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Interdiction des signes religieux à l’Assemblée Nationale: un pas de plus vers l’invisibilisation des femmes musulmanes

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Nous vous l’annoncions dans notre article de décembre : le bureau de l’Assemblée National réfléchissait à l’interdiction des signes religieux au sein de l’hémicycle. Depuis la semaine dernière, la nouvelle mesure a été votée.

François de Rugy l’a d’ailleurs indiqué son compte twitter:

Cette nouvelle disposition du règlement intérieur de l’Assemblée nationale constitue un pas de plus vers une réduction des libertés des femmes musulmanes et remet en cause leur droit à se faire élire comme n’importe quel citoyen. Plus les débats avancent, plus les réglementations, les législations grignotent les libertés individuelles de nos compatriotes de confession musulmane et plus les positions de chacun se cristallisent.

Récapitulatif de ce grignotage:

1989: affaire de Creil et création du Haut Conseil à l’Intégration
Trois jeunes femmes se font exclure du collège Gabriel-Havez car elles refusent de retirer leur voile en classe. Malgré une décision du Conseil d’Etat se positionnant contre l’interdiction, les débats, la campagne médiatique et la traque des jeunes filles voilées commence alors.

15 mars 2004: Interdiction des signes religieux à l’école
Cette loi ne comporte qu’un seul article alors que les débats auront duré plus de 10 ans. Aucune recommandation de la part de la société civile n’a été prise en compte. Pire encore, la parole de ces femmes-là a été purement et simplement confisquée lors de la préparation de la loi.
Cette loi marque le début du dévoiement de la loi du 9 décembre  1905 portant séparation des Eglises et de l’Etat, et à une interprétation erronée de la laïcité, en total décalage avec sa définition juridique et historique.

22 juillet 2008: proposition de loi sur l’interdiction du port de signes ou de vêtements religieux, politique ou philosophique, visant toute personne chargée d’une mission de service public.

11 octobre 2010: loi interdisant le voile intégral qui stipule que “Nul ne peut, dans l’espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage.” D’autre pays européens emboîteront le pas de la France: Pays-Bas, Autriche, Allemagne, etc.

27 mars 2012: Circulaire Châtel qui interdit aux mamans voilées d’accompagner les élèves lors des sorties scolaires. (Re)voir notre vidéo à ce sujet.

Mi-juin 2016: La loi El Khomri introduit une clause de neutralité dans le nouveau code du travail. Sans définition précise, cette nouvelle disposition, aura pour conséquence de légitimer des pratiques discriminatoires à l’encontre des femmes musulmanes dans le monde du travail.

Juillet-Août 2016: Série d’arrêtés municipaux interdisant le port du burkini sur les plages, tous invalidés par la justice après intervention du Conseil d’Etat. Première tentative d’interdiction des signes religieux dans l’espace public, cette série de décision aura valu à la France de devenir, le temps d’un été au moins, la risée du monde.

14 mars 2017 : Décision de la CJUE qui considère qu’une exigence de neutralité religieuse, politique et philosophique dans le règlement intérieur d’une entreprise ne constitue pas une discrimination directe. Réel permis de discriminer, cette loi marque un nouveau tournant puisqu’il s’agit désormais de faire appliquer une interdiction du port des signes religieux par voie de loi dans un établissement privé.

Janvier 2018: Interdiction des signes religieux à l’Assemblée Nationale

 

Ces décisions de justice viennent s’ajouter à divers situations dans lesquelles des femmes se retrouvent harcelées, agressées, mises à l’écart ou même humiliées en public en raison de leur appartenance religieuse.

 
Si ce nouveau règlement avait existé auparavant, l’abbé Pierre et le chanoine Kir n’aurait jamais pu siéger à l’Assemblée Nationale.

Refus de soin, de fourniture d’un service (restaurant, salle de sport), discrimination à l’embauche ou sur le lieu de travail, agression dans la rue, traitement différencié (université, examens, stage…). Dans toutes ses situations le droit permet encore de protéger les individus, mais les particuliers se comportent de façon discriminatoire en pensant ainsi appliquer le droit et la laïcité. Le CCIF est là pour rappeler qu’il ne peut en être ainsi.

Depuis 15 ans notre lutte consiste à s’opposer aux actes de violences commis à l’encontre de nos compatriotes musulmans ou perçus comme tels. Et nous continuerons de nous tenir à leurs côtés pour préserver leurs droits et libertés, et surtout leur dignité.

 

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% commentaires (10)

C’est une atteinte supplémentaire aux libertés individuelles et une nouvelle règle anti religieuse. Mais ce n’est eut être pas irréversible. Il faut bien sur continuer à s’opposer à ce genre de décision et Il me semble que le pays prend lentement conscience qu’il fait fausse route dans ce domaine.

Vous titrez « vers l’invisibilisation des femmes musulmanes… » !

En fait comme toutes les autres à l’assemblée nationale. Pourquoi, à l’assemblée nationale d’une république laïque, ne devrait on identifier QUE les femmes musulmanes ? Pour les compter ?

