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Les chiffres de l’islamophobie en 2013

Le CCIF publie son rapport annuel 2014 sur les chiffres de l’année 2013. English version here

Comme chaque année, le CCIF produit une analysée chiffrée et contextualisée de l’islamophobie en France. L’année 2013 est un « joli » cru.

Parlons peu, parlons chiffres:

Le CCIF a enregistré en 2013 un total de 691 actes islamophobes. Ils se déclinent en 640 actes visant des individus et 51 actes contre des institutions. On enregistre donc une hausse des actes envers les individus de 53% par rapport à 2012! Et une augmentation globale de 47%.

Pourquoi une telle augmentation ?

D’abord, regardons le contexte. La France est plongée depuis plusieurs mois dans une lourde atmosphère délétère. Les blagues racistes fusent, les discours de haine prolifèrent, des articles de presse stigmatisant sortent tous les quatre matins. Les boucs émissaires sont toujours les mêmes. Les musulmans et les Rroms. (Je vous laisse imaginer la personne qui est Rrom et musulmane, c’est ce qu’on appelle le cumul des « handicaps »)

Ainsi, dans un contexte socio-politique où la haine et le rejet du musulman sont devenus banals, et où les réponses judiciaires face aux actes islamophobes demeurent extrêmement faibles, les gens se lâchent pour ainsi dire.

Ils ont l’impression d’avoir un « permis de discriminer » voire un « permis d’agresser ». Chaque année, on observe une corrélation nette et immédiate entre la prolifération des discours de haine et d’incitation à la haine et le passage à l’acte violent des discriminants et des agresseurs dans l’espace public et privé.

Mais il faut aussi prendre en compte un autre phénomène, positif celui-là. Il y a une réelle prise de conscience de la communauté musulmane qui pousse les gens à rapporter les actes dont ils sont victimes ou témoins, et à faire valoir leurs droits. D’où une augmentation significative de nos chiffres d’une année à l’autre. A titre d’exemple, du 1er janvier 2014 au 15 juin 2014, 1016 personnes ont contacté le CCIF, et la qualification islamophobe a été retenue pour 359 actes. Le cru 2014 s’annonce donc explosif lui aussi.

Le CCIF est en effet l’interlocuteur privilégié des victimes ou potentielles victimes. Chaque jour, des dizaines de personnes nous contactent pour se renseigner sur leurs droits ou rapporter un acte islamophobe dont elles ont été la cible.

Quels sont concrètement les actes que nous enregistrons?

Trêve de chiffres, parlons concret. Que vivent les victimes au quotidien ? Elles sont victimes en grande majorité de discriminations. Sur les 640 actes visant des individus en 2013, 482 sont des discriminations. Et plus de 56% de ces discriminations surviennent… Dans les services publics et les institutions. Tiens, tiens.

Imaginez-vous, vous arrivez tranquillement un matin au collège. Vous portez le voile à l’extérieur mais vous l’enlevez sagement tous les matins en arrivant devant l’établissement. Et puis ce matin-là, on vous demande devant tout le monde de soulever votre jupe pour voir si vous portez un legging en-dessous, d’enlever la pashmina que vous portez autour du cou, de raccourcir les manches de votre gilet. Et on vous dit même quelle couleur vous devriez porter désormais. Dictature vous dites ? Non, non, juste le quotidien de centaines de jeunes filles en France qui sont harcelées, punies, voire exclues parce qu’elles portent des jupes longues, des gilets ou que sais-je encore et que l’équipe pédagogique juge ces tenues « ostentatoires ». Et bien sûr, seules les jeunes filles de confession musulmane sont inquiétées de la sorte. Et il ne s’agit pas de faits isolés.

Imaginez-vous encore l’humiliation, quand vous vous rendez à la mairie chercher une information ou récupérer un document, et qu’on vous en interdit l’accès parce que vous portez le foulard. Pourtant, le droit de vote et de payer des impôts, vous l’avez.

Les exemples sont nombreux et édifiants. Pourtant, l’Etat peine encore à se remettre en question. Aucune formation, aucune campagne de sensibilisation n’a été menée au sein des institutions pour éduquer et recadrer les représentants de l’Etat. Le climat ne s’est donc pas apaisé, loin de là.

Toujours dans le registre des discriminations, elles surviennent à 12% environ dans les entreprises privées. Discrimination à l’embauche, licenciements abusifs… Ou encore refus d’accès à une salle de sport en raison du foulard, refoulée d’un restaurant pour le même motif. Malheureusement, on ne manque pas « d’anecdotes » de ce type-là, et les réponses judiciaires ne sont pas à la hauteur de la gravité des faits. Preuve en est, la condamnation récente d’un gérant d’une salle de sport qui refusait systématiquement l’entrée de sa salle aux femmes voilées… à 500 euros d’amende avec sursis. Bon.

Mais plus inquiétant encore, c’est la multiplication des agressions physiques violentes. On en dénombre 27 sur les huit derniers mois de l’année 2013! Le passage à l’acte est souvent prémédité, et l’usage d’une arme devient de plus en plus fréquent. Rassurant tout ça…

Qui sont les victimes?

Vous l’aurez remarqué, tous ces actes sont très majoritairement dirigés contre les femmes. Elles représentent en effet 72% de nos victimes pour l’année 2013, et la quasi-totalité des victimes d’agressions violentes. Les femmes qui portent le foulard sont des cibles visibles et la proie de prédilection des agresseurs et discriminants de tout poil. Sous couvert d’une laïcité falsifiée, on entend dicter à ses femmes ce qu’elles doivent porter, où elles peuvent circuler, et comment elles doivent éduquer leurs enfants. 21ème siècle, si si !

Mais alors, que fait le CCIF?

En 2013, le CCIF n’a pas chômé. D’abord, son service juridique a travaillé d’arrache-pied pour gérer ces centaines et ces centaines de signalements et pour résoudre un maximum d’affaires. Au quotidien, nos juristes fournissent un énorme travail de suivi des dossiers, en rappelant la loi aux discriminants et en faisant office de médiateurs entre ceux-ci et les discriminés pour faire cesser dans des délais rapides une situation de discrimination. Il y a aussi tous les cas que le CCIF suit jusqu’au tribunal. (Lire notre rapport annuel)

Egalement, le CCIF a considérablement développé son réseau d’antennes régionales. Près d’une vingtaine d’antennes sont réparties dans l’hexagone et organisent des actions de sensibilisation sur le terrain pour être au plus proche des victimes et faire remonter un maximum de cas d’islamophobie.

Enfin, le CCIF poursuit et intensifie son travail à l’international, dans les instances telles que l’ONU, l’OSCE et la Commission Européenne afin, d’une part, d’être représentés au sein de ces institutions et de pouvoir être entendus, et d’autre part, de lancer et d’entretenir une dynamique européenne d’organisations de lutte contre l’islamophobie.

Par ailleurs, certaines avancées ont été observées, notamment à la CNCDH qui reconnait enfin l’usage du terme « islamophobie ».

Mais les chiffres nous rappellent l’ampleur du travail à effectuer. Ils nous rappellent aussi nos responsabilités, à chacun et chacune.

Et surtout celles de nos élus, conduits par un chef de l’Etat qui rappelait récemment que « la lutte contre le racisme et l’antisémitisme est une priorité ». Il est peut-être temps de rajouter l’islamophobie au programme !

Elsa RAY

Crédit photo: Nadir Dendoune, Courrier de l’Atlas

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