Affaire Saou : « En Marche » communique mais ne dit rien

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Suite à notre demande de clarification hier matin, le mouvement En Marche a publié un communiqué hier soir, qui ne répond à rien et qui aggrave tout. Décryptage.

Après avoir été mis sous pression raciste par des groupes d’extrême droite et par Céline Pina, le mouvement En Marche a évincé Mohamed Saou, le référent du parti dans le Val d’Oise, sans la moindre procédure transparente. « Il s’est mis en retrait », dira-t-on poliment. Depuis, le parti est dans un rétropédalage permanent, tentant de déployer une communication de crise qui ne fait qu’empirer la situation, sans rien régler au fond du problème :

Mohamed Saou a été la cible d’une chasse islamophobe et En Marche… a marché.

Cela n’a rien à voir avec lui en particulier, puisqu’à ce jour il ne s’est rendu coupable d’aucune faute, mais cela a tout à voir avec les pratiques politiques et les lignes idéologiques qui trouvent écho au plus haut niveau de cette formation, se revendiquant d’une laïcité d’exclusion sur le mode du Printemps Républicain, qui a fait du sujet musulman un problème central qu’il faudrait « régler ».

La stratégie de crise d’En Marche s’enclenche alors en deux volets :

  • 1)    Faire pression sur Mohamed Saou pour qu’il se retire « de lui-même » et adoube le parti, pour ne pas « faire perdre le candidat » après tant d’efforts. On valorisera alors le référent désormais démis, tout en cherchant à le garder dans le giron du parti, en militant lambda, mais « t’inquiète pas Mohamed, tu reviendras après le deuxième tour ». On comprendra que celui-ci, forcément atteint par ce qui s’est déroulé durant les derniers jours, souhaite juste tourner la page et passer à autre chose. 
  • 2)    Communiquer de manière minimale tout en cherchant d’une part à ménager les gens qui se reconnaissent en Mohamed Saou (en lui apportant – finalement - une marque de soutien), d’autre part à ménager ceux qui l’ont attaqué et calomnié, en expliquant que leurs inquiétudes et interrogations sont légitimes.

Sauf que ménager la chèvre islamophobe et le chou musulman a ses limites. Démonstration point par point avec le communiqué de Richard Ferrand, secrétaire général d’En Marche :

La polémique est un peu plus que « naissante » et ne fait pas suite aux publications de M. Saou, mais à son éviction éclair, suite à des pressions inacceptables, qui ont révélé le niveau d’influences qu’ont des groupes idéologiques au sein du parti, réceptifs au type de calomnies islamophobes qui ont visé M. Saou.

On notera au passage que si le militant a « donné toute satisfaction », c’est d’abord pour sa performance numérique, en « multipliant par dix le nombre d’adhérents ». Nous reviendrons plus loin sur cette vision totalement utilitaire de l’engagement politique. 

Ce paragraphe résume à lui seul toute la précarité d’une proposition politique. La première ligne esquisse, enfin, après des jours de calomnie, une marque de soutien… pour la contredire deux lignes plus loin : « nous n’entendons pas non plus rester sourds aux interrogations légitimes » qui visent Mohamed Saou.

Or tout le problème est là : Est-il « légitime » d’exiger l’exclusion d’un homme parce qu’il est un peu trop musulman au goût de certains ? Est-il « légitime » de lui demander de se mettre en retrait, parce qu’il existe un segment, parmi les électeurs, très réceptif aux polémiques islamophobes de ce type ? Est-il « légitime » de balayer d’un revers de la main la dignité de celles et ceux qui ressemblent un peu à Mohamed Saou, pour satisfaire une mouvance politique qui, de Manuel Valls à Marine le Pen, a rendu toxique le débat politique dans notre pays ?

On voit là toutes les limites d’une approche utilitaire, voire cynique, de la politique, qui consiste à traiter les électeurs comme des parts de marché. Faire campagne se résume alors à une question de marketing : comment se signaler auprès du plus grand nombre d’électeurs, tout en « clivant » le moins possible, quitte à considérer que la défense d’une idée (l’intégrité et la dignité des militants qui soutiennent le mouvement) est à mettre sur le même plan que les calomnies, que la direction d’En Marche considère être des « interrogations légitimes ». Chacun son éthique, après tout… 

On apprend ici que, même s’il est « hors de question de laisser M. Saou être cloué au pilori », il doit tout de même être soumis « à la commission d’éthique », à laquelle on aurait poliment suggéré de s’intéresser aux mécanismes d’exclusion d’un militant sur la base de ses opinions personnelles et de sa religion, plutôt qu’à sa mise en accusation.

