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Entretien avec la juriste Mariem Sabil : Soumaya, un film-thérapie sur les signaux faibles

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SOUMAYA — BANDE ANNONCE from Yaraa on Vimeo.

Vous avez été la vraie juriste qui a traité le cas de la « vraie Soumaya ». Comment se déroule le travail d’une juriste du CCIF, dans des cas comme celui de Soumaya ?

On était dans un contexte déterminé par l’état d’urgence. C’étaient surtout les premiers cas d’assignations, de perquisitions, de pertes d’emploi, etc. Les deux premières semaines, je dirais que c’est plutôt une approche psychologique, car il faut expliquer aux gens leurs droits et expliquer qu’ils peuvent contester la perquisitions et demander son annulation. Ça peut paraître un peu bizarre, parce que la perquisition a déjà eu lieu, et le fait de la contester n’a pas d’effet immédiat, mais cela permet aux personnes de se défendre. Dans le cas d’une perquisition par exemple, les personnes sont accusées de propos, de comportements qui portent atteinte à l’honneur et à la dignité de la personne. Donc, en obtenir l’annulation c’est aussi reconnaître que l’administration n’a pas fondé sa perquisition sur des bases concrètes ou des arguments matériels. Ensuite ça ouvre droit à une réparation. 

Dans les premiers temps, c’est donc accueillir la personne dans son état de choc, son état de traumatisme, car beaucoup ont vécu ces intrusions dans l’intimité comme une forme de violence. Dans le cas de Soumaya, on avait aussi une mineure qui était présente. La particularité dans cette affaire, c’est que le préfet a appelé l’employeur pour lui dire que son employée a fait l’objet d’une perquisition, ce qui provoque un risque de perte d’emploi. Finalement elle a été licenciée, et là on encourage la personne d’aller au contentieux, car là la médiation n’est plus possible.

Ensuite, il faut demander l’annulation de l’ordre de perquisition et entamer une action en responsabilité contre l’État. Mais également exercer une action contre son employeur, parce qu’il n’est pas justifié qu’elle soit licenciée après autant d’années d’exercices. Parallèlement, il ne faut pas omettre que son affaire a aussi été médiatisée à son insu, ce qu’il a exposée aussi à une vague de propos sur les réseaux sociaux.

Notre travail consiste également à la mettre en relation avec un bon avocat.

Que pouvez-vous nous dire sur cette affaire qu’on ne voit pas dans le film ?

En fait, la vraie Soumaya n’a pas trop douté de sa volonté d’entamer des procédures. J’ai l’impression qu’elle avait déjà en elle cette combativité. Les deux premières semaines étaient très difficiles ; elle était sous médicaments, etc. Mais on ressent tout de suite chez cette personne une force qui est assez impressionnante, et cette motivation qu’on voit dans le film : le fait qu’elle fait les choses pour son enfant. 

Par rapport à sa fille, dans le film, elle ne parle pas beaucoup. Mais je pense qu’elle a beaucoup extériorisé, et je pense depuis la perquisition, elle a une relation particulière avec sa mère, par rapport aux autres enfants.

Quelle atmosphère y avait-il au sein du CCIF, pendant l’état d’urgence ?

C’était une atmosphère très particulière. On n’a jamais été préparés à la situation de l’état d’urgence, qui est une situation exceptionnelle qui aurait dû être limitée dans le temps. L’état d’urgence a été renouvelé quasiment sur deux ans. On avait des discours politiques qui ne se voulaient pas stigmatisant, mais la pratique était très stigmatisante. Et on avait tous les profils, parce que tout le monde a été touché : des hommes, des femmes, même des enfants… C’était un moment extrêmement difficile, c’est pour ça que pour moi il faut faire un gros travail de mémoire, de réflexion sur cette époque. Pour ma part, je ne suis pas la même juriste qu’avant l’état d’urgence. On voit les choses différemment et on accompagne les gens différemment. 

Pensez-vous qu’il soit important de montrer ce film aujourd’hui ? 

Oui, parce qu’on ne doit pas occulter de notre mémoire toute cette période de l’état d’urgence. D’autant plus que l’état d’urgence a été institutionnalisé dans la loi SILT (la loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme) dont la continuité est sécuritaire et consiste à criminaliser la pratique musulmane sous l’angle communautaire. Ça se confirme avec le mois d’octobre 2019 et la référence aux signaux faibles.

