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Quand l’AFP parle de laïcité, il y a « islam » qui va avec

Un article de l’AFP fait témoigner un étudiant suivant le cursus « Religions, Droit et Vie sociale ». Une formation qui dispense des cours tels que « l’individu et la liberté de religion, le Droit des organisations religieuses ». Les intitulés desdites matières laisseraient penser qu’on va parler, dans cet article, de « libertés » et de « droits » permettant de vivre ensemble. Or, on ne retrouve à la lecture de l’article que… des interdits.

Cette succession d’interdits renforce l’idée que la laïcité est un principe purement restrictif, voire répressif. La notion de liberté n’est évoquée que dans une phrase : « Beaucoup de gens pensent que la laïcité c’est interdire. La laïcité c’est la liberté de chacun d’exercer les religions ou non ».

Mais si beaucoup de gens pensent cela, c’est peut-être aussi parce que, comme dans cet article, on ne leur parle que des interdits, des oppositions et non pas des droits et libertés que la laïcité permet :

Passons d’abord sur la mise en contradiction, entre une cérémonie de mariage religieux et le mariage civil, alors que les deux sont parfaitement compatibles.

Passons ensuite sur l’interdiction de porter le foulard en tant qu’enseignante à l’université, sans mentionner dans le même temps que les doctorantes et étudiantes peuvent le porter, si elles le souhaitent.

Arrêtons-nous sur un dernier exemple évoqué dans l’article : « « si des détenus me demandent s’ils peuvent revêtir le kamis (habit traditionnel) en prison », M. Ben Taled pourra répondre que non, puisqu’il s’agit d’un établissement public. »

Sauf que c’est faux. Un détenu peut porter librement un qamis (tenue longue), y compris dans un établissement public dont il n’est pas agent. De fait, il n’est pas assujetti au devoir de neutralité religieuse, comme l’est le personnel pénitentiaire.

Laïcité réservée aux musulmans

Par ailleurs, l’AFP réussit l’exploit de produire un article consacré à l’enseignement de la laïcité, et ne parle que … de la religion musulmane, élégamment illustré par une photo d’un musulman priant dans sa cellule. Dès le titre, « Burkini, voile : la laïcité s’apprend aussi sur les bancs de l’université », on comprend que cela ne va tourner qu’autour de la question de l’Islam, tandis que toutes les religions sont concernées par le principe de laïcité.

Un choix d’autant plus volontaire, puisque nous avons remarqué que le titre ainsi que la photo illustrant l’article ont changé. Le 8 juillet l’AFP titrait « Burkini, voile, kippa, croix chrétiennes: la laïcité s’apprend aussi sur les bancs de l’université ». La photo, à ce moment, représentait une femme de dos dans les couloirs d’une université, avant de devenir le 10 juillet la photo d’un homme priant en prison. Ainsi lorsque l’on parle de plusieurs religions, la photo se trouve dans une université et dès lors qu’on restreint la laïcité à la religion musulmane on l’illustre … en prison.

À la fin de la lecture de cet article, on serait donc tentés de conclure, à tort, que :

  • la laïcité ne représente que des interdits
  • Elle ne s’adresse qu’aux musulmans.

C’est pourquoi nous rappelons que la loi 1905 prévoit la mise en place d’aumôneries dans les hôpitaux, les prisons et les lycées, c’est-à-dire dans des lieux qui possèdent un internat qu’on ne peut pas quitter. De fait, si un croyant est retenu dans un établissement géré par l’Etat, il doit pouvoir pratiquer dignement son culte au sein de cet établissement.

Et de la même façon, il est important, lorsqu’on traite des questions de laïcité, de rendre aussi la dimension positive de ce principe de droit, qui concerne toutes les religions et tous les citoyens.

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