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Non