BP 21 50 AVENUE DU PRÉSIDENT WILSON 93213
01 49 21 22 22

Placements d’enfants et publicité Gap : l’émotion à géométrie variable

#

Depuis quelques jours, beaucoup s’émeuvent de cette jeune fille qui porte un foulard dans une publicité Gap : on parle de « polémique », de « controverse », on appelle au boycott, aux pétitions, et bien d’autres actes courageux qui feront, on n’en doute pas, clairement reculer cet acte politique commis par cette jeune fille et l’entreprise qui l’a mise en avant. Pendant que des femmes se battent pour l’enlever en Iran, voici que des entreprises occidentales font la promotion de ce « signe d’endoctrinement », ce « symbole de l’inégalité entre hommes et femmes », ce « torchon de soumission », ce qui ne manque pas de susciter la révolte chez ceux qui ne peuvent pas comprendre que cette publicité, en plus d’avoir un objectif commercial (célébrer la diversité pour vendre plus), reflète malgré tout une réalité, celle dans laquelle nous vivons aujourd’hui et où des femmes, jeunes et moins jeunes, portent librement des signes religieux. Point.

Mais dans le même temps, pendant que des dizaines de milliers d’enfants sont retirés à leurs parents1 pour des raisons souvent absurdes (aussi absurdes que le front de résistance face à la publicité Gap), on n’entend personne ni s’émouvoir, ni se révolter que des enfants fassent l’objet de placements abusifs. Au CCIF, nous rencontrons plusieurs cas confrontés à cette réalité (ce n’est pas qu’une pub : ce sont des milliers de familles concernées en France). Dans beaucoup de cas, les enfants font l’objet d’abord d’une « information préoccupante », c’est-à-dire une information destinée à alerter le conseil départemental de la situation d’un enfant, où est émis un avis sur le cadre de vie de cet enfant, mettant en cause son environnement familial.

De cette manière, si un enfant se rebelle, ou manifeste son désaccord avec l’enseignant, on soupçonnera sa famille de l’endoctriner et de le maltraiter, et si l’enfant est musulman, on le soupçonnera d’être déjà dans une phase de radicalisation religieuse. La démarche sera alors de rédiger une « information préoccupante » afin d’entamer une enquête sociale qui peut durer plusieurs mois et où sont décortiqués de manière intrusive tous les éléments de la vie privée des parents et des enfants, ce qui peut mener à séparer les enfants de leurs parents (mis au même rang que les parents maltraitants ou criminels), pour l’éduquer selon les préceptes de l’Éducation Nationale.

Au CCIF nous rencontrons divers cas : quand un enfant est soupçonné de jeûner à l’école, ou quand une jeune fille est aperçue portant un foulard à l’extérieur de l’école, ou quand une famille préfère l’enseignement à domicile, et d’autres. Ce sont là des cas qui semblent préoccuper le corps enseignant et administratif, de sorte à justifier la saisine de l’inspection de l’éducation nationale, puis du conseil départemental et du procureur de la République. Dans la plupart de ces cas, le soupçon est mis devant la règle, dans une course à la lutte contre la radicalisation dont les indicateurs laissent sans voix et peuvent finalement toucher musulmanes et non-musulmans, dès lors qu’ils ne répondent pas à la norme institutionnelle. Dans un nombre non négligeable de cas, ces informations préoccupantes ont des conséquences physiques et psychiques sur les personnes concernées, et peuvent aboutir à de véritables déchirements dans les familles.

La préoccupation devrait pourtant se manifester ailleurs : comment cela se fait-il que 50% des placements d’enfants soient abusifs ? Depuis la banalisation de l’information préoccupante en 2007, les associations de défense des droits des enfants dénoncent une véritable maltraitance institutionnelle, montrant que l’ingérence des conseils départementaux dans l’éducation des enfants n’est pas toujours justifiée. Le mois dernier, le député Jean Lassalle s’est fait l’écho de ces associations à l’Assemblée nationale :

