Profond malaise au procès du Cénacle

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5000 euros d’amende dont 2500 euros avec sursis, et affichage pendant deux mois de la décision de justice à l’entrée du restaurant « le Cénacle ».

Ce sont les réquisitions prononcées hier par la procureur pour le délit de « discrimination dans la fourniture d'un service en raison de l'appartenance à une religion dans un lieu accueillant du public » retenu contre le restaurateur du Cénacle. 

Si heureusement une condamnation a été requise à l’encontre du restaurateur du Cénacle, un profond malaise a parcouru la salle d’audience au moment du prononcé des réquisitions

Alors que le restaurateur n’a même pas jugé utile pour la seconde fois consécutive de se présenter à l’audience, c’est la victime, seule, qui a dû affronter un réquisitoire odieux,  sous-tendant la réalisation d'un testing alors que la victime l'a récusé.

Cinq arguments se sont avérés particulièrement choquants :

  • 1- Dès le début de sa réquisition, la procureure dit ne pas vouloir être « influencée » par le contexte de l’islamophobie en France, détaillé par les avocats Maître Accardo (assistant la plaignante) et Maître El Hamamouchi (représentant le CCIF), pour se concentrer seulement sur les « faits ».

Des faits pourtant limpides puisqu’une vidéo est, fort heureusement, ​versée au dossier. Rappeler le contexte dans lequel se sont déroulés ces faits souligne la responsabilité qui incombe au Tribunal dans le traitement de cette affaire.

  • 2-    Si la P​rocureure a répété à plusieurs reprises que recueillir une preuve grâce à un testing était parfaitement légal, une grande partie de son discours visait pourtant à spéculer sur cette « théorie du testing ». Ainsi, la procureure a estimé qu’une phrase échangée entre les deux victimes dans la vidéo serait révélatrice de cette théorie.

Alors qu’une des victimes est en pleurs, son amie essaie de la réconforter : « rassures-toi, tout va bien se passer » ; "je suis vraiment pas bien" répond son amie ;  "je sais que c’est dur" dit-elle. Selon la procureure, cela serait un élément de preuve manifeste qu’elles avaient « prévu le coup » car il fallait entendre « on savait que ça allait être dur, mais t’inquiète pas c’est bientôt fini ».

L’affirmation a soulevé une forte indignation chez les avocats de la partie civile et ​le public. Elle est éprouvante parce que non seulement elle alimente la théorie du complotisme​ mais surtout elle fait peser une suspicion sur la parole de la victime. Une suspicion un peu trop régulièrement constatée ces deux dernières années lorsque la victime est de confession musulmane.​

  • 3- La P​rocureure a également argué la thèse du testing en expliquant que la victime avait été très rapidement prise en charge par le service juridique du CCIF, et qu’une juriste l’avait accompagnée pour déposer plainte.

Madame la Procureure reprocherait-elle dorénavant aux ​associations de lutte anti-raciste de faire efficacement leur travail en assistant les victimes de discriminations et en les encourageant à déposer plainte ? N'oublie-t-elle pas que l'une de leurs missions - tout comme celle du pôle anti-discrimination instauré en principe  depuis 2007 dans chaque Tribunal de Grande Instance et animé justement par le parquet - consiste à faire émerger les plaintes pour discriminations parce que trop de personnes discriminées ne déposent pas plainte faute de preuve, de moyens financiers out tout simplement parce qu'elles considèrent que c'est inutile ? 

À ce titre, soulignons qu'en dépit de toutes les associations de lutte anti-raciste classiques ​existantes​, seul le CCIF se trouvait aux côtés de la plaignante. Ce qui a semblé surprendre, à raison,  le président de l'audience qui a demandé s'il y avait d'autres parties civiles et les cherchait des yeux dans la salle, en vain. 

  • 4-    Entendre que le prévenu est absent car « il a honte des procédures » aurait été attendu de la part de l’avocate du restaurateur. Mais non. C’est bien la procureure, dépositaire de la justice, qui a jugé utile d’exonérer l’absence du restaurateur, quand bien même aucun motif ou justificatif légitime ​n’a été présenté par son avocate. 
  • 5-    Le coup de grâce survient à la fin de la réquisition. Si la procureure reconnaît que les propos du restaurateur sont « sans ambiguïté », « inacceptables » et que « la société entière est victime de cette discrimination », elle dédouane le restaurateur de sa responsabilité. Après l’avoir décrit comme un « personnage », « fort en gueule » et « nerveux », elle explique en effet qu’il aurait pu agir sous l’influence du stress (à l’heure où « il faut faire sortir les assiettes rapidement de la cuisine »).

L’audience d’hier était troublante. Symboliquement violente pour la victime. Alors que tout devait normalement bien se dérouler (la plaignante ayant à son compte une vidéo au contenu explicite), la victime n’a pas eu un moment de répit durant l’intégralité du procès.

Le procès s’est conclu par les mots de l’avocate du restaurateur. Celle-ci a pris directement à partie la victime pour lui reprocher l’assignation en justice de son client, « lui qui s’est déjà excusé », dans une inversion des rôles la plus totale.

Le CCIF a été effaré par la teneur des débats de ce procès. Malgré une vidéo de preuve explicite, les théories complotistes ont occupé une trop grande partie des débats.

Que ce soit l’affaire du burkini ou le procès du Cénacle, ces deux affaires en disent long sur les procédés à l’œuvre lorsque l’islamophobie est montrée de façon manifeste.

Alors qu’une photo d’une femme sommée de retirer sa tunique sur une plage par quatre policiers a fait le tour du monde, les habituels censeurs de la réalité de l’islamophobie ont crié au complot :

De la même façon hier, alors que le dossier de la plaignante était fort d’une vidéo explicite, il a fallu prêter un agenda caché à la victime.

Ce processus est le miroir de l’islamophobie qui ronge notre société. Si la Procureure a voulu évacuer le contexte de l’islamophobie pour juger cette affaire, force est de constater que l’islamophobie s’est invitée à la barre.

Délibéré le 16 mars 2017.  

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Commentaires

Assalamou 3alaykoum Salut à vous ! Si nous étions pas une communauté protégé par l'Adoré, nous aurions peut être fini comme ces millions d'indiens d'Amérique du nord et du sud, d'esclaves noirs d'Afrique et d'ailleurs, d'indigènes sous les colonies, des juifs donnés en sacrifice etc. Mais L'Adoré soit loué, des hommes et des femmes libres se battent pour que nous soyons libres, défendu, protégés, écoutés. Soutient au CCIF par la volonté de l'Adoré. Merci !
Je me demande de qui voulait-on faire le procès..............

Assalaamou'alaykum, Une victime est sensé être rassurée par la justice qui doit lui apporté son soutien. La pauvre soeur, en pleurs dans le tribunal, qu'Allah vous purifie , toutes épreuves morales ou physiques doivent nous rapprocher de Notre Créateur. Je vais parlé de ce profond malaise au maximum de monde dans mon entourage. Il ne faut pas taire cette injustice. Je pense qu'il y a eu un travail de banalisation de l'islamophobie , via les médias , les politiques etc. ça se sent jusqu'au tribunal ...

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