Renseignements pris auprès de plusieurs cadres d’En Marche, l’existence de cette commission est presque chimérique. Mais allons au bout du raisonnement : 

Qui compose cette commission, comment fonctionne-t-elle et à quelle occasion a-t-elle déjà été saisie ? 

S’il suffit d’une critique extérieure pour qu’un membre d’En Marche soit mis en retrait de ses fonctions et soumis à la commission éthique, on devrait avoir une longue liste de référents et de cadres du parti faisant également l’objet d’une telle procédure. Cela devrait par exemple être le cas d’Aurore Bergé, sur qui pèsent également des « interrogations légitimes » ou de qui que ce soit d’autre, au sein du parti, ayant fait l’objet d’une mise en cause sur les réseaux sociaux ou dans les médias.

Et si ce n’est pas le cas, pourquoi Mohamed Saou serait-il le seul à faire l’objet de ce traitement spécifique ? Qu’est-ce qui pourrait justifier un tel deux poids deux mesures ? 

On crée ainsi un nouveau statut pour ménager les apparences : M. Saou « reste référent » mais « en retrait ». Tel le chat de Shrödinger, il est là mais il n’y est plus. Il faut l’invisibiliser tout en se prévalant de sa présence, ne pas acter son exclusion parce qu’on ne veut pas exclure son vote. Comme s’il fallait rajouter l’humiliation à l’injustice du traitement qui lui a été fait. 

Mais plus que Mohamed Saou, c’est la question du rapport d’En Marche aux quartiers populaires et aux musulmans qui est posée. Trop de fois, en politique, des personnes ont été « mises en retrait » pour ce qu’elles sont, pour d’où elles viennent, pour ce en quoi elles croient.

C’est précisément pour cette raison que nous avons demandé à Emmanuel Macron une clarification officielle sur les trois questions suivantes, restées aujourd’hui encore sans réponse :

  • 1) Quelle est votre position sur la lutte contre l’islamophobie ? Si vous devenez le prochain président, travaillerez-vous avec les universitaires et les acteurs de la société civile qui portent cette question, en rompant avec le déni de réalité qui a prévalu jusqu’à présent au sein de l’antiracisme d’Etat. Aurez-vous la volonté politique de mettre en place les recommandations formulées par le Défenseur des Droits et la CNCDH sur ces questions.
  • 2) Quelle est votre position sur la laïcité ? Serez-vous sur la ligne de la loi de 1905, garantissant à chacun-e la libre pratique et la libre expression de sa foi, selon les recommandations répétées de l’observatoire de la laïcité, dont vous assurerez la continuité, ou bien tolérerez-vous, y compris dans vos rangs, les tenants d’une laïcité identitaire, clivante et exclusive, incarnée par le Printemps Républicain, hérauts de « l’insécurité culturelle » et de « l’islamisation » du territoire 
  • 3) S’agissant des discriminations structurelles, notamment celles constatées au sein des services publics (refus d’accès, inégalités de prestations, contrôle au faciès, refus de plainte), êtes-vous favorable à un audit indépendant sous la tutelle du Défenseur des Droits et de la CNCDH pour fournir un diagnostic et des recommandations, qui donneront lieu à la mise en œuvre d’une vaste politique publique pour l’égalité réelle ?

Sans réponse à ces questions pourtant simples sur le programme et le positionnement du candidat Emmanuel Macron, nous continuerons à interpeller En Marche par tous les moyens à notre disposition. 

