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La tentation radicale: une étude orientée ?

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Le livre des sociologues Olivier Galland et Anne Muxel, la Tentation radicale, dont quelques extraits sont parus sur Le Monde, la semaine passée, dresse un portrait alarmiste d’une population de lycéens musulmans enclins à basculer.

Cette enquête basée sur des témoignages récoltés auprès de 7000 lycéens, prétend mettre en évidence les facteurs d’adhésion à la radicalité religieuse chez les jeunes.

Certains des lycées choisis présentent une surreprésentation d’élèves d’origine maghrébine ou subsaharienne, ce qui ne permet pas de donner à ce panel la pluralité d’opinions nécessaire. L’une des auteurs, Anne Muxel, ouvre d’ailleurs l’interview accordée au journal Le Monde avec cette affirmation:

 « La radicalité peut tenter la jeunesse dans toute sa diversité ». Pourquoi alors se focaliser sur un panel apparaissant être homogène pour cette enquête?

 

« Pour Olivier Galland, ni les caractéristiques socio-économiques, ni l’expérience des discriminations, ni même le “malaise identitaire” des jeunes concernés n’expliquent leur absolutisme religieux: cela tient à l’islam.» explique Patrick Simon, Directeur de recherches à l’Institut National des Etudes Démographiques (INED) et co-auteur d’une enquête sur les expériences et perceptions des discriminations en Ile-de-France.

 

Quid des facteurs socio-économiques ?

L’étude Trajectoires menée sur avril et mai 2015 en Ile-de-France que Patrick Simon a mené, vient répondre à cette interrogation en mettant en lumière une réelle expérience de la discrimination qu’il s’agisse du genre, de l’origine, de la religion, de l’orientation sexuelle, de la santé ou du handicap. Occulter l’intégralité de ce volet socio-économique dans l’interprétation des réponses de l’enquête de Galland et Muxel est une erreur scientifique.

Il est difficile de fermer les yeux sur une réalité des discriminations et du sentiment de stigmatisation que certains jeunes peuvent éprouver en lien avec leur appartenance religieuse notamment. Or cette étude ne semble pas en faire la mention. Quid du désengagement de l’Etat dans les banlieues?  Des politiques de la ville qui défavorisent des populations déjà marginalisées en raison de leur origine sociale et ethnique ?  De l’inégalité des chances dans l’accès à la réussite sociale et économique? En omettant de prendre en compte les éléments déclencheurs d’un réel désenchantement de certains jeunes, les auteurs réduisent ainsi l’objectivité scientifique de leur étude.

Par ailleurs, l’enquête des deux sociologues Galland et Muxel se focalise sur des lycéens âgés de 14 à 16 ans alors que l’on sait qu’il s’agit d’un âge charnière dans la découverte de ses opinions, dans la quête de son esprit critique et ne saurait constituer une population représentative d’un phénomène qui la dépasse.

Etonnant d’ailleurs que l’avis de lycéens musulmans soit aujourd’hui scruté de si près, alors que personne ne souhaitaient les entendre lors de la Commission Stasi en 2003 qui statuait sur l’interdiction des signes religieux à l’école.

 

Une étude orientée dans un climat post-attentat

Outre tout ce qui précède, que penser du timing de la publication de cette étude ? Celle-ci apparaît en effet à un moment de crispation extrême autour de la lutte contre la radicalisation et post état d’urgence où les libertés individuelles de certains citoyens français sont menacées en raison de leur appartenance religieuse.

Qu’il s’agisse de productions scientifiques comme celle-ci ou de mesures politiques, c’est finalement la communauté nationale qui aura à pâtir sur le long terme de tentatives de division répétées.

% commentaires (4)

« Il est difficile de fermer les yeux sur une réalité des discriminations et du sentiment de stigmatisation que certains jeunes peuvent éprouver en lien avec leur appartenance religieuse notamment.  »
donc, toutes les raisons d’être ……iste pour le CCIF.

Pas une raison, mais un complément d’explication manquant peut être dans le texte original.

Avec ce genre d’étude, c’est porter la suspicion sur des lycéens, quand bien même ils ne sont même pas pratiquants, ex : mon fils rechigne à se raser car ce n’est pas sa priorité son apparence, il est a fond dans ses études j’ai beau lui parler il me dit je ne fais de mal à personne j’aime « être comme ça »; malheureusement comme on est dans une société de l’apparence on risque de le « taxer de radical », pourtant je vois de plus en plus d’hommes qui portent la barbe. Je rajouterais que tant que nos enfants sont dans les écoles il y a un espoir combien de jeunes sont « racistes », « islamophobes », ils bercent dans l’extrême droite, justement c’est à l’école de faire en sorte que tous ces jeunes puissent changer leur vision des choses, en leur donnant tous les moyens de prendre du recul par rapport à leur religion, leur éducation, et pouvoir prendre de la hauteur et accepter que chacun avec nos différences, on peut vivre ensemble dans la pluralité, l’essentiel est de se respecter et que chacun ne croit pas détenir la vérité absolue et l’imposer aux autres, Je ne vis pas dans le monde des bisounours, c’est ce que j’apprends à mes enfants., si tous les parents apprenaient cela à ses enfants, et que l’école aussi, il y a de l’espoir.

Je suis en train de lire l’ouvrage « la tentation radicale » de O.Galland et A.Muxel. L’ouvrage souffre de plusieurs biais méthodologiques et idéologiques qui sont extrêmement bien présentés dans cet article de Baubérot. https://blogs.mediapart.fr/jean-bauberot/blog/100418/l-ouvrage-la-tentation-radicale-d-o-galland-et-d-muxel-une-enquete-defectueuse. Je suis heureux de trouver sous la plume de Jean Baubérot – qu’on ne présente plus – la formalisation des intuitions et des questions que je me pose au fur et à mesure du livre de Galland et Muxel : définition très imprécise du terme de radicalité, traitement méthodologique différent de la radicalité religieuse et de la radicalité politique, non-interrogation de certaines sous-populations, effet de mélange et de contamination de certains échantillons, questions mal posées et mal comprises, questions ambigües, voire non-pertinentes dans le questionnaire qui sert de base à cette « enquête défectueuse ». il faut vraiment lire cette critique scientifique de Baubérot si on veut lire le livre ou en tenir compte. Au final, c’est un livre qui ne rend pas service, du fait de ces biais qui interdisent de le prendre comme une base solide.

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