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« Elle est devenue menaçante et a commencé à invoquer souvent sa religion »

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Au CCIF nous recevons quotidiennement de nombreux appels et messages de personnes victimes d’agressions et de violences islamophobes. L’histoire que nous allons vous raconter ici est l’une d’entre elles.

Faux départ

Ibtissem*, jeune étudiante marocaine est à la recherche d’un appartement pour poursuivre ses études en Ile-de-France.  Elle finit par trouver un studio, propriété des époux De La Picaudière*. Lorsqu’elle emménage, Ibtissem découvre qu’il s’agit en réalité d’un couloir exigu de 8m² où se trouvent malgré tout un lit et une douche.

Ibtissem ne bronche pas et s’installe ainsi dans son nouveau logis dont elle paye le loyer en espèce à la demande des propriétaires. La jeune étudiante se voit alors contrainte de verser chaque mois de grosses sommes d’argent en liquide. En plus de cela, les époux De La Picaudière ne lui fournissent aucun bail écrit ce qui aura pour conséquence la fin des aides au logement versées par la CAF, faute de pouvoir prouver l’existence de son bail.

Ibtissem continue de verser des loyers qu’elle finance grâce à un petit boulot étudiant, mais très vite, au vu de l’insistance de la jeune fille auprès des propriétaires pour obtenir un bail et des quittances, les époux De La Picaudière montrent enfin leur vrai visage.

Ils lui demandent de quitter les lieux, purement et simplement.

Les époux sont en réalité des marchands de sommeil, louant à des personnes fragilisées, étudiants et étrangers des chambres dont la superficie est inférieure à la limité légale, soit inférieure à 9m2.

La descente aux enfers

Refusant de quitter les lieux, la jeune étudiante marocaine va faire les frais d’un véritable plan machiavélique:

  1. Calomnie auprès des voisins d’Ibtissem en l’accusant de « couper le fil électrique de l’immeuble »
  2. Négation du caractère locatif de la chambre, qui ne devient plus qu’un échange contre services
  3. Changement des serrures en son absence, dégradation de biens notamment un ordinateur
  4. Désactivation du badge
  5. Intimidation sur son lieu de travail.
  6. Utilisation de leur fils pour tenter d’influencer des témoins.
  7. Dépôt de plusieurs main-courantes insidieuses contre Ibtissem en insistant sur son changement de comportement, sa volonté d’avoir des papiers et son rapport avec la religion, laissant croire à un début de radicalisation.

C’est ce dernier point, que la juge qualifiera comme étant « le coeur du dossier ».

 

Point de rupture

 

Les époux De La Picaudière, marchands de sommeil notoires, ont envoyé des mails de signalement à la mairie de leur commune pour dénoncer un début de radicalisation chez la jeune femme, en vue de la faire quitter les lieux, après l’avoir intimidé à maintes reprises. Extraits: « urgent : problème et doute quant aux liens avec une association terroriste », « elle exige des documents, elle est devenue menaçante et a commencé à invoquer souvent sa religion » , « nous craignons pour nous et pour la sécurité de l’immeuble ».

 

Pour pouvoir se soustraire à leur pratique moralement insoutenable, les propriétaires du bien ont dénoncé de façon calomnieuse la jeune locataire en pensant ainsi pouvoir s’en débarrasser. Nous sommes ici face à un cas totalement fantasque qui constitue non seulement une infraction tombant sous le coup de la loi pénale mais de surcroît aurait pu mettre la vie d’Ibtissem en danger lorsque l’on sait ce qu’entraîne un fichage S en période d’état d’urgence.

Lorsqu’une personne est fichée S elle est considérée comme une menace grave pour la sécurité publique. Ainsi, en procédant à cette dénonciation calomnieuse, la jeune fille aurait pu faire l’objet d’une surveillance accrue de la part des forces de police, voire de perquisitions, d’une assignation à résidence.

