lui impose des arrêts maladie.

Début avril, dans le cadre d’un rendez-vous, le directeur décide de réduire les missions d’Aliya au strict minimum. La représentante syndicale dénonce alors une mise au placard.

On pourrait penser que ce n’est qu’un “simple” cas de harcèlement au travail. Mais l’histoire prend un autre tournant lorsque Aliya découvre le sexisme et l’islamophobie de son directeur.

Cela débute avec un email, envoyé par le directeur depuis son adresse professionnelle, et adressé à 23 collaborateurs et collègues, dont Aliya est exclue. Envoyé le 22 janvier, soit quelques jours après leur tout premier rendez-vous, le directeur y propose d’échanger son assistante en ces termes :

« Bonjour à tous

Et oui mon assistante est voilée !!! et Alors ???

Je suis preneur pour un échange

Bonne journée »

L’email comprend une pièce jointe intitulée “le port du voile” et qui n’est autre qu’un Powerpoint à caractère pornographique avec des femmes portant le foulard. La première ligne du document indique “Port du voile. Grand sujet de polémiques… Et vous quand (sic) pensez-vous ?”.

Ici, le harcèlement moral s’accompagne d’une misogynie décomplexée et totalement assumée devant les collègues d’Aliya.

Le choc est d’autant plus grand pour Aliya que durant ses nombreuses années de travail pour cette société, son foulard n’a jamais posé problème. Ses évaluations parlent d’elles-mêmes et ses anciens supérieurs hiérarchiques évoquent combien son travail est excellent. “Ma dernière évaluation de décembre 2014 a même donné lieu à une recommandation de promotion de la part de mon précédent supérieur hiérarchique.”

Cet incident a des répercussions importantes sur l’état de santé de la salariée, ce qui nécessite des arrêts de travail et la prescription d’un traitement médicamenteux. Elle n’a d’autre choix, en l’absence de mesures protectrices, que de recourir à une résiliation judiciaire devant le Conseil de Prud’hommes. Quelques jours après, son employeur prononce son licenciement. Rappelons que son employeur a réduit ces faits à “une plaisanterie d’un parfait mauvais goût” dans une première correspondance, puis à “un geste maladroit” dans un second courrier. Ces réponses ont accru davantage le désarroi d’Aliya, que le CCIF a encouragée à saisir le Défenseur des Droits.

Le 18 janvier dernier, le Défenseur des Droits rendait sa décision dans laquelle il revient sur le sexisme en entreprise :

Ainsi que sur la notion d’humour et de plaisanterie supposée par l’employeur :

Dans sa décision, le Défenseur des Droits a reconnu la discrimination en raison du sexe et de l’appartenance religieuse qu’a vécue Aliya, mais également le caractère discriminatoire de son licenciement. De ce fait, il a décidé de présenter ses observations devant le Conseil des Prud’hommes afin de faire la lumière sur ce dossier.

L’islamophobie, les discriminations et le sexisme qu’Aliya a vécus sont une réalité. Force est de constater que ce type d’agissement n’épargne aucune sphère de la société. Nous vous demandons à tous de faire preuve de vigilance et de ne pas hésiter à contacter le CCIF. Nous sommes là pour vous accompagner afin de faire valoir vos droits.

#EnsembleNousSommesPlusForts

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