Commentaires

Monsieur Macron veut L'argent du beurre sans le "beur" Donne-moi ta voix et tire-toi Je déteste le mot "beur" et je ne l'utilise qu'exceptionnellement. Le problème n'est pas le fachosphère qui ne vote pas Macron et se dresse même contre lui, mais le fachosioniste ceux là même qui parlent de faschisme vert, autrement dit islamique et ce depuis que cette expression fut lancée par quelques intellectuels communautaristes bien connus. Macron est entouré de militants sionistes ( rapportez-vous à Panamza le spécialiste de la question qui dit tout) trois femmes autour de lui, conseillères politique, diplomatiqe et de communications sont féministes agguéries anti-musulmans, voire islamophobes déclarées qu'elles soient juives ou chrétiennes. le problème est le suivant: les candidats veulent l'argent du "beur" sans le "beur". Autrement dit les voix des musulmans sans les musulmans. Ils savent que les musulmans sont entre 1,5 et 2 milions de votants et qu'aucun candidat ne passera si les musulmans le boycottent en votant contre lui. En 2012 ils avaient voté à 80% pour Hollande, c'est à dire à 80% contre Sarkozy, qui a perdu et qui s'en souvient toujours. Le thé à la menthe pris à la mosquée de Paris, le couscous mangé avec des doigts chez une famille arabe laïque et la photo avec un guignol arabe vendu ne servent à rien. Tout ça n'a rien à avoir avec les musulmans. Qu'on se le dise Autres problèmes, les juifs qui font croire depuis 1974 que leur vote est déterminant dans les élections présidentielles avec leurs 400 à 500.000 voix, sont inquiets du potentiel électoral musulman. Comme ils sont aujourd'hui dépassés ils tentent de manoeuvrer de deux façons: l'une consite à séduire les musulmans en leurs faisant croire que juifs et musulmans sont aussi cousins politiques, qui sont dans le même camp ayant les mêmes intérêts à défendre qui se résument en réalité et plutôt aux intérêts culinaires et à quelques folklores( couscous garbit, halal, cacher, musiques arabo andalouse, cousins fils d'Abraham et blablabla). cette chanson là n'est pas passée car les musulmans savent parfaitement où sont leurs intérêts et qui sont leurs vrais amis. Cette blablabla cascher a séduit quelques idiots "musulmans"qui se sont jetés les yeux fermés dans les bras d'organisations sionistes qui leurs ont ouvert les portes des médias, des salons littéraires, du parlement, des voyages en Palestine tous frais payés, la fausse notoriété quoi. Ils espèrent fédérer- par ses actions de séduction mal placée- espèrent fédérer les deux électorats juifs et musulmans par l'addition de leurs voix: les premiers maitres penseurs ,décideurs et donneurs d'ordres et de leçons, les seconds des troupeaux dociles et obéissants à mener aux urnes. Comme cela s'était passé au début de SOS Racisme : les leaders juifs sur les plateaux de télévisions, dans les salons dorés de la République et la troupe "beur" à l'abattage macadam sur les places de Paris: Concorde, Nation, République). Heureusement ça n'a pas marché. Que faire donc à l'approche des élections: Entourer les candidats jusqu'à l'étouffement ou presque ( un Guedj chez Hamon, une Guedj chez Marcon, l'ilotage intelligent quoi) aucun arabe ne s'y approche ou ne s'y affiche avec le candidat ( voyage de Macron en Algérie entouré de Nicole Guedj et Laurence Haim, imaginez Macron en Israël entouré de deux conseillers arabes). Mais il faut tout de même séduire cet électorat musulman. Que leur dire ? Que leur faire croire? De vagues promesses pour les jeunes de quartiers, c'est très à la mode, un voyage publicitaire dans un pays arabe , une déclaration anodine ( devenant néfaste) sur la colonisation. Bref des banalités pour ceux que l'on considèrent comme citoyens du second collège ( comme les algériens sous l'occupation française) Bref le message que les candidats dont Macron adressent aux musulmans se résume à peu près à ceci: donne-moi ta voix et tire- toi, j'ai mieux autour de moi. Non monsieur Macron ça ne se passe pas comme ça, l'affront fait à Mohamed Saou a un prix à payer : le détournement des électeurs musulmans de vous et de vos conseillers de malheur qui se réjouissent de l'éviction de M. Saou un homme honnête qui a exprimé ses opinions sur divers sujets et que vous avez discrédité, humilié pour plaire à votre entourage islamophobe. Souvenez-vous M. Macron, en moins d'un an de travail dur et acharné, Mohamed Saou a fait passer le nombre de vos partisans dans le Val d'Oise de 400 à 4000 qui sont venus grossir les rangs de votre mouvement En marche ( Ah le beurre servi dans l'assiette). Et aujourd'hui vous le faites sortir par la fenêtre après l'avoir accueilli par la grande porte. Cela s'appelle malhonnêteté et trahison de la parole donnée. Etes vous candidat pour être président de tous les français ou de certains français seulement? J'espère que les réseaux sociaux vont s'enflammer pour dénoncer cet affront fait aux musulmans en punissant- sur ordre de votre entourage- le seul militant politique musulman admis dans votre réseau.... Que les réseaux sociaux s'enflamment. Prêts? Départ
