Manifestation pour le voile

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DES MANIFESTATIONS contre une future loi interdisant les signes religieux « ostensibles » à l'école publique, et particulièrement le voile islamique, devaient avoir lieu un peu partout en France, samedi 17 janvier. Le Parti des musulmans de France (PMF) appelle à manifester à Paris, avenue de la République, près de la place du même nom, vers 14 h 30. D'autres petites associations, comme le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), appellent aussi au rassemblement parisien. Plusieurs manifestations devaient également se tenir à Lille, Bordeaux, Nantes, Nice, Marseille, Toulouse, Besançon, Mulhouse, Saint-Etienne, Caen et Poitiers.

A l'étranger, des rassemblements devaient se dérouler à Londres, au Canada et dans plusieurs pays musulmans. Dalil Boubakeur, président du Conseil français du culte musulman (CFCM) et recteur de la Mosquée de Paris, a déclaré, vendredi 16 janvier, qu'il n'appelait pas à participer aux manifestations de samedi, qu'il a qualifiées d '« inutiles et contre-productives ». Estimant que « l'image de l'islam a été assez entachée », il a souligné que ces manifestations sont susceptibles d'engendrer « des dérapages contraires au but recherché ». Une manifestation, a-t-il ajouté, « il faut savoir la commencer et faire en sorte qu'elle se termine bien ». L'intellectuel suisse Tariq Ramadan dénonce, dans une tribune publiée par Libération (14 janvier), « des groupes radicaux et sectaires », qui essaient « de tirer profit du mécontentement des musulmans », visant implicitement M. Latrèche. « Des associations ou partis musulmans qui n'ont pas hésité à s'associer à des mouvements d'extrême droite, à soutenir le tyran Saddam Hussein, à développer des thèses radicales, revendiquent une mainmise en capitalisant l'émotion blessée des musulmans. Ils en font une affaire strictement musulmane et se contentent d'alimenter le sentiment victimaire. Il ne peut s'agir de faire cause commune avec ce type d'opportunisme. » Le Collectif des musulmans de France (CMF) , un réseau proche de Tariq Ramadan, rejoint par Jeunes Musulmans de France (JMF), Etudiants musulmans de France (EMF) et Participation et spiritualité musulmanes (PSM), organise pour sa part un « rassemblement de responsables associatifs » à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), toute la journée de samedi 17 janvier. « Toute réaction qui compte sur le seul registre de l'émotion risque de servir comme un défoulement qui dissipe des énergies sans atteindre aucun objectif, de subir une récupération partisane ou encore de faire le lit des extrémismes de tout bord », avertissent ces associations dans un communiqué.

« Nous sommes favorables à une manifestation, mais unitaire, pas seulement entre musulmans », justifie Mahmoud Kelkoul, président de JMF. Abdallah Milcent, médecin de Strasbourg , défenseur des filles voilées et auteur de Foulard islamique et République française, mode d'emploi, a déclaré au Monde qu'il participerait à la manifestation parisienne. « Ce serait une drôle de logique de ne pas manifester notre très fort mécontentement contre une loi discriminatoire à l'égard de la communauté musulmane, sous prétexte que l'organisateur ne plairait pas à tout le monde. Bien que je ne partage pas du tout les options de M. Latrèche, j'estime avoir le droit de manifester », a-t-il conclu. Djamel Bouras, le champion de judo , a annoncé qu'il sera présent à titre personnel à la manifestation parisienne. « Je suis pour la liberté et non pas pour l'exclusion, explique-t-il. Je trouve ce projet de loi anormal et inacceptable. Il n'est pas bien pour notre pays. » L'association du culte sikh en France a écrit le 9 janvier à Jacques Chirac pour lui demander de laisser les jeunes sikhs porter leur turban à l'école. La religion sikh interdit aux hommes de couper leur chevelure, qu'ils cachent sous un turban. Des sikhs devaient se joindre à la manifestation parisienne.

Le porte-parole du gouvernement, Jean-François Copé , a indiqué vendredi 16 janvier, que le gouvernement ferait « un très grand travail d'explication » sur la future loi pour répondre aux « tentatives de désinformation ». « Certains sont tentés de radicaliser les choses, de déformer la réalité », a-t-il commenté. Le ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy, a souligné que « manifester n'est pas un facteur d'apaisement » et qu' « il faut par le dialogue essayer d'apaiser les tensions ». Le Parti socialiste a dénoncé « le caractère totalement politique » du défilé parisien, par la voix de son porte-parole, Julien Dray. Mettant en cause l'UOIF, il a souligné que le voile n'était pas « un symbole religieux mais une revendication politique destinée à changer la nature de notre République ».

Xavien Ternisien - article daté du 19/01/2004 ©Le Monde

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