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Six-Fours les plages : énième épisode de déraison collective

L’année 2016 pourrait se découper en série de feuilletons illustrant crûment la désertion de l’intelligence politique de nos élu-e-s. Après la saison estivale sur le thème de la lutte contre l’intégrisme, apparemment symbolisé par un vêtement (le « burkini ») dont on n’a toujours pas pu établir de différence avec une combinaison de natation professionnelle, c’est maintenant l’enseignement facultatif de la langue arabe dans les écoles primaires qui a pris le relais, en tant “qu’épouvantail de l’intégrisme” dans la commune de Six-Fours-Les-Plages en région PACA.

Et pendant que ces polémiques aux allures de séries B s’amplifient, la lutte effective contre le terrorisme continu à en pâtir…

  • Chronique d’un territoire perdu de la République
L’affaire est relayée le 4 janvier dernier par @bismatoj, juriste actif sur twitter.

Jean-Sébastien Vialatte, député du Var et maire de Six-Fours-Les-Plages devait sans doute être amèrement déçu de n’avoir pas saisi l’occasion estivale pour déposer un arrêté anti-burkini. Qu’à cela ne tienne, de retour de vacances, la rentrée des classes 2016-2017 lui donnera une nouvelle occasion de marquer son opposition contre « l’intégrisme » et/ou le « communautarisme » (et/ou le « koufarisme »). Cette fois, c’est 1h30 de cours facultatif hebdomadaire de langue arabe dans une école primaire qui enflamme la petite commune de 35 000 habitants, avant d’embraser le débat politique à l’échelle nationale, relayée par les canaux d’activisme identitaires.

L’histoire commence par un tweet publié par une parente d’élève en septembre : « panique», l’école primaire Jules Reynier imposerait des cours obligatoires de langue arabe. Le tweet suscite le buzz et se relaye dans la fachosphère. Le Front National publie un communiqué pour dire « non ! » aux cours d’arabe.

Le site de fact-checking « Le Monde » tente un brusque retour à la réalité en expliquant l’évidence, à savoir que ces cours sont facultatifs et non obligatoires.

En vain.

  • L’essoufflement perpétuel de notre pacte républicain

L’histoire aurait dû s’arrêter là: le maire aurait alors, dans un sursaut de conscience et de responsabilité, confirmé qu’elle n’était qu’une rumeur et aurait appelé à la raison. Mais quand certains élus n’ont plus que ces polémiques stériles pour exister, elles finissent par prospérer.

Alors Jean-Sebastien Vialatte monte au créneau et exige du recteur l’arrêt immédiat de ces cours. Dans son courrier, il invoque des cours de « catéchisme islamique » et repose son argumentaire sur un avis du Haut Conseil à l’Intégration, organisme idéologiquement partisan et islamophobe, qui lui a valu sa dissolution en…2012.

Son retour « en force » n’étant manifestement pas assez remarqué, il décide de passer à l’étape suivante: envoyer les forces de l’ordre à deux reprises les 18 et 25 novembre en plein cours de langue arabe devant des élèves âgés de 7 à 11 ans, pour manifester son hostilité à la tenue du cours.

Désobéissant aux directives du Ministère de l’Education, le maire est rappelé à l’ordre par le Préfet du Var qui dépose un déféré préfectoral dans un ultime effort de retour sur le sol terrestre.

Toutefois, le tribunal administratif de Toulon, par un galimatias de vices de procédure administrative, finit par estimer que l’envoi de policiers municipaux à l’école ne constitue pas un obstacle au bon déroulé des cours d’arabe et rejette le recours préfectoral.

Fin (provisoire) de l’histoire. La commune aura (pour le moment) dépensé 3000 euros d’argent public en frais de justice. Dans un contexte généralement anxiogène, des parents devront expliquer à leurs enfants pourquoi la police intervient en plein cours d’arabe et des élu-e-s de l’hexagone auront une fois de plus excellé dans la capacité à promouvoir l’humiliation publique d’une partie de la population.

On aura rarement vu une telle régression en matière éducative, quand la simple pulsion raciste et islamophobe permet d’interdire l’accès au savoir, celui là même qui nous permettrait de mieux comprendre et d’interagir avec un monde dont on dit s’inquiéter, sans prise sur son évolution.

À chaque fois le même schéma semble se reproduire : une député crie au scandale à l’Assemblée nationale (Annie Genevard avait dénoncé le 16 mai 2016 l’enseignement de la langue arabe « qui encouragera le communautarisme » et « qui mine la cohésion sociale »), ce déballage public encourage la xénophobie d’une partie de la population, permettant dès lors à des élu-e-s de surfer sur la vague raciste et islamophobe.

La même logique indépassable pour le commun des mortels semble vouloir s’imposer : exclure la diversité de l’école républicaine… pour, dit-on, lutter contre le communautarisme.

Cette lutte contre le « communautarisme » promet de beaux jours pour la lutte contre le terrorisme : mises au placard, les recommandations du rapport 2013 de la SGDSN sont ignorées et aucun débat n’est entrepris pour améliorer les services de luttes antiterroristes, débordés, donc inaptes à suivre efficacement des profils présentant un vrai risque pour notre sécurité nationale.  

Entre autres bienfaits civiques et humanistes, l’apprentissage de la langue arabe aurait peut-être pu éviter le ridicule à cette brigade antiterroriste, qui avait perdu un nombre incalculable d’heures à retrouver « Rabbi Yhafdek », mentionné dans plusieurs conversations téléphoniques…ou de comprendre que « Khalti » n’est pas le nom d’un obscur criminel, mais sûrement la tata de quelqu’un…

À défaut, les forces de police françaises pourront compter sur la « fiabilité » de Google Traduction.

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