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Halte au mensonge d’Etat

Dans l’affaire qui oppose Sarah à son collège, nous dénonçons un mensonge d’Etat. Rappel des faits : 

  • L’Objet du litige

Sarah K., 15 ans, élève de troisième, s’est vu re­fu­ser l’ac­cès au col­lège Léo-La­grange, à la Ronde Cou­ture, les 16 et 25 a­vril 2015, au motif, selon la prin­ci­pale du col­lège, que sa jupe noire, jugée « trop longue », ne res­pec­tait pas la loi du 15 mars 2004 portant interdiction du port de tenues ou de signes religieux ostensibles par les élèves de l’enseignement public primaire et secondaire).

L’adolescente revêt le voile depuis un an, et l’ôte au seuil de l’établissement. La jupe noire a été achetée chez « Kiabi » pour deux euros, précise la collégienne. Un fait réitéré par le reportage diffusé hier mardi 5 mai dans le petit journal sur canal+.

jupe trop longue

Les pa­rents de Sarah ont reçu un courrier daté du 24 avril dans lequel la principale du collège soutient que « Votre fille n’a pas été ac­cep­tée en classe parce qu’elle por­tait des signes os­ten­ta­toires d’ap­par­te­nance re­li­gieuse. La loi sur la laï­cité à l’école in­ter­dit ce port de signes ou te­nues par les­quels les élèves ma­ni­festent os­ten­si­ble­ment une ap­par­te­nance re­li­gieuse (…). De nou­veau, ven­dredi matin, elle ré­ap­pa­raît avec une jupe dont le ca­rac­tère re­li­gieux est ma­ni­feste. ».

  • Menace d’Exclusion

Dans le même courrier, la principale de l’établissement « prie » les parents de la jeune fille « de faire rec­ti­fier la tenue ves­ti­men­taire de [leur] fille s’[ils] sou­hai­te [nt] qu’elle pour­suive sa sco­la­rité au col­lège ». « La pour­suite de cette tenue pro­vo­cante in­ter­dira son ac­cueil en classe », ajoute-t-elle.

Le di­rec­teur aca­dé­mique, Pa­trice Dutot, a qualifié ce type de « longue jupe » comme « un coup de canif dans la laï­cité ».

  • Que dit la loi ?

La circulaire du 18 mai 2004 relative à l’application de la loi du 15 mars précise que « les signes et tenues qui sont interdits sont ceux dont le port conduit à se faire immédiatement reconnaître par son appartenance religieuse tels que le voile islamique, quel que soit le nom qu’on lui donne, la kippa ou une croix de dimension manifestement excessive ».

Le même texte, spécifie que la « loi est rédigée de manière à pouvoir s’appliquer à toutes les religions et de manière à répondre à l’apparition de nouveaux signes, voire à d’éventuelles tentatives de contournement de la loi ».

Mais « elle n’interdit pas les accessoires et les tenues qui sont portés communément par des élèves en dehors de toute signification religieuse ».

  • « Dialogue » avec l’élève

La circulaire prévoit que « la mise en œuvre d’une procédure disciplinaire est précédée d’un dialogue avec l’élève ». Etant précisé que ce dialogue est en réalité un monologue au cours duquel menaces et intimidations sont courantes. Les familles sont enjointes de se plier aux exigences de l’établissement, y compris abusives, sous peine de voir leur enfant exclu de l’établissement. L’administration n’ignore pas sa supériorité dans ce rapport de forces déséquilibré.

  • Réaction du rapporteur de l’Observatoire de la laïcité

La loi « n’interdit pas les accessoires et les tenues qui peuvent être portés communément par des élèves en dehors de toute signification religieuse », précise l’observatoire de la laïcité.

Interdire certains vêtements serait d’ailleurs instituer une « police vestimentaire », souligne son rapporteur, Nicolas Cadène. Selon lui, les cas ne sont « pas très courants » et relèvent d’une « mauvaise interprétation de la loi ».

  • Réaction de la ministre et glissement de la jupe provocante et religieuse à l’action concertée et prosélyte

Dans une seconde version des faits, l’équipe éducative, acculée par la sidération de l’opinion publique mise au fait de ses méfaits, met en avant une action « revendicatrice »  de la collégienne dans le fait de revêtir une longue jupe noire au lieu de ses pantalons habituels. La variété vestimentaire ne serait donc pas de mise au collège Léo Lagrange pour les élèves de confession musulmane.  

Elle ajoute qu’il s’agirait d’une action « concertée«  avec d’autres élèves sans apporter plus de précisions. Et Sarah n’a pas été exclue du collège mais a été renvoyée chez elle à deux reprises pour se changer et se présenter « avec une tenue neutre« .

Une fois n’est pas coutume, la ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem,  a loué la réaction de l’équipe éducative sans avoir même rencontré la famille de la jeune fille pour se forger une opinion objective. « La réalité de ce qu’il s’est passé dans cet établissement scolaire c’est que l’équipe pédagogique a fait preuve du discernement qu’on attend d’elle pour juger du caractère prosélyte ou pas, non pas de la tenue mais de l’attitude de l’élève », a expliqué la ministre. Celle-ci a estimé qu’en « l’occurrence il a été jugé qu’il y avait du prosélytisme de la part de l’élève et ça n’est pas une exclusion qui a été prononcée mais un dialogue qui a été ouvert avec sa famille».

  • Qu’est-ce que le proselytisme ? 

Le prosélytisme religieux est communément défini comme le zèle déployé par certains adeptes pour convaincre et rallier des personnes à leur religion. Pour ce faire, il faut engager une discussion, adopter une attitude en ce sens.

Si le Conseil d’Etat a reconnu que le seul port du foulard ne constituait pas par lui-même, en l’absence de toute autre circonstance, un acte de pression ou de prosélytisme (CE 27 novembre 1996 M. et Mme Jeouit), une jupe ou une robe longue ne saurait naturellement se voir conférer une signification religieuse.

Ce qu’a compris la ministre en évoquant non plus la jupe longue de la jeune fille comme l’administration de l’établissement dans sa version initiale qui parle de « coup de canif à la laïcité », mais le comportement prétendument prosélyte de la jeune fille. Sans fournir plus de précisions, mais en apportant une nouvelle fois un soutien inconditionnel à ses équipes.

Nous avions déjà vu à l’œuvre la ministre dans le cadre de l’audition du petit Ahmed de Nice, qui ne l’avait guère émue.

Pour conclure, nous reprendrons les propos du sociologue Jean Baubérot, historien de laïcité :

 « L’école récolte ce qu’elle a semé ».

« Avec la circulaire, la chasse au signe religieux devient quelque chose d’obsessionnel qui ne peut qu’engendrer la révolte des adolescents, le sentiment qu’ils sont persécutés, victimes d’injustice ».

« Si l’on pourchasse les jeunes filles qui ont des jupes longues, leurs parents vont les mettre à l’école privée », se désole-t-il, « on tourne complètement le dos à la vocation de l’école publique qui est l’accueil très large des enfants ».

                                                        

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% commentaires (1)

Comme vous le souligner dans votre article, Madame la ministre de l’éducation nationale soutient systématiquement les personnels scolaires.
Seulement Sarha n’est pas un cas isolé, pour quelques jeunes filles qui osent dénoncer cet acharnement, combien subissent ce harcèlement en silence?
Allons,Madame, un peu de clairvoyance nous ferait le plus grand bien.
Arrêtez de vous voiler la face.

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