 

Pour rappel, à la fin de l’année 2015, les forces de police ont effectué plus de 4700 perquisitions dans des foyers, des établissements, des lieux de culte musulmans, pour un total de 6 mises en examen au final. Cela représente un taux d’échec de 99,9%. Ibtissem a été la victime de marchands de sommeil qui ont voulu tirer à leur avantage les mesures relatives à l’état d’urgence.

 

La jeune étudiante marocaine, du simple fait de son origine et de son appartenance supposée à l’islam (la jeune étudiante ne porte pas de signe religieux visible), aurait pu être considérée comme une menace pour la société alors qu’elle s’est installée en France pour poursuivre ses études. Un tel raisonnement a été rendu possible parce que les époux De La Picaudière se sont sentis crédibles et légitimes dans leur dénonciation. Et c’est bien là ce que le CCIF dénonce depuis près de deux ans maintenant.

Quand l’état d’urgence justifie l’islamophobie

L’assurance des propriétaires leur faisant franchir le pas de la dénonciation calomnieuse pour radicalisation est en réalité le fruit d’un discours politique qui a banalisé l’islamophobie pendant près de 30 ans. Pour certains, il est désormais normal de soupçonner un.e musulman.e d’être lié.e de près ou de loin à une activité terroriste. Et ce, même lorsque l’appartenance à l’islam n’est pas visible, dans ce cas c’est l’origine ethnique ou la nationalité qui se substituent à la visibilité de l’appartenance religieuse. C’est là une des raisons qui expliquent pourquoi l’islamophobie constitue un racisme.

A force d’associer de manière fallacieuse le terrorisme aux musulman.e.s, de mettre en avant des hommes politiques et des intellectuels clairement islamophobes sans aucune contradiction, les mécanismes et les dynamiques islamophobes se sont enclenchées jusqu’à parvenir à faire croire aux époux De La Picaudière qu’ils leur étaient possible d’agir de la sorte pour se soustraire à leur méfaits. Le Procureur de la République commentera d’ailleurs que la dénonciation d’Ibtissem pour radicalisation « est une façon odieuse de procéder et qui est loin d’être anodine dans le contexte actuel (…) c’est une instrumentalisation de la justice et des institutions à des fins personnelles ».

 

 

Le CCIF se réjouit de la promptitude avec laquelle le Procureur de la République a poursuivi le couple De la Picaudière et salue sa qualification des faits lors de l’audience qui a eu lieu le 8 décembre dernier.

Le CCIF s’est constitué partie civile et a assisté au procès des époux De La Picaudière qui s’est déroulé vendredi 8 décembre 2017. Le délibéré est en cours, le jugement sera rendu le 22 décembre 2017.

 

*Prénoms d’emprunt

% commentaires (5)

Bon courage à la victime. Je suis heureuse de participer par le biais de mon adhésion à la justice. Merci au CCIF.

Chère Ibtissem votre prénom « sourire » est magnifique. Qu’il vous aide à voir la vie avec joie et bonheur.
Ces marchands de sommeil sans scrupules méritent une sanction exemplaire, et ne valent pas la peine
Que vous en perdiez « l’Ibtissem ». Bonne continuation pour vos études.

Ce pays ayant encore ses réflexes de délations (les juifs ayant vécu la seconde mondiale peuvent en témoigner) ,il n’est pas étonnant que la haine se reporte sur les musulmans.Ce système fonctionne d’autant mieux que les services de l’état donnent du crédit aux signalements hystériques des « courageux » délateurs anonymes.

« Ce pays est fini. Je n’ai jamais mesuré à aucun moment comme aujourd’hui, à quel point il n’y avait rien à tirer des hommes de ce pays. En 1940, j’avais confiance… Je me rends compte maintenant que ma confiance d’alors venait de ce que n’avais pas éprouvé la profondeur de notre pourrissement. Il n’est pas assez de dire qu’ils sont pourris ; cette pourriture ils la recherchent, il n’y a que le faisandé qui les attire. ».
Général Charles de Gaulle, 12 janvier 1949

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