Armentières: déni d'injustice

3
Crédit photo : PICSSR

Vendredi 30 décembre, l’Express publie un article sur l’affaire d’Armentières qui s’illustre déjà par son titre : “Des musulmanes renversées dans le nord soupçonnent un acte islamophobe”. D’emblée, l’article entend faire porter le doute sur la parole des trois victimes. Ce traitement médiatique apparaît d’autant plus problématique qu’il succède à plusieurs manquements élémentaires, de la part de certains fonctionnaires du​ commissariat en charge de cette enquête.

Pourtant l’auteur de cet article se voulait objectif : “Que s'est-il passé exactement le 23 décembre dernier à Armentières, petite bourgade du Nord ?” interroge-t-il.

L’affirmation qui suit met en lumière un certain parti pris du journaliste, ainsi que des sources policières et judiciaires de l’Express.

En effet, l’objet de “l’enquête préliminaire” ouverte par le parquet de Lille serait de “faire la lumière sur un accident de la circulation impliquant deux femmes voilées ainsi qu’une enfant de 9 ans” selon les termes de l’Express, qui rechigne à utiliser pour ces piétonnes ​​du qualificatif de "victimes". Le choix des mots est hélas souvent révélateur, quant au statut flou ainsi attribué à ces femmes effectivement victimes d'un chauffard, qui a ensuite pris la fuite au lieu de leur porter secours.

Ainsi, la possibilité d’un crime de haine perpétré en raison de l’appartenance religieuse supposée ou du genre des victimes est écartée dès le début. L’enquête se restreint à élucider un simple “accident de circulation”. Et c’est bien là que réside tout le problème.

Il existe un principe de base dans la gestion des crimes haineux: à partir du moment où les victimes portaient un signe d’appartenance religieuse, il est du devoir des enquêteurs d’étudier tous les indices pouvant accréditer la thèse d’un crime de haine avant de l’écarter. Dans l'investigation des crimes, ce sont ainsi tous les possibles indicateurs de biais haineux qui sont à considérer: lieu, heure, codes vestimentaires, slogans ou insultes proférées, mode opératoire, etc.

C'est la simple possibilité haineuse du motif qui commande l'ampleur de l'enquête.

​Ce sont les préconisations du guide de l'OSCE à l'adresse des ONG et des états participants,  intitulé "Les crimes de haine : prévention et réponses" notamment aux pages 21 et 22. Ces engagements auprès de l'OSCE et leur implémentation, ont été ratifiés par la France puis confirmés, chaque année par la France.

C’est donc l'enquête qui devrait déterminer à posteriori la mise à l'écart ou la retenue du motif haineux. Et c'est justement sur la base de l'enquête et de la qualité des investigations menées que repose la crédibilité du travail policier, lorsqu'il écarte une piste pour en privilégier une autre. Ici, en l’espace de quelques jours, le commissaire a décidé de se faire sa propre opinion sur le seul témoignage du chauffard, entendu à la hâte et présenté comme “un vieux monsieur qui a paniqué”​, qui n'aurait pas du tout "le profil d'un homme aux motivations racistes". Qui peut nous donner objectivement "le profil d'un homme aux motivations racistes", alors même que le passage à l'acte haineux n'est pas circonscrit à des catégories sociologiques ou politiques précises ?​

Le conducteur aurait expliqué que c’était un véritable incident et qu’il n’avait pas vu les piétonnes. Cette audition a suffi​t​ pour que la source policière de l’Express considère que “l’histoire s’arrête-là”.

Et ce alors même que deux femmes témoignent du contraire et qu'un témoin de cet acte violent s'est aussi manifesté, en appelant les forces de l'ordre. L'a-t-on interrogé ?

Ainsi, quand l’Express écrit que “l'interprétation des faits par le CCIF semble quelque peu hâtive”, il s'agit purement et simplement d'une inversion des rôles et des sujets.

Ce qui est hâtif, c'est d'absoudre un suspect dans une affaire qui aurait pû avoir des conséquences gravissimes, alors même qu'après avoir renversé trois personnes, le conducteur n'a choisi ni de s'arrêter, ni de s'enquérir de l’état de ces femmes.

