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Analyse d’un cas d’école : Burkini, bis repetita

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On pensait l’affaire classée. Remportée à plate couture. L’injustice clouée au pilori et l’humiliation oubliée. Mais c’était sans compter sur nos compères des plateaux de télévisions censés diffuser de l’information en continue. Hier soir, Cnews, la chaîne d’information détenue par Vincent Bolloré (le milliardaire très friand de la liberté de la presse) proposait un « débat » sur le burkini dans l’émission Punchline.

 

L’histoire se répète mais le droit lui, mérite encore une fois d’être entendu. Autour d’un plateau composé d’éditorialistes et de journalistes, Laurence Ferrari endosse la triple casquette de la journaliste/présentatrice/modératrice. Sa première intervention qui pose les jalons du débat semble néanmoins très orientée : « Le burkini ce maillot de bain porté par certaines femmes musulmanes est autorisées dans des piscines de Rennes au grand dam de ceux qui défendent la laïcité dans les espaces publics. Alors y a-t-il une montée des signes religieux, un affaiblissement de notre République face à la poussé islamiste ? » demande-t-elle.

 

Plusieurs éléments à souligner dans cette introduction. Laurence Ferrari estime, elle et/ou sa rédaction en chef, que le burkini est à mettre en opposition avec la laïcité. Elle ajoute, sous la forme d’une question pleine de sous-entendus que ce burkini porté au regard de tous serait synonyme d’affaiblissement de la République. Enfin, et c’est sans doute le plus grave lorsque l’on sait que Laurence Ferrari est avant tout journaliste, elle fait l’amalgame entre le port du burkini ou du moins la montée des signes religieux et une supposée poussée islamiste.

S’en suivent des diatribes plus ou moins habitées de la part du journaliste Jean-Claude Dassier, de l’éditorialiste Serge Raddy ou encore de la journaliste Zineb El Rhazoui. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’émission porte bien son nom. Les punchlines se succèdent et se ressemblent.

L’oscar de la meilleure digression revient tout de même à Jean-Claude Dassier qui réussit à lier burkini, hôpitaux en dangers où les femmes refuseraient d’être touchées par des médecins hommes, banlieues où les malheureuses en mini-jupes seraient molestées pour finir sur le classique café de Sevran (on lui conseille d’ailleurs cette contre-enquête du BondyBlog à l’avenir).

Pour en revenir au cœur du problème, retournons deux ans en arrière. Les nombreuses affaires du burkini que le CCIF a remporté ont fait état d’un constat alarmant. Jusqu’à quand la polémique va-t-elle se substituer aux débats de fond ? Comment des idéologies islamophobes et racistes peuvent-elles s’imposer dans le débat au point de mener des maires de nombreuses villes à s’opposer aux principes fondamentaux de la laïcité ? Quel est le rôle et surtout la responsabilité des médias dans ces affaires alliant sensationnalisme et injustice qui humilient tout un pan de la population ? Jusqu’où l’obsession de l’islam va-t-elle nous mener ? Pour ce qui est du burkini, la décision du Conseil d’état est claire, sans appel et elle fait jurisprudence.

Le problème avec ce type de débat diffusés à une heure de grande écoute, c’est que les glissements terminologiques et idéologiques sont nombreux. On passe d’un échange au sujet d’un vêtement, à la mise en accusation de toute une partie de la société française.  Cette phrase de Zineb El Rhazoui en est l’exemple, « Je pense que les femmes voilées sont le porte étendard d’une idéologie qui a plusieurs gradations et il est dangereux de séparer le fait terroriste de toute la chaîne de production idéologique qui y mène ». Sur un plateau de télévision à heure de grande écoute, il est possible de faire le lien entre le port du voile et le terrorisme. Cela pose encore une fois la question du rôle occupé par Laurence Ferrari qui n’intervient pas, ne revient pas sur les propos de la journaliste et ne les modère pas.

Enfin, il y a ce reportage tourné par les équipes de Cnews au sein de ladite piscine. On imagine le désarroi du journaliste dépêché sur place qui, après avoir interviewé plusieurs usagers ne se retrouve avec aucun réaction « négative » concernant le port de cet habit. Pire encore, et l’affront est tel que Laurence Ferrari n’hésitera pas à le souligner en retour plateau, « c’est surprenant, c’est surprenant les réactions du public ». Effectivement, depuis leur tour d’ivoire où les préjugés se disputent aux divagations islamophobes, Laurence Ferrari et son équipe étaient loin d’imaginer que non, le burkini ne choque ni les habitants, ni les usagers. Pire, ça ne les dérange même pas ! Mais il en faut plus pour dérouter notre chère Laurence qui, prenant son courage journalistique à deux mains, pose la question à peine déguisée, « mais quand même, il y a une forme de résignation dans ce que l’on a entendu ? ».

Pour conclure, on peut vous parler du choix des bandeaux mis en avant pendant cette émission qui a quand même duré quarante-cinq minutes. Un choix de la rédaction de cette émission qui laisse peu de place au suspens. Petit florilège de nos préférés.

 

Comme pour nous ménager, la rédaction a choisi de commencer soft :

 

Puis il a fallu être un peu plus explicite :

 

Avant de carrément se lâcher :

 

Pour mieux revenir aux fondamentaux :

Le CCIF ne compte pas en rester là, nos juristes examinent les recours possibles. Les discours de haine, qui appellent à la discrimination et à l’islamophobie ne peuvent et doivent pas se banaliser de la sorte.

Aidez-nous dans notre combat face à l’islamophobie en signalant cette émission au CSA.

L’équipe du CCIF

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Pourquoi ne pas suggérer des débats plus utiles à Cnews: Un sur la mésinterprétation de la laïcité, par exemple; ou un sur l’effet de l’intolérance sur les libertés individuelles en France?

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