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Les candidat-e-s à l’élection présidentielle répondent au CCIF

Dans le cadre de cette campagne présidentielle, le CCIF a décidé de solliciter tou-te-s les candidat-e-s pour connaître leur programme et leurs positions sur l’islamophobie, la laicité et les discriminations structurelles. Nous leur avons soumis trois questions sur ces différents sujets. Nous publierons ici leurs réponses au fur et à mesure qu’elles nous seront envoyées.

  • Philippe Poutou (réponse reçue le jeudi 13 avril 2017)

1) Quelle est votre position sur la lutte contre l’islamophobie ? Si vous devenez le prochain président, travaillerez-vous avec les universitaires et les acteurs de la société civile qui portent cette question, en rompant avec le déni de réalité qui a prévalu jusqu’à présent au sein de l’antiracisme d’Etat. Aurez-vous la volonté politique de mettre en place les recommandations formulées par le Défenseur des Droits et la CNCDH sur ces questions ?

Opposés à toute forme de discriminations, nous sommes résolument engagés contre celles qui visent spécifiquement les Musulman-e-s. L’islamophobie est un racisme qui se veut « respectable » car fondé sur un pseudo-discours culturel et non génétique, il s’agit bel et bien d’un racisme qui doit être implacablement combattu. C’est pourquoi nous sommes évidemment prêts à travailler avec les différents acteurs de cette lutte, ce que nous faisons déjà sur le terrain, dans le respect de nos différences, voire de nos divergences politiques sur d’autres questions. Nous sommes favorables à la mise  de place de toute recommandation allant dans le sens d’un recul des discriminations, et demandons l’abrogation de la loi de 2004 sur les signes religieux.

2) Quelle est votre position sur la laïcité ? Serez-vous sur la ligne de la loi de 1905, garantissantà chacun-e la libre pratique et la libre expression de sa foi, selon les recommandations répétées de l’observatoire de la laïcité, dont vous assurerez la continuité, ou bien tolérerez-vous les tenants d’une laïcité identitaire, clivante et exclusive incarnée par les hérauts de « l’insécurité culturelle » et de « l’islamisation » du territoire ?  

 Pour nous la laïcité ne doit pas servir de prétexte à stigmatiser et discriminer les Musulmans. Nous sommes pour la liberté de culte, la liberté de croyance, la liberté d’expression et l’égalité de traitement entre tous les individus, qu’ils soient croyants ou non, et quelle que soit leur religion. Nous restons dans le même temps fidèle au principe selon lequel les religions ne doivent pas empiéter sur les libertés individuelles et collectives, tout en refusant que la légitime lutte contre les intégrismes religieux serve à stigmatiser et discriminer.

3) S’agissant des discriminations structurelles, notamment celles constatées au sein des services publics (refus d’accès, inégalités de prestations, contrôle au faciès, refus de plainte), êtes-vous favorable à un audit indépendant sous la tutelle du Défenseur des Droits et de la CNCDH pour fournir un diagnostic et des recommandations, qui donneront lieu à la mise en œuvre d’une vaste politique publique pour l’égalité réelle ? 

Opposés à toute forme de discrimination, y compris et notamment institutionnelle, nous sommes favorables à la rédaction de tous les travaux et rapports qui permettent de mesurer qualitativement et quantitativement les discriminations. Mais nous pensons toutefois que la lutte contre ces discriminations ne peut se contenter d’audits et de rapports, aussi utiles soient-ils, et que seules des mobilisations collectives associant les premiers concernés et tous ceux qui s’opposent aux discriminations permettront d’obtenir de réelles victoires.

  • Nathalie Arthaud (réponse reçue le mardi 18 avril)

Le Front national de Marine Le Pen base son axe électoral sur le rejet de l’étranger, quelle que soit sa religion, sur la xénophobie anti-immigré, anti-migrants, anti-musulmans. Lorsque le Front National se pare de la « laïcité » c’est pour mieux  faire diversion, pour tenter de faire l’amalgame entre les organisations terroristes et la population musulmane.

C’est ce que je dénonce régulièrement. Je suis intervenue fermement à ce propos pour dénoncer ce poison que distille Marine Le Pen : lors du débat des « Onze candidats » et à chaque fois que des questions de journalistes pouvaient de fait stigmatiser la communauté musulmane.

Je suis opposée à toute discrimination sociale fondement de notre société basée sur l’exploitation capitaliste. Cela constitue l’axe de ma campagne électorale.

Dans cette société inégalitaire je suis opposée à toute discrimination, qu’elle touche les femmes, la couleur de la peau, la religion, les migrants, l’origine, l’orientation sexuelle.

Je dénonce cette société ou d’un côté c’est le viol, les matraques policières contre le jeune Théo, le racisme, la marginalisation, l’humiliation et la répression pour toute une fraction de la jeunesse populaire ; de l’autre côté des passe-droits et des situations en or quand on est fils de politicien ou de bourgeois.

La laïcité pour moi c’est le rejet total de la religion dans la sphère privée et la mise en place d’un véritable principe d’égalité de traitement (de non traitement devrait-on dire) de toutes les religions, ce qui permettrait enfin de pouvoir dire qu’on vit dans une société qui ne privilégie pas une religion face aux autres. Une véritable laïcité imposerait d’arrêter toute forme de subvention à l’enseignement religieux. Or, tous les gouvernements de droite comme de gauche ont plié devant l’enseignement religieux catholique.

Cela reviendrait à débarrasser aussi les débats scientifiques du poids du lobby catholique, alors que les incroyants ne sont ni représentés, ni consultés dans les débats de société ou d’éthique. En revanche, la loi permet encore à des médecins d’évoquer la fameuse clause de conscience pour refuser de pratiquer des IVG, c’est-à-dire de se placer au-dessus des lois et refuser leur liberté aux femmes.

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