Ce qui est tout aussi hâtif,  ce sont les conclusions tirées par ces enquêteurs, prenant pour argent comptant les déclarations d'un individu qui n'a pas même été confronté à ses victimes.

Ce qui est non moins hâtif, c'est de choisir, sans même avoir suffisamment enquêté, de mettre en doute la parole des victimes et d'écarter toute motivation haineuse à priori. ​

Pour ces raisons, le CCIF juge toujours nécessaire d'explorer la piste islamophobe dans la mesure où les victimes portaient un signe d’appartenance à l’islam​,​ et que le conducteur aurait sciemment accéléré au moment où celles-ci étaient engagées sur le passage piéton. Cela ne préjuge pas de ce qui sera retenu (ou non) contre lui devant la justice, mais cela relève d'une part des pratiques policières recommandées, d'autre part du droit des victimes à ce que leur préjudice soit pleinement reconnu, y compris dans sa dimension haineuse si elle était avérée.

De deux choses l'une:

Soit il existe une motivation claire à un geste criminel consenti, auquel cas le conducteur devra répondre de ses actes devant un tribunal, soit il s'agit d'une perte de contrôle de la part d'une personne dont les capacités de vision et de conduite sont altérées, auquel cas des mesures doivent être prises au plus vite pour éviter qu'un tel danger se prolonge, pour lui comme pour les autres usagers de la voie publique.

Enfin, le simple refus pur et simple des agents de police d’enregistrer la plainte des victimes devrait convoquer une indignation ferme de la part des pouvoirs publics, ​des institutions ​policières, ​judiciaires et des responsables politiques locaux. A l’heure actuelle, il n’en est rien.

D'après l'Agence des Droits Fondamentaux, seules 18% des victimes d'actes racistes en Europe se déclarent. Ce sous-report massif est en large partie expliqué par le traitement dont elles font l'objet lorsqu'elles cherchent assistance, notamment auprès des services de police.  Il relève donc de la responsabilité des pouvoirs publics d'apporter à ces victimes tout le soutien et la qualité d'accueil qu'elles méritent, conformément aux règles du service public.

Il est extrêmement alarmant qu'en 2017, une association comme le CCIF soit, une fois de plus, obligée d’intervenir afin que des agents de police ​observent tout simplement leur devoir, en enregistrant les plaintes de victimes renversées par un véhicule identifié et dont le conducteur a pris la fuite​.

L’article 15-3 du code de procédure pénal prévoit en effet que ​"La police judiciaire est tenue de recevoir les plaintes déposées par les victimes d'infractions à la loi pénale et de les transmettre, le cas échéant, au service ou à l'unité de police judiciaire territorialement compétent.​"​

Le CCIF est déterminé à faire valoir les droits des victimes jusqu’au bout.

Au vu des manquements déjà observés dans ce dossier, nous interpellons le parquet de Lille et les responsables politiques locaux afin que cette enquête soit diligentée ​avec rigueur et impartialité.

Tag(s): 
Tag(s): 
Tag(s): 
Tag(s): 

Commentaires

Assalamou 3alaykoum Salut à vous ! Telle est la vie des gens du paradis. Ils sont en paix et persécuté. "O mon enfant accomplis la Salât, commande le convenable, interdis le blâmable et endure ce qui t'arrive avec patience. Telle est la résolution à prendre dans toute entreprise!" (s31v17) "Supporte donc, d'une belle patience." (s70v15) Barak Allahou fikoum. Bénédiction de l'Adoré sur vous.
Salam aleykoum, l'Express, à l'instar des médias mainstream ont comme fond de commerce l'Islam et les Musulmans en distillant la haine.Ces médias sont par ailleurs les thuriféraires du Sionisme,ceci peut-il expliquer cela ?
Je suis d'accord avec le fond de l'article, mais je ne vois pas ce que vous reprochez à la phrase “Des musulmanes renversées dans le nord soupçonnent un acte islamophobe” : il semble que vous lui donnez une interprétation qui n'est peut être pas là.

Ajouter un commentaire

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.

© 2016 CCIF. Tous droits réservés.