Ce film permet aussi d’humaniser les personnes qui ont été victimes. Il y avait des humains derrière ces mesures, et que la majorité (et les statistiques le montrent) n’a pas été poursuivie. Ce n’est pas dans ma nature d’être pessimiste, mais il y a aujourd’hui une psychose et une théorie de la suspicion qui va de plus en plus sur le terrain des signaux faibles, qu’on avait déjà retrouvés dans le cadre de l’état d’urgence, notamment dans les guides de prévention contre la radicalisation. Le plus inquiétant est qu’on passe des faits matériels à l’évaluation d’un comportement ; voyez par exemple le mail qui a été adressé au personnel administratif de l’Université de Cergy-Pontoise.

Avec les Gilets Jaunes, et pendant l’état d’urgence, il y avait également les militants écologistes, il y a eu une prise de conscience sur le fait que les libertés fondamentales pouvaient être touchées, que l’on soit musulman ou non. On ne peut pas accepter que la présomption d’innocence et que le principe du contradictoire disparaissent. 

Enfin, ce film, plus je le vois, plus je considère qu’il a un effet de thérapie. Que ce soit pour les personnes que nous accompagnons, mais aussi pour celle qui n’ont pas entamé d’actions. 

% commentaires (7)

La France a toujours ,sous le coup de la panique,su décréter des « lois scélérates ».
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k836767.pdf

Mon Daron … qu’est ce qui a motivé l’etat d’urgence ? un delire de poltiques facistoides , de degeneré(es) maurassiens , des proies des lobies sionistes ?, ou plutôt des politiques appeuré(es) à l’idée qu’enfin le peuple se mele de se faire justice et d’eviter que se renouvele les massacres perpetrés par l’islam dit integriste , histoire de perdurer le vivre ensemble … reponse en latin non souhaitée

La France est gentille ! Trop… pour vraiment mener le combat contre l’ennemi islamiste qui menace la nation et notre culture, la France devrait expulser sur le champ toutes les gens proches de près ou de loin des freresmusulmans et de l’idéologie salafiste (homme, femme, enfant, famille) ! Et assurer la fermeture de tous les lieux de culte liés à ces gens… sans cela nous allons vers une guerre civile !

La francophobie a encore frappé ! Et en remontant à des textes de 1893 ! Allez plutôt voir comment sont traitées les minorités musulmanes aujourd’hui en Chine, et en Inde ! La France est bien douce, malgré tous ses défauts !

Tu es un être très sensible Albert .De quelle date est la déclaration des « droits de l’Homme » déjà ? …..1789 ,n’e parlons plus alors !!!
Plus sérieusement,les textes ne sont que les stigmates d’une société et de ses spécificités.Tu ne peux découpler le présent du passé car le tout s’inscrit dans un continuum temps-historique qui se caractérise par des réflexes liés à des circonstances.Nous pouvons évoquer les lettres de cachets qui ont trouvé leur réalité « moderne » avec mise au pilori,contrôles administratifs, enfermements sur simple délation,ce qui ,au sein d’un pays qui prétend avoir inventé la rationalité est plus que paradoxal,n’est-ce pas ?
« Francologue » serait le néologisme approprié.

Qui prétend que nous vivons dans un pays parfait ? Qui prétend que la démocratie est un régime parfait ? C’est le moins mauvais disait Churchill. Malgré tous les défauts soulignés par le daron, la France reste quand même un modèle, et ceux qui la critiquent tant hésitent à la quitter. J’oserais dire « quand on la regarde on se désole, quand on la compare, on se console ! »

« La France reste quand même un modèle.. je ne retire rien. Je n’ai pas dit « LE modèle », si vous le connaissez donnez nous son nom. Cela reste une démocratie, où tous les citoyens votent au suffrage universel, où toutes les religions et idées ont le droit de s’exprimer tant qu’elles ne contreviennent pas à la loi. Il y a parfois une petite bavure ? Est ce si grave si on compare aux pays totalitaires, et parfois même totalitaires religieux. »

De quel modèle parle t-on ?
Modèle économique ? social ? éducatif ? de santé ? modèle de gouvernance ? modèle de gestion de l’altérité ? etc….
Que la France soit son propre modèle est dans l’ordre des choses ,quoi que …prendre ce qui marche ailleurs n’est pas infamant.
Ne pas confondre le modèle conceptuel,les belles idées et la réalité.
Les bavures ont été légions avec les attentats de 2015 ,ce qu’on demande aux services de sécurité c’est de distinguer le « bon grain de l’ivraie » .Quand aux pays totalitaires ,ils sont bien souvent malheureusement, soutenus par ceux qui justement, donnent des leçons de « bienséance démocratique ».Nous ne sommes plus à un paradoxe près……

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