Ces associations demandent que des solutions alternatives diversifiées soient recherchées plus souvent. Elles réclament notamment que la loi de 1996 concernant la non séparation des fratries en cas de placement soit rigoureusement appliquée, que le lieu de placement des enfants soit le plus proche possible du domicile de leurs parents, que soient interdits les placements à la naissance, sauf nécessité impérieuse et dûment motivée et si l’enfant n’a pas de tiers, que les placements à la naissance qui auront été ordonnés fassent l’objet de réexamens et que les placements en urgence effectués sans audition préalable ni des parents ni des enfants soient strictement limités aux cas d’urgence avérée. Plusieurs études ou témoignages tendent à montrer que toutes les conditions ne sont pas mises en œuvre pour maintenir ou rétablir les liens parents/enfants. 2

 

Le problème est posé à nouveau, dans les hautes sphères de l’État, et il mérite bien plus de ferveur et de mobilisation que ce qu’on a pu lire chez celles et ceux qui, dans les médias et les réseaux sociaux, se sont improvisés en protecteurs d’enfants parce qu’ils se sont offusqués de la publicité Gap, faisant de cette polémique un prétendu révélateur du monde dans lequel on vit. L’information préoccupante est pourtant celle-ci : dans le monde dans lequel on vit, pour aucune raison valable, des milliers de parents font l’objet d’enquêtes sociales injustifiées pouvant aboutir au retrait des enfants. Et des milliers d’enfants sont séparés de leurs parents.

  1. Selon l’Association pour la santé de l’enfant dans son parcours de vie (AFPSSU), sur les 136 000 enfants retirés chaque année à leurs parents, 68 000 ne sont pas motivés, « aboutissant à des situations de souffrance extrême pour nombre de familles et d’enfants ».
  2. http://questions.assemblee-nationale.fr/q15/15-10731QE.htm

% commentaires (3)

Il existe également dans certaines PMI une suspicion devant des parents « non conformes » :cette jeune mère (caucasienne) responsable et irréprochable mais de 18 ans seulement, cette maman aimante(maghrébine voilée) du 5 ème enfant en très bonne santé, harcelée parce qu’elle refuse d’arrêter l’allaitement devant une courbe au 25 ème percentile, ces jeunes parents(bébé de 7 jours), nouveaux migrants d’Asie qui ne parlent pas le français et qui se retrouvent aux urgences à la demande de la pmi, affolés: comment leur expliquer que la personne à l’origine du signalement a confondu un naevus géant(grande tâche bleue de naissance dans le dos) avec de la maltraitance?…
J’ai suivi, je suis et j’ai côtoyé ces parents aimants qui se sont retrouvés jugés selon une grille de lecture archaïque et figée.
Les professionnels en contact avec les enfants jugent les parents selon des critères sociaux, ethniques, langagiers; des parents qui auront les mêmes critères sociaux que ces professionnels seront à l’abris de tout soupçon. C’est un problème global qui renvoie au débat franco-français assimilation/intégration dressé par un système élitiste qui déprécie une mère parce qu’elle parle à son bébé en dialecte africain et qui la valorise lorsqu’elle lui parle anglais, qui déprécie un père qui se présente en djellaba et qui le valorise lorsqu’il se présente en costume-cravate: l’hématome sur la jambe n’aura pas alors la même signification…

Je suis d’accord avec Zeyneb , il y a une suspicion qui vise toujours les mêmes ( à savoir les classes populaires et/ou immigrées ). De manière générale, je suis d’accord avec l’article : il existe un abus de la part des services sociaux avec la tendre complicité du personnel des établissements scolaires. Au – delà de la question de la stigmatisation d’une communauté religieuse : c’est l’impunité et la toute-puissance de l’aide sociale à l’enfance qui pose problème dans un état de droit . C’est un Etat dans l’Etat qui est terriblement opaque, qui ne rend aucun compte à personne ( ni aux familles ni aux citoyens ), qui reçoit un argent fou, qui ne se remet jamais en cause, qui ne s’excuse jamais et qui maltraite les enfants et détruit les familles à jamais. C’est l’impunité totale, est-ce un hasard si les frères Kouachi, les candidats de la télé-réalité sont passés par la DDASS ???

La France est une entité psycho-rigide ,autiste de surcroît,nourrissant une obsession pathologique à l’encontre de l’altérité musulmane.Elle cache,par un discours démagogique une réalité peu reluisante faisant des musulmans les souffre-douleurs d’une république en mal d’ennemi intérieur,ennemi qu’elle traite en tant que tel en surveillant,supputant,contrôlant,censurant,expulsant et in fine voulant formater et mater cette altérité qui la dérange….

Ecrire un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.