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Leçon​ ​de​ ​laïcité​ ​par​ ​Philippe​ ​Val​ ​et​ ​Georges​ ​Bensoussan.​ ​(Ceci​ ​n’est​ ​pas​ ​une​ ​blague…)

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Lundi 11 décembre se tiendra à l’ESPE de Paris, la journée de la laïcité 2017. Sur le papier, il s’agit d’une journée de « formation et de réflexion autour d’un principe fondamental de la République ». Le programme prévoit une matinée de conférence et des ateliers l’après-midi sur les thèmes de l’enseignement du fait religieux à l’école et sur la question du caractère antireligieux de la laïcité. A priori, rien de surprenant à la tenue de cette journée de réflexion au sein de l’antenne parisienne du centre de formation des enseignants, l’ESPE. C’est lorsque l’on se penche d’un peu plus près sur la liste des intervenants que nous sommes en droit de nous interroger sur l’intention réelle de cette journée. La première conférence sera animée par Georges Bensoussan, poursuivi par le Procureur de la République de Paris pour provocation à la haine, à la discrimination et à la violence envers les musulmans pour ses propos tenus au micro de France Inter en 2015 au cours de l’émission Répliques animée par Alain Finkielkraut1 :

(…) l’intégration est en panne. Aujourd’hui, effectivement, nous sommes en présence d’un autre peuple2 qui se constitue au sein de la nation française, qui fait régresser un certain nombre de valeurs démocratiques qui nous ont portés. (…) Cet antisémitisme violent, viscéral, que l’enquête Fondapol de Dominique Reynié a bien mis en évidence l’année dernière, on ne peut pas passer sous le silence. Or ça, ça c’est antinomique de la nation française ; il n’y aura pas d’intégration tant qu’on ne se sera pas débarrassé de cet antisémitisme atavique qui est tu comme un secret. Or… Attendez, je termine. Il se trouve qu’un sociologue algérien, Smain Laacher, d’un très grand courage vient de dire dans le film qui passera sur France 3 : « c’est une honte que de maintenir ce tabou, à savoir que dans les familles arabes, en France et tout le monde le sait mais personne ne veut le dire, l’antisémitisme, on le tète avec le lait de la mère ».

 

 

Cette affirmation haineuse a été immédiatement réfutée catégoriquement par Monsieur Laacher :

 

« Je n’ai jamais dit ni écrit nulle part ce genre d’ignominie . J’ai demandé un droit de réponse qui devrait être accordé. Comment peut-on croire une demie seconde que dans ces familles l’antisémitisme se transmettrait finalement par le sang. Mes travaux, mes positions et mes engagements publics s’inscrivent dans un effort sans relâche contre tout essentialisme, même involontaire. Je n’ai jamais supposé qu’un ordre biologique serait au principe d’une détestation confessionnelle, ethnique ou nationale. Cette citation purement fantasmatique doit être interprétée comme une tentative pour le moins naïve mais lâche de me rapatrier dans un « camp » contre l’autre (« qu’un sociologue algérien, Smaïn Laacher, d’un très grand courage… » ). Ce n’est pas l’idée que je me fais du débat public. Je me réserve la possibilité dans les jours qui viennent de m’expliquer plus longuement sur ce type de violence (plus que symbolique) et d’instrumentalisation. Et bien entendu la justice sera saisie très prochainement. Et le CSA a adressé le 21 décembre 2015 une mise en garde à France Culture en considérant que « certains propos tenus par M. Bensoussan étaient susceptibles d’encourager des comportements discriminatoires ».3

 

La présence de Monsieur Bensoussan en tant qu’intervenant au sein de l’ESPE de Paris à cette journée sur la laïcité auprès de jeunes étudiants est très inquiétante au regard de son passif. Et nous sommes surpris que le ministre de l’Education nationale, si prompt à réagir dans certaines situations, s’accommode de la présence d’un homme, qui ne cesse de nourrir la haine anti-arabe et islamophobe par ses déclarations, et sa prétendue « analyse sur la situation de certains établissements scolaires de la République » visant à dépeindre le danger que constituerait ce qu’il appelle cet autre peuple qui se constitue dans la nation française. Les discriminations sont déjà tellement prégnantes dans certains établissements scolaires publics que cette présence nous préoccupe au plus haut point.

