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La lente dérive droitière de la LICRA

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C’est une institution au parcours historiquement honorable dont on assiste à la lente et dangereuse évolution : en moins d’une génération, la LICRA est passée de la lutte contre le racisme à celle pour une idéologie validant l’exclusion de millions de nos concitoyens, légitimant les discours racistes qu’elle est censée combattre.

Nous observons cette descente aux enfers identitaires avec tristesse et inquiétude, à mesure que la LICRA poursuit sa mue et se déconnecte de plus en plus du réel pour devenir un appareil au service de l’entre-soi idéologique et social, tout en étant totalement absente des luttes contemporaines pour les droits humains et contre toutes les formes de racisme.

Sur fonds publics, l’association aura cumulé durant les dernières années les campagnes à contre-sens , les prises de positions outrancières, les membres aux positions diamétralement opposées à son mandat pour finalement, dans une déplorable culmination, se retrouver à hurler avec l’extrême droite pour faire interdire un colloque universitaire et associatif sur l’islamophobie.

Mais qu’a-t-il bien pu se passer pour qu’une association de lutte contre le racisme devienne l’un des principaux instruments de sa normalisation?

Comment expliquer le silence assourdissant de la LICRA sur toutes les dérives liberticides de l’état d’urgence, quand une vaste coalition issue de la société civile a sans relâche rappelé les dangers d’une politique sécuritaire mal ciblée, qui marginalise et contribue à stigmatiser des milliers de familles innocentes?

Comment justifier l’absence de la LICRA sur le terrain des discriminations et violences qui visent chaque année des dizaines de milliers de personnes contrôlées au faciès ou exclues pour leur appartenance ethno-culturelle et/ou religieuse, mises au ban de la société parce qu’Arabes, Noires, Roms, musulmanes et/ou issues des quartiers populaires ?

Où était la LICRA lorsque des femmes étaient chassées des plages par la police pour le simple port d’une tenue de bain? Où était-elle lorsque des militants portaient aide et assistance à des migrants et des réfugiés, criminalisés pour délit d’humanité? Où était-elle lorsque d’ignobles violences policières ont été commises sans que des sanctions soient prises, tandis que les familles et leurs soutiens désespéraient de faire entendre une seule voix: celle de la justice?

En vérité, l’absence de la LICRA de tous ces combats ne déçoit plus personne. Tout simplement parce que l’action de la LICRA ne touche plus personne.

S’il s’agissait du simple déclin d’une structure gavée de fonds publics, sitôt gaspillés dans des évènements d’apparat et se complaisant dans l’entre soi d’élites désuètes, cela serait presque inoffensif et nous laisserait indifférents; Ils sont suffisamment nombreux, dans le cynique paysage médiatique et politique de notre pays, à trahir l’esprit et la lettre du mandat qui leur est confié, pour que ce type de renoncement n’étonne plus grand monde.

Mais la LICRA va plus loin. Elle entame désormais un virage militant CONTRE celles et ceux qui sont les premiers concernés par le racisme et CONTRE les organisations comme la nôtre, qui font au bout du compte ce qu’elle ne veut ni ne peut plus faire:

Accompagner les victimes de racisme, sans porter sur elles un jugement idéologique, sans conditionner notre aide à un alignement de leurs opinions aux nôtres, sans chercher à ménager les opinions d’élites devenues incapables de se décentrer pour entrevoir la dure réalité que vivent des millions d’entre nous, sans chercher à faire passer pour de l’universalisme la volonté d’imposer verticalement aux autres une et une seule voie d’émancipation.

Face à cette inaction qui aurait appelé, sinon à l’humilité, du moins à un minimum de dignité, la LICRA a décidé de s’attaquer sans relâche au CCIF plutôt qu’aux formes de racisme contemporaines et à ceux qui les banalisent, dont elle fait désormais ses amis. Des prises de position de ses dirigeants à la volonté de mettre sous pression tous ceux qui ne partageraient pas ses vues, cette obsession semble occuper l’essentiel des ressources de la LICRA.

Que la LICRA déplore le succès et la légitimité de terrain du CCIF peut s’expliquer et donc, comme dirait un philosophe contemporain, s’excuser. Mais cela porte préjudice à toutes les luttes contre le racisme, plutôt que de favoriser un respect mutuel et une convergence face au fléau de l’intolérance et du rejet, qui devrait tous nous rassembler. Malheureusement, la LICRA a choisi un autre chemin.

Nous atteignons aujourd’hui un sommet: dans le même mois, la LICRA aura fait pression pour interdire un colloque sur l’islamophobie à l’université Lyon 2, tout en organisant au Havre une conférence à la thématique surréaliste: « Quand la religion infiltre la société » où il s’agira de voir comment des groupes religieux (spoiler: il ne s’agit pas de moines tibétains) cherchent à imposer leurs vues partout où cela est possible en France.

Non, vous ne rêvez pas. Il ne s’agit pas d’un colloque du bloc identitaire mais bien d’une conférence organisée par l’une des principales organisations bénéficiaires de fonds publics, censés être alloués à la lutte contre le racisme.

On pourra être légitimement choqués de voir apparaître, parmi les intervenants, Céline Pina (qui comparait le foulard des femmes musulmanes à un « brassard nazi » et a été exclue du Parti Socialiste et d’En Marche pour ses positions) ou Amine el Khatmi (président du Printemps Républicain, organisme accueillant des colloques où il est question « d’islamisation de la France), qui n’ont eu de cesse de désigner pour cible les musulman-e-s, particulièrement les femmes portant un foulard.

Mais que l’on se rassure, ces prises de positions à la marge seront compensées, dans ce riche programme, par un « karaoké antiraciste ». Ouf, la République est sauve.

Ce qui est moins amusant, c’est de constater que malgré ces dérives, les pouvoirs publics continuent de cautionner de tels événements et d’y apporter leur contribution, politique et financière, confortant la LICRA dans sa longue évolution sans jamais l’amener à se remettre en question.

Et pourtant, il est plus que temps. Si la LICRA a encore quelques amis, ils feraient bien de la réveiller.

% commentaires (1)

L’intitulé de la LICRA (Ligue Internationale contre le racisme et l’Antisémitisme) est déjà à la base dévoyé dans la mesure ou cet organisme communautariste fait le distinguo entre un Racisme ordinaire et un racisme extraordinaire qui concernerait une communauté à part.Le pseudo combat contre le racisme ordinaire n’est que le faux nez d’une entreprise sioniste qui n’a rien à envier idéologiquement aux groupuscules nationalistes,qu’on se le dise !!!

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