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Une candidate libre forcée à retirer son foulard

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Comme chacun sait, la loi de 2004 sur les signes religieux à l’école ne s’applique qu’aux élèves de l’enseignement public. La circulaire du 18 mai 2004 apporte donc des précisions, en spécifiant que cette loi ne s’applique pas aux parents d’élèves, ni aux candidats libres qui passent un examen dans l’établissement :

Elle ne s’applique pas non plus aux candidats qui viennent passer les épreuves d’un examen ou d’un concours dans les locaux d’un établissement public d’enseignement et qui ne deviennent pas de ce seul fait des élèves de l’enseignement public.

 

Cela signifie qu’en période d’examens ou de concours, l’établissement peut accueillir des élèves portant des signes religieux, à partir du moment où ils sont candidats libres (on le répète car visiblement ce n’est pas compris de tous, en particulier par certains membres du personnel enseignant, comme on le verra plus bas).

Dans un contexte où Jean-Michel Blanquer, fier de nous apprendre que son adresse dédiée aux « signalements pour atteinte à la laïcité » reçoit 30 sollicitations par jour, il est important de rappeler qu’une bonne partie des atteinte à la laïcité sont également provoquées par certains enseignants, surveillants ou même directeurs d’établissement, qui détournent, parfois par ignorance, mais parfois également par excès de zèle — voire islamophobie — les lois et les principes de la laïcité.

C’est ce qui est arrivé fin juin 2018 à cette lycéenne de 18 ans, Ismahane1, candidate libre portant le foulard. Ismahane termine son oral d’anglais, et en sortant de l’établissement (un collège-lycée au Pays de la Loire), elle est interpellée par une dame qui l’informe qu’elle n’a pas le droit de porter le foulard. Cette dame la force à se rendre au bureau du personnel administratif. La principale adjointe confirme les propos de cette dame, et refuse de regarder les deux documents qu’a voulu présenter Ismahane (qui s’était préparée à ce type d’interpellation) : le premier document est la convocation à l’examen (justifiant sa présence dans l’établissement), et le second document est la circulaire citée ci-dessus, prouvant qu’elle a le droit de présenter un examen en portant un signe religieux. Ne voulant rien savoir, la principale adjointe force Ismahane à retirer son foulard pour pouvoir sortir (!) du lycée, lui indiquant qu’elle pourra le remettre une fois dehors.

Une police vestimentaire, d’une violence psychologique inouïe, qui, en plus de ne pas respecter la loi, fait preuve d’un excès de zèle énorme face à cette jeune lycéenne qui ne demandait précisément qu’à quitter l’établissement. Qu’est-il arrivé à la laïcité pour que certains responsables d’établissements scolaires arrivent à la comprendre de cette manière ? Comment la laïcité s’est-elle transformée en dispositif policier d’exclusion ? Nous donnons quelques réponses ici.

Malheureusement, ce n’est pas tout. La mère d’Ismahane, appelée par sa fille, se rend dans l’établissement dans l’après-midi. Dans l’attestation qu’elle livre à la police, la maman explique comment l’entretien qu’elle a eu avec le proviseur adjoint de l’école s’est vite transformé en jugement critique du choix familial (celui de pratiquer la religion musulmane), prétendant que le choix de porter le foulard serait contraire aux valeurs de la République… De quoi démontrer à nouveau les effets désastreux qu’a eu le jugement de valeur de Macron, lorsqu’il a considéré publiquement que le voile « nous insécurise » (qui nous ?) et qu’il n’est « pas conforme à la civilité ».

L’entretien se termine sur une touche violente, où le proviseur adjoint fait savoir à la famille que ce qu’Ismahane a subi « est légitime, prévisible, et que cela se reproduira à nouveau ». Selon le proviseur, donc, il appartient à Ismahane de se préparer à ce genre d’interpellation…

Considérer qu’une personne, parce qu’elle a des croyances religieuses et une pratique rituelle, mérite d’être discriminée, ce n’est pas une opinion. C’est un délit, et c’est de l’islamophobie. Dans ce cas, au-delà de la discrimination, il y a même humiliation et atteinte à la dignité.

Nous ne comprenons pas comment certains membres du personnel administratif peuvent ignorer et/ou méconnaitre la circulaire d’application, rappelée dans le livret laïcité de 2016 (p. 22) et dans le vademecum sur la laïcité à l’école de 2018 (p. 26).

Adhérez, donnez pour nous aider à continuer de les soutenir.

  1. Le prénom a été changé.

% commentaires (4)

Bonjour,
Continuer sans relâche à œuvrer pour la défense des droits fondamentaux des français de confession musulmane victimes de l’islamophobie quasiment institutionnalisée dans presque tous les esprits. Votre action et votre rôle de garde-fou permet à bcp de nos concitoyens de mesurer à la fois l’impact de ce fléau social pour ceux qui l’entretiennent en se voyant sensibiliser voire sanctionner, comme de redonner des repères aux victimes dans un environnement sociétal hostile du fait de leur religion. Votre association est d’une grande utilité publique.
Merci.

Je souhaite de tout cœur que Justice sera faite pour cette jeune femme dont les droit ont été bafouées encore une fois dans cette République…

Y a t’il eu des suites? Est ce que le Lycée a été notifié de sa méconnaissance de la loi?

Oui. Un dossier est en cours.

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