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Comment le Figaro s’est mis à faire une liste

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On n’a plus vraiment envie de rire. Le dernier numéro du Figaro Magazine aurait pu être hilarant s’il ne révélait, de la manière la plus concrète qui soit, l’installation décomplexée d’une pensée médiatique et politique qui fait de l’islam et des musulmans un « problème à régler ».

Une image vaut mille mots, tout comme l’illustration antisémite sur « le péril juif » : elle est la plus grande révélatrice d’un inconscient tellement enfoui que ses auteurs n’arrivent même plus à se rendre compte de son ignominie. Cette image d’un globe (une « sphère » l’ont-ils appelée sournoisement) littéralement encerclé par des personnalités, traversé en long et en large par un réseau de connexions, une araignée numérique, et marqué du « symbole islamique » (le croissant et l’étoile) constitue l’apothéose de l’abjection à laquelle le Figaro a préparé ses lecteurs depuis plusieurs années, avec une nette accélération ces derniers mois.

Aujourd’hui, le Figaro franchit un pas, en faisant une liste. Bien entendu, ils ne peuvent pas parler de « péril musulman » : la correspondance serait trop flagrante. Du coup ils installent un mot — islamosphère — qu’on ne trouvait jusqu’à lors que dans la fachosphère, précisément : Résistance Républicaine, Français de Souche, et autres médias et blogs qui ne cachent plus leur haine des musulmans. À nouveau, bien entendu, ils ne peuvent pas dessiner un musulman qui manipule le monde : ils parleront donc d’« agents » — terminologie guerrière qui fait référence à une force invisible et secrète — en prenant le soin de mettre de tout (d’Edgar Morin à Rokhaya Diallo), pour donner un semblant de sérieux à leur « enquête » et se dédouaner de toute accusation de stigmatisation envers les musulmans.

Ensuite, comme ils ne peuvent pas non plus appeler leur numéro : « liste des musulmans les plus influents », ils prétendent faire une enquête, puis, le fait accompli, dressent la liste à l’intérieur de leur numéro, en élargissant le spectre à des politiques et intellectuels qui ne sont pas de confession musulmane (pire : ils sont tombés, comprend-on, dans le piège tendu par le péril musulman, comme quoi ça peut toucher les esprits les plus humanistes), avec photos et citations à l’appui.

Qu’est-ce qui caractérise ces personnalités ? Simplement une chose, annoncée en légende de l’image : le fait de considérer que « le musulman incarne la nouvelle figure de l’opprimé ». Or on sait à quel point le Figaro, par l’intermédiaire de ses tribunes, est agacé des comparaisons que font ces intellectuels avec la situation des juifs au siècle dernier. Le tour de force cependant du Figaro a été de produire un lapsus révélateur : merci à Judith Waintraub d’employer très exactement la même rhétorique et les mêmes mécanismes (certes actualisés à l’ère du numérique) que le discours antisémite (et islamophobe ; puisqu’ils ont été contemporains l’un de l’autre) qui a régné, sans aucun complexe, au début du 20ème siècle.

% commentaires (1)

Le Figaro nous avait déjà fait le coup en 1985, de titres racoleurs tels que « seront nous encore français dans 30 ans » ?
L’obsession de ce « torchon » lui permet de maintenir par la phobie, un état d’esprit qui sied si bien aux pauvres « petits blancs » victimes des méchants allogènes…

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