Voila quelqu'un qui en lieu et place de se voir félicité et promu pour ses bons et loyaux services, se voit reprocher son arabité trop purulente, qu'il n'aurait pas su suffisamment maquiller, ou une présence pas suffisamment absente, une parole pas assez silencieuse et conséquemment se retrouve à la place dégradé en place publique "à sa demande" (à l'insu de son plein gré) par les caciques racistes du mouvement d'Emmanuel Macron, sur une dénonciation fallacieuse d'une ancienne élue du Parti Socialiste, dont l'acharnement anti-arabe laisse peu de doute quant au caractère finalement islamophobe de sa lettre de cachet. Le fait que cette femme qui déverse à longueur de journée sa haine du Français Arabo-musulman soit raciste ne signifie pas pour autant que tous ses arguments soient à rejeter. Il était donc normal que le mouvement en marche ait eu à délibérer sur un signalement rendue par cette personnalité publique, aussi conditionnée soit-elle par la haine anti-arabe. Or rien dans ce qui se rapporte aux faits reprochés à ce zélé supporter macronien n'est en réalité de nature à contrevenir ni à la loi ni à la bienséance sociale. Ses prises de positions sont rationnelles et expriment une sensibilité peut être musulmane mais somme toute humaine. On lui fait le procès d'avoir dit non à Charlie rétrospectivement suite aux caricatures sur les victimes italiennes d'un tremblement de terre, d'avoir soutenu Erdogan dans un contexte de coup d'Etat militaire et de partager des combats avec le CCIF qui lutte contre l'islamophobie. De quel crime de lèse-république s'est-il donc rendu coupable pour que les caciques d'En Marche! par le truchement d'un racisme réactivé lui renvoie violemment en pleine face son arabité et son islamité et lui signifie de ce fait qu'il n'est pas un français comme les autres ? de partager une vision du monde qui n'est pas raccord avec l'attelage des sionistes anti-palestiniens et des racistes français, mielleux de gauche comme ceux patentés de droite. L'occasion était trop belle, le coup à jouer trop tentant, il fallait œuvre de salubrité républicaine : sacrifier un arabe sur l'autel de ce nouveau racisme pour soulager sa conscience de ce refoulé colonial devenu trop difficile à porter, caresser les haines anti-arabes des uns et des autres et engendrer automatiquement un gain électoral certain, montrer ainsi que l'Islam est incompatible avec la Ve République mais avant tout que l'Arabe le reste tout autant. Le message subtil lancé est: nous sommes aussi subrepticement racistes que vous, ne vous inquiétez pas, rejoignez-nous, vous pourrez continuer à discriminer ces arabes comme bon vous semble, la preuve en est que notre programme bien proposant de lutter contre les discriminations, ne nous empêche pas de virer un arabe qu'on ne peut plus sentir, car comme Camus, nous préféreront les nôtres à la Justice. Le caractère racial ou racité apparaît ainsi -de moins en moins subliminalement - contenue de fait dans les valeurs de la Ve République. Ce racisme anti-Arabe qui peut parfois prendre la forme moins brutale d'un paternalisme civilisateur typique de la Ve République, est son axiome aporétique rendant la théorie républicaine telle qu'elle existe éminemment contradictoire. Une Assemblée Constituante pour une VIe République non raciste et inclusive s'impose.D'ici là il suffit en tant qu'arabe ou musulman de pas se sentir français pour ne pas se laisser prendre dans les sables mouvants du paradoxe français.
Je ne sais pas ce qu'a dit Mohamed Saou dans le cadre de ses fonctions mais pour juger ce qui est acceptable, il me semble que le cas des athées serait utile: un athée peut dire qu'il est athée; mais jusque où peut il justifier son choix sans que cela devienne du prosélytisme? Il est temps que la France arrête de focaliser ses interdictions sur les religions, et en particulier l'Islam.
écoute tu à voulu jouer les rabatteurs hé bien démerde toi !
2 mots me viennent à l’esprit : « quelle naïveté !» Comment croire un seul instant qu’E. Macron, héritier de F. Hollande, se portera en défenseur de l’égalité des droits entre les français ? Comment espérer que ce responsable des lois « Macron et El Khomri » se préoccupera du peuple en général et des musulmans en particulier ? Faut-il souligner que cet ultra libéraliste « roule » pour les banques et les intérêts financiers ? Est-il besoin de rappeler qu’il est soutenu par la famille Rothschild, Goldman Sachs… Attali… ? Si Mohamed Saou « parle histoire et géopolitique » comme il le signale dans son profil, alors il n’est pas sans ignorer la cause principale des conflits africains et ceux du moyen orient ! N’y a-t-il pas un autre candidat qui mérite l’adhésion des musulmans ? Bien sûr que si ! C’est celui qui appelle à la solidarité entre les français, au respect de la nature, à la paix entre les peuples et propose des solutions de relance économique ! Jean Luc MELENCHON
Et M.Saou ? Qu'en pense-t-il de tout cela ? Il a été atteint dans sa dignité en étant mis à l'écart de cette manière. J'aimerais bien connaître sa position. J'espère qu'il ne poursuivra pas son engagement avec Macron après cet épisode.

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