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Le problème de Valls

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Le feuilleton des déclarations de Manuel Valls à propos de l’islam et des musulmans serait tellement long qu’il faudrait lui consacrer un dossier entier, et s’amuser à analyser les contradictions flagrantes entre sa définition de la laïcité et la définition de ceux qui ont un minimum de regard sur l’histoire de ce concept, et qui l’ont donc simplement étudié : la laïcité est un espace qui garantit la liberté de conscience et de culte ; faut-il encore le rappeler ?

On pourrait être simplement amusé de ce « retour de Valls », qui, dans son pays natal (1), s’est amusé à identifier, en espagnol — par lapsus ou pas, peu importe au fond — le problème de la société française : « l’islam et les musulmans » (2). Cela fait des années que nous montrons — et certains sociologues l’ont fait du point de vue scientifique, parlant de la « construction du problème musulman » — qu’il y a en France une disjonction complète entre la réalité des Français de confession musulmane et le discours politico-médiatique à propos de l’islam et des musulmans.

Pointer du doigt cet écart flagrant, et montrer que le discours politique a un intérêt à stigmatiser les musulmans (dans un mouvement global qui se dirige vers les positions guerrières du Front National), est malheureusement toujours considéré comme une attitude victimaire, en particulier lorsque nous le faisons. Rappeler l’histoire et mettre en évidence la liberté de conscience et de culte est devenu de plus en plus inaudible de la part des partisans d’une laïcité offensive, discriminante et en complète contradiction avec les principes de la République. Combien de temps faudra-t-il encore débattre avec eux et soulever leurs incohérences ?

La laïcité est-elle elle-même, à l’intérieur du débat français, sujette à plusieurs « visions » : l’une qui projette le fantasme d’une société radicalement uniformisée, où le religieux est invisible et inaudible, et l’autre qui envisage la société comme un espace d’échange, de dialogue et de vivre-ensemble ? Dans ces cas, il faut toujours revenir à un débat apaisé, souvent porté par les personnes qui, loin d’un agenda politique ou idéologique, sont capables de prendre du recul et d’étudier les concepts. C’est le travail que nous faisons depuis 2003, depuis que nous avons compris qu’était en train de se construire un discours islamophobe dans l’espace médiatico-politique, dont Valls aujourd’hui ne fait que caricaturer les positions les plus ridicules.

On ne peut dès lors que se réjouir de la réaction de Jean-Louis Bianco, directeur de l’Observatoire de la Laïcité, lui-même contesté par les partisans d’un laïcisme excluant ; comme on a pu le voir dans un débat pourtant apaisé entre Marwan Muhammad et Natacha Polony (3) lorsqu’il répond à Valls :
Je crois que le principal problème de Manuel Valls, c’est Manuel Valls. La laïcité, ce n’est pas une religion. Ça n’a donc pas besoin de pape. Encore moins de pape auto-proclamé (4).

Rien à rajouter.

(1) Lors d’une conférence organisée par le journal espagnol El País, le mardi 21 novembre 2017.

(2) Voir à ce sujet l’ouvrage d’Abdelali Hajjat et de Marwan Mohammed, Islamophobie. Comment les élites françaises fabriquent le « problème musulman ».

(3) Sur France Inter, le 15 octobre 2017.

(4) Lors d’un entretien accordé à Europe 1, le 22 novembre 2017.

% commentaires (3)

El Blanco perd complètement ces pédales!

Avez vous compris ce que Bianco dit, ou parlez vous de Valls? Bianco dit que la laicité est un concept qui défend la liberté de conscience et les liberté individuelles: elle fait partie des droits de l’homme. Valls veut, au contraire l’utiliser pour limiter les libertés.

Monsieur Valls prétend lutter contre l’extrémisme et l’islam politique mais sa conscience ne le trouble pas lorsqu’il soutient ouvertement l’extrême droite israélienne en posant fièrement auprès de ses plus ardents représentants.

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