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Pas de serrage de main, pas de carte de séjour

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Nour et son mari se rendent à la Préfecture pour déposer le dossier de demande de carte de séjour de Madame. Ce rendez-vous est prévu depuis 4 mois.

Une fois le dossier déposé, ils doivent récupérer un récepissé qui leur permet de venir chercher le document.

Le jour-j, le couple se tient dans la file d’attente comme beaucoup d’autres personnes ce jour-là. Une responsable (présumée) de la sous-préfecture ainsi que le vice-délégué viennent à leur rencontre. Étonnamment, les deux responsables auront pensé au préalable à serrer la main de chacune des personnes présente dans la file. Une pratique aussi exceptionnelle qu’incongrue dans un tel contexte, puisqu’il ne s’agit aucunement d’une cérémonie officielle.

Arrive le tour de Madame et Monsieur.

La responsable demande alors à Monsieur si sa femme serre la main des hommes, et le vice-délégué demande à son tour à Nour si elle sert la main des hommes. Le couple, fidèle à leurs principes, sert chacun la main du responsable du même sexe qu’eux et saluent le second oralement.

 

Immédiatement, le couple est invité à se rendre à un guichet où se présente dès lors un troisième protagoniste qui leur pose un certain nombre de questions liées à leurs pratiques religieuses, leur tendance, la mosquée qu’ils fréquentent.

 

Suspects parce que musulmans, c’est dans cet état d’esprit que vont se dérouler les échanges avec ce couple, qui n’était venu, à la base, que pour déposer un dossier administratif.

Au final, le couple ne sera pas pris en rendez-vous pour le dépôt de leur dossier et les agents de la Préfecture ont conditionné la prise d’un autre rendez-vous au serrage de main. Le visa de Nour expirant bientôt, il est clair que le couple est dès lors lésé dans ses démarches. C’est ainsi qu’ils ont choisi de saisir le CCIF

Ce climat de suspicion systématique lié à des actes religieux entraînent des pratiques discriminatoires et stigmatisantes de la part d’agents de l’Etat. Une telle différenciation entre les citoyens est tout simplement scandaleuse et illégale dans un Etat laïc garantissant la liberté de conscience.

Le serrage de main est-il obligatoire en France?

La réponse semble évidente: NON. En France, rien n’oblige les individus à serrer la main à un tiers. A l’inverse, rien n’interdit de refuser de serrer la main à autrui dès lors qu’il respecte son interlocuteur et le salue poliment sous une autre forme. Il n’existe pas de mode uniforme et obligatoire de salutation. De fait, il n’est pas illégal de ne pas serrer la main.

Le refus de serrer la main peut relever d’un choix religieux, mais aussi culturel, hygiénique…

La disproportion du traitement infligé à ce couple qui ne serre pas la main à un tiers est caractéristique du climat d’hystérie qu’a introduit la lutte contre le terrorisme et la radicalisation confondant pratiques religieuses (y compris ultra-orthodoxes) et dangerosité. Ce choix religieux, ainsi que d’autres (accomplissement de la prière, pratique du pèlerinage, pratique du jeûne, port du foulard, objets religieux au domicile…), sont aujourd’hui interprétés par certains agents de l’Etat, zélés,  particulièrement incultes, ou exécutant des consignes illégales, comme des signes de radicalisation justifiant un traitement différencié. Pouvant aller jusqu’au signalement abusif pour radicalisation, à l’enquête sociale, la convocation devant un juge…

 

Les exemples signalés à notre permanence juridique ne manquent pas. Et notre constat est très inquiétant: nous assistons en direct à une criminalisation de l’islam

 

Le CCIF dénonce depuis plusieurs années l’état d’urgence devenu permanent et le climat de suspicion généralisée qu’il a instauré amenant des individus comme Nour et son mari à se faire humilier et léser dans leur vie quotidienne.

Leur seul tort ? Etre musulman.

% commentaires (2)

Une nouvelle démonstration de la mesquinerie qui existe en France, et de l’utilité du CCIF.

Pauvre France….

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