La seconde conférence sera animée par Philippe Val, ancien directeur Charlie Hebdo, puis de France Inter, qui se pose comme un fervent défenseur de la liberté d’expression et de la laïcité. Sauf que nombreux sont ceux qui ont déclaré avoir été victimes de sa censure4. Quant à la laïcité, il la confond avec la guerre des religions, et la neutralisation de la religion, en particulier de l’islam et des musulmans, qui selon lui posent problème.

Pour rappel, la laïcité se définit comme la stricte séparation de l’Eglise et de l’Etat, issue de la loi du 9 décembre 1905, ainsi que de ses représentants. En ce sens, la laïcité assure la liberté de conscience (article 1 er de la loi), et garantit la liberté de culte (article 2). Ce principe ne vise pas à empêcher ou neutraliser la pratique d’une religion – comme le voudraient ardemment certains – mais bien à assurer aux fidèles de toutes tendances de pouvoir faire société et vivre et pratiquer leur culte librement et sereinement. Le débat républicain et laïc ne peut donc en aucun cas résulter en une neutralisation des convictions religieuses, et de ce fait, des individus qui les incarnent.

Philippe Val autant que Georges Bensoussan sont loin de partager cette définition républicaine, historique, et juridique. Il est donc particulièrement inquiétant de les laisser inoculer une laïcité empoisonnée, falsifiée, à de futurs enseignants.

Nous déplorons de surcroît l’absence de pluralité des intervenants, qui permet, en temps normal, d’assurer la tenue d’un débat contradictoire donc démocratique caractéristique du débat universitaire.

  1. ​Il​ ​a​ ​été​ ​relaxé​ ​en​ ​première​ ​instance,​ ​et​ ​le​ ​Procureur,​ ​ainsi​ ​que​ ​le​ ​CCIF,​ ​la​ ​LDH​ ​et​ ​le​ ​MRAP,​ ​ont​ ​fait​ ​appel​ ​de​ ​ce​ ​jugement.​ ​Affaire​ ​à​ ​suivre donc.
  2. Comprendre les Arabos-musulmans
  3. Article « La mise au point de Smaïn Laacher » par Smaïn Laacher sur le blog de Mediapart, 16.10.15.
  4. Article sur Stéphane Guillon et Didier Porte Article sur le procès en appel de Stéphane Guillon

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% commentaires (2)

Éventuellement, il faudra reconnaître que, par sa focalisation sur les religions, meme la conception de la laicité la plus libérale n’est pas conforme aux droits de l’homme et à la liberté de conscience. La neutralité de l’état envers les croyances est une bonne chose, mais il n’y a pas de raison pour qu’elle ne concerne que les religions.
Le gros problème en France est que la définition à géométrie variable de la laicité est utilisée par les intolérants pour justifier leur point de vue (et nombre d’interdictions).
Il faudrait se débarrasser du concept de laicité, ou le redéfinir comme un concept de neutralité de l’état plus général.

Tout à fait d’accord, le concept de laïcité est utilisé par les intolérants pour justifier leur point de vue. Ces intolérants pouvant être des athées extrémistes cherchant à éliminer toute forme d’expression religieuse de l’espace public, ou même des croyants extrémistes, ces derniers s’efforçant de flirter au plus près des limites permises par les textes pour au contraire affirmer leur identité religieuse sur le même espace . Cela me rappelle un jeu de gamins à l’école, chacun devant gagner du terrain en envoyant la balle le plus loin possible dans le camp de l’autre…

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