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Mariage républicain sur fond d’islamophobie

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En septembre dernier, Nawal décide de se marier civilement, elle entame donc les démarches classiques. Fait surprenant, elle essuie un refus de la part de la mairie située en Normandie. La raison ? Son foulard pose problème. “On m’a prévenu dix jours avant mon mariage que je ne pourrais pas porter mon foulard pendant la cérémonie officielle”, explique-t-elle. Nawal saisit le CCIF qui lui expose ses droits et l’assiste dans ses démarches. Elle se rend donc à nouveau à la mairie et les agents décident de mettre Nawal en relation avec la Maison du Droit et de la Justice afin qu’un juriste lui explique la raison du refus.

“Je leur ai rappelé que le principe de neutralité ne s’appliquait pas aux usagers et ils sont restés sans voix”

En effet, un juriste lui affirmera dans un premier temps qu’elle ne pourra pas porter son foulard lors de sa cérémonie de mariage au nom du principe de laïcité et dans un souci de neutralité.  “Je leur ai rappelé que le principe de neutralité ne s’appliquait pas aux usagers et ils sont restés sans voix, puis ils sont revenus sur leurs propos, me donnant raison.” Il est utile ici de rappeler que la loi du 09 décembre 1905 dispose en son article 1er « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public ». Du principe de laïcité va découler le principe de neutralité. Ce dernier s’impose uniquement aux agents de l’Etat et de l’administration, nullement à des usagers qui conservent la liberté religieuse.

Suite à l’échec de la médiation, notre juriste intervient auprès de la responsable du service civil de la mairie. Cette dernière demeure sur sa position et invoque une directive de la préfecture. En urgence, le CCIF saisit le Préfet qui informe qu’il n’est nullement à l’origine d’une telle injonction et rappelle le cadre légal déjà présenté par le CCIF.

Dans un dernier élan de médiation, Nawal rencontre l’adjointe au maire qui continue à tenir un discours hors la loi. C’est de cet échange, que Nawal a enregistré, que nous vous proposons la vidéo “Mariage Républicain” que vous pouvez visionner sur nos différents réseaux.

Enfin, la veille du mariage civile, Nawal est invitée à rencontrer le maire de la ville. “Je ne m’attendais pas à ce qu’il soit comme ça, il tapait du poing et montrait son mécontentement en m’expliquant que le voile est une régression pour la femme”, raconte Nawal encore sous le choc de cet entretien dans lequel se conjuguait à la fois de l’intimidation et une volonté de rabaisser les croyances de Nawal. Le tout dans une atmosphère d’excès de pouvoir. En outre, les agents vont même jusqu’à proposer à Nawal de recourir uniquement au mariage religieux. Position totalement illégale. En effet, le mariage religieux ne peut intervenir qu’après le mariage civil sous peine de sanctions pénales. Ainsi, cette mairie porte atteinte à la laïcité, au principe de neutralité et également au droit au mariage qui garantit à tous les individus le droit de conclure un mariage sur la base d’un consentement libre.

Nous avons recueilli le témoignage de Leila*, cousine de Nawal et présente le jour du rendez-vous avec le maire. Leila est avocate de profession et son témoignage est révélateur d’une islamophobie latente de la part du maire.

“C’était hallucinant de voir ce type de comportement alors que nous sommes en 2018”

“Lorsque nous sommes arrivées à la mairie, on nous a fait attendre une heure alors qu’il était 17h et que le maire savait pertinemment que le mariage avait lieu le lendemain. Lorsque nous sommes entrées dans son bureau je me suis présentée et, dans un souci de transparence j’ai informé le maire que j’étais également avocate. Il a immédiatement adopté une posture condescendante, m’a informé qu’il était magistrat et il n’a cessé de m’appeler Maître pendant tout le rendez-vous. Et ce, malgré les nombreux rappels que je lui ai fait, lui indiquant que j’étais là à titre personnel et non professionnel. Pendant tout l’entretien, j’ai entendu de nombreuses inepties, c’était hallucinant de voir ce type de comportement alors que nous sommes en 2018. Le maire a informé Nawal qu’il avait contacté son employeur et qu’il savait qu’elle ne portait pas le voile sur son lieu de travail. Il trouvait donc logique qu’elle le retire à la mairie le jour de son mariage. Il semblait ne pas connaître la loi, pourtant nous lui avons rappelé le cadre de la neutralité religieuse mais il ne voulait rien entendre et demandait à Nawal de “faire un effort”, de l’aider à faire valoir l’égalité homme/femme. Il a même été jusqu’à lui demander si son mari viendrait également voilé le jour du mariage. C’était proprement hallucinant.”

Suite à notre intervention, Nawel a pu se marier dans la tenue qu’elle désirait. Néanmoins, les traces de cette humiliation demeurent. Comment est-il possible qu’un employé du service public se sente au-dessus des lois ? Etait-ce un positionnement islamophobe ou un excès de zèle ?

Le problème, c’est que l’histoire de Nawel n’est pas un cas isolé. Plusieurs cas nous remontent et nous apprenons que cette pratique est d’usage dans cette mairie. En effet, les propos de l’adjointe au maire ne sont pas anodins « nous tolérons les signes religieux ».

En matière de liberté fondamentale, il n’y a pas lieu de tolérer ou non mais de respecter le Pacte Républicain à savoir que l’Etat garantit la liberté de conscience, la liberté de culte, la liberté religieuse. Il traite avec égalité, fraternité et respect chacun de ses concitoyens. Ces quinze dernières années nous ont beaucoup appris. Nous avons vu le champ politico-médiatique évoluer au gré des polémiques.

Des polémiques parfois stériles, souvent hystériques lorsque le terme islam est prononcé. Cependant, les faits sont là et les chiffres sont concrets. L’islamophobie est une réalité vécue et subie par de (trop) nombreux citoyens français.

Nombreuses sont les personnes qui nous sollicitent pour des conseils, ou de l’assistance.

Pour rappel, les discriminations ayant lieu dans le cadre d’un accès aux services publics représentent plus de la moitié des cas. A Noter également que 69% des actes islamophobes et 85% des agressions avec plus de 8 jours d’ITT concernent des femmes (Rapport CCIF 2018).

Dans ce cadre, nous en appelons à votre solidarité. Le CCIF repose exclusivement sur vos adhésions et vos dons. Nous avons besoin de vous pour continuer notre lutte contre l’islamophobie. Soutenez le CCIF.

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La laïcité est malheureusement souvent déformée pour soutenir des imbécilités telles que celles proférées par ce maire. Le travail que fait le CCIF dans ce domaine est utile non seulement pour les musulmans, mais pour tous les Français.

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