France: la droite face à un nouveau dérapage raciste à la veille d'élections

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Déjà embarrassée ces derniers mois par plusieurs polémiques sur l'immigration, la droite française était confrontée jeudi au dérapage d'un de ses dirigeants, pour qui une personnalité d'origine algérienne ne devrait pas diriger l'autorité de lutte contre les discriminations.

PARIS, 11 Mar 2010 (AFP)
Gérard Longuet, proche du président Nicolas Sarkozy et patron des sénateurs UMP (droite), a dit mercredi préférer voir nommer quelqu'un du "corps français traditionnel" plutôt que Malek Boutih, un socialiste d'origine algérienne à la tête de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde), où il est pressenti pour remplacer Louis Schweitzer.
"La Halde, cela veut dire que c'est la France qui s'ouvre aux populations nouvelles. Schweitzer, c'est parfait! Un vieux protestant, parfait! La vieille bourgeoisie protestante, parfait!", a-t-il affirmé lors d'une émission commune à la Chaîne parlementaire, à la radio France Info et à l'AFP.
"Il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos compatriotes. (...) Si vous mettez quelqu'un de symbolique, extérieur, vous risquez de rater l'opération", a insisté M. Longuet.
Ses déclarations, jugées "malheureuses" à droite, ont soulevé l'indignation de la gauche et des associations anti-racistes.
Et qui tombe particulièrement mal pour la majorité à la veille d'élections régionales où le camp du président Sarkozy est promis à une cuisante défaite selon les sondages.
Dès mercredi, le numéro 2 du parti socialiste (PS) Harlem Désir a dénoncé les "relents racistes" de propos qui "sont, bien plus qu'un dérapage, une véritable théorie raciale".
Dans la foulée, le porte-parole du PS Benoît Hamon a estimé que "le rapport de la droite à l'immigration (était) consternant", en référence à de précédents dérapages verbaux et à un débat controversé sur l'identité nationale souvent jugé "stigmatisant" pour les 5 à 6 millions de musulmans de France.
Ainsi en septembre 2009, le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux déclarait à propos d'un jeune militant UMP d'origine algérienne: "Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes".
Deux mois plus tard, sa collègue en charge de la Famille, Nadine Morano, exigeait d'un "jeune musulman" qu'il se sente français et trouve du travail.
Dernier scandale: mi-février, des élus UMP de la région parisienne accusent à tort un candidat socialiste aux régionales, d'origine malienne, d'être un "multi-récidiviste chevronné".
Jeudi matin, la gauche estimait qu'un nouveau cap inacceptable avait été franchi, rappelant le passé de militant d'extrême droite du sénateur Longuet et une "pensée politique à droite".
De fait, pour ajouter à l'embarras de la majorité, c'est Jean-Marie Le Pen lui-même, le président du Front national (extrême droite), qui lui apportait son soutien sur le fond, se disant "d'accord avec (sa) déclaration", et l'accusant de venir braconner sur ses terres à la veille du scrutin.
Gênée par ce nouvel écart, la majorité a tenté de le minimiser: le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre a pris ses distances avec des propos "plutôt regrettables" et celui du gouvernement, Luc Chatel, a souligné que M. Longuet avait parlé de "maladresse".
Plus clair, le ministre de l'Immigration Eric Besson, issu de la gauche, s'est dit "en complet désaccord avec les propos de Gérard Longuet".
Le chef de file des députés socialistes, Jean-Marc Ayrault, a quant à lui réclamé une intervention du chef du gouvernement qui, selon lui, doit "condamner très fermement" les propos "d'un haut responsable de l'UMP qui défigurent la République".
Dans l'après-midi, le journal Le Monde invitait dans son éditorial le président Sarkozy lui-même à mettre "un coup d'arrêt" à une "inquiétante dérive".

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