@Albert Durand. La laïcité ne permet pas d’imposer des interdictions aux citoyens.. A ma connaissance, elle n’a pas été utilisée pour justifier l’interdiction de signes religieux à l’Assemblée. Cette interdiction a été justifiée par une neutralité plus générale, ce qui est relativement une bonne chose: Le sens de la laïcité n’a pas été déformé plus qu’il ne l’est déjà. Il n’empêche que la règle est liberticide et contraire à la liberté de conscience.

Merci d’avoir rebondi sur mon message.
Admettons pour les arguments revendiqués à l’assemblée. Mais cela revient un peu au même, j’imagine mal un pays non laïc qui voudrait imposer une neutralité religieuse au sein de son parlement..
Le titre de l’article m’avait particulièrement interpellé venant de religieux qui s’efforcent justement à ce que toutes les musulmanes soient visibles ! Au point où dans certains quartiers de Toulouse des femmes voilées interpellent des consoeurs non voilées au teint hâlé, fussent elles antillaises et chrétiennes.
Je ne vois pas en quoi des règles de neutralité seraient liberticides quand on touche à la religion et ne le seraient pas vis à vis d’un député vêtu d’un maillot de foot. Il y a du liberticide à plusieurs vitesses.
Dans le même temps, le Monde de ce jour évoque les iraniennes manifestant pour enlever leur voile, certaines risquant des mois de prison… eh oui, dans certains pays une femme non voilée risque la prison ou les jets de pierres, alors nous et nos petits soucis à l’assemblée…

@Albert, dans un environnement liberticide, le combat des Iraniennes (ou des Françaises de votre quartier) qui ne veulent pas porter de voile est le meme que celui des Françaises qui veulent le porter.: C’est un combat pour la liberté de conscience et les libertés individuelles. Le règlement de l’Assemblée demande que les communications soient verbales seulement avec une apparence extérieure neutre (vis à vis de convictions politiques, religieuses, …): On peut donc exprimer ces convictions verbalement, mais pas autrement. Pour quelles raisons? En prenant cette logique à la limite, pour éviter les risques de communication non verbale, on devrait demander à tous les députés de porter un vêtement de type burqua; et de parler par l’intermédiaire d’un ordinateur (pour qu’on ne sache pas si on a affaire à un homme ou une femme)!

On verra bien ce qui sera finalement décidé par l’assemblée, et qui s’y conformera…

A titre personnel, l’apparence neutre me convient très bien.

La visibilité, l’existence des musulmanes n’existent-elles que par le port d’un signe religieux ?!

C’est là une bonne question.
S’il ne y a pas de hijab comment distinguerait vous les musulmanes de autres ? Pas possible. J’ai étais surpris par des grands blanc tatoué me dire Asalam aleykoum. Donc si on s’en prend à cette femme c’est parcequ’elle est voilé donc c’est de l’islamophobie. Sinon il faudrait agir pareil avec n’importe qu’elle musulmane dans la rue puisque dans la logique c’est lIslam qui gêne en France on a le droit de critiquer L Islam alors interpellé les gens aléatoirement dans la rue demandez leur s’il sont musulmans et critiqué l Islam cela en France on a le droit. Mais interpellé des gens parcequ’ils sont voilé ou avec une djellaba c’est de l’islamophobie c’est un délit.

Les députés sont élus par nous autres.
Ils sont sensés parler en notre nom et nous représenter.
Ils sont à notre service.
Ils incarnent la société et sont sensés oeuvrer au mieux pour améliorer la vie des citoyens.
On décide d’interdire un profil qui existe dans la société.
Logiquement on devrait interdire tous les profils. Autrement dit tout le monde ou à peu près.
Mais bon, on en est à interdire un profil.
Le plus fort c’est qu’un écolo qui n’a rien d’écolo le propose.
Je veux dire par là que c’est la ligne politique, les idées qui comptent et pas de quoi on a l’air.
Preuve en est certains députés sont issus de partis républicains tandis qu’ils sont racistes.
Ce n’est pas de quoi on a l’air qui compte, ni meme d’où l’on prétend parler, ce qui compte c’est ce que l’on dit, ce qui compte c’est la ligne politique que l’on défend.

Oui on voit clairement les outils mis en place pour faire barrage aux musulmans trop musulmans.
Cette lois n’as pas lieux d’être vue qu’il n’y a eu aucun problème à ce jour avec celà. C’est de la prévention comme vous le dites contre les femmes musulmanes. Ils disent que y a un problème avec l Islam en France mais l Islam n’as pas changé depuis sa création mais les lois françaises passent leurs temps à changer et on nous dit à nous de faire des efforts.
Ils ont compris que la génération de musulmans qui arrivent font des longues études et donc vont être de plus en plus présent au seins des hautes administration et qu’on pourra donc faire valoir nos droits. Cela dérange bien sûr ! Travailler pour une femme voilée c’est inconcevable pour une partie des français.

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