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Fusillade et racisme à petit feu

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Depuis la fusillade de Beaune, on ne cesse de lire des articles et commentaires hâtifs sur la nature raciste de cette attaque. Pour certains — La Provence, France 3 Bourgogne-Franche-Comté (qui a modifié sont article deux jours après) ou même Le Parisien — la rumeur d’un règlement de comptes impliquant des gens du voyage, à propos d’un « trafic de voitures », a immédiatement suscité la jubilation de la fachosphère (Fdesouche, Riposte laïque, ou même Valeurs actuelles, qui a publié un article visiblement juste pour avoir l’occasion de mettre « raciste » entre guillemets) qui s’est empressée de narguer les associations antiracistes d’être passées « à côté de l’affaire de l’année ». Une affaire qui aurait pu, selon eux, faire augmenter nos adhérents, légitimer notre combat et soutenir notre discours. Dommage, effectivement, on attendra la prochaine attaque raciste.

Mis à part l’écroulement progressif de cette thèse du « règlement de compte », et la validation de plus en plus certaine du mobile raciste de cette attaque (voir à ce sujet l’enquête de Mediapart qui s’est mis à l’écoute des témoins, des victimes et de leurs proches), nous aimerions attirer l’attention de nos lecteurs sur une chose très simple : la lutte contre le racisme n’est pas une lutte ponctuelle, qui ne s’actionne qu’après les drames. Dans notre cas, depuis le début des années 2000, nous analysons et dénonçons, dans une démarche préventive, le discours raciste et islamophobe qui aujourd’hui permet à des médias, même « mainstream », de constamment couper, sans aucun scrupule, la parole des victimes, qui subissent alors une double violence : celle de l’acte qui les a touchés, et celle de leur mise à l’écart dans l’expression sur cet acte.

L’évolution du discours autour de cette affaire est révélatrice de toute la difficulté que nous avons, avec nos modestes moyens, de contrer un discours ambiant, englobant, violent, qui a construit le concept de « victimisation » pour empêcher les victimes de parler. Dans ce discours prôné par la fachosphère, et repris par certains médias, la victime est toujours responsable de ce qui lui arrive. Ainsi, la femme qui porte le foulard serait responsable de son exclusion, car elle aurait déjà choisi, par son vêtement, de s’autoexclure. On voit comment cette logique est d’une violence inouïe, mais en apparence silencieuse. Ne la ressentent que celles et ceux qui la subissent, car elle les consume de l’intérieur. Et ne l’entendent que ceux qui sont véritablement disposés à sortir de ce schéma fasciste qui attribue à la victime la responsabilité de la haine qu’elle subit.

Au CCIF, nous avons choisi d’écouter les victimes, de les croire sur parole tout en menant, jusqu’au bout, nos enquêtes et nos processus de médiation. Pour cela, nous n’avons pas attendu qu’il y ait des fusillades ou des attentats : ces événements bruyants sont eux-mêmes les effets d’un discours bien plus insidieux, qui installe un racisme à petit feu, un racisme presque invisible à l’œil nu, car les projecteurs sont dirigés vers ce qui fait sensation et alimente la polémique (le bruit autour de la publicité Gap est révélateur de cet écart dans les priorités).

Nous n’espérons qu’une chose pour le moment : que les victimes de cet acte se rétablissent au plus vite du traumatisme physique et psychologique qu’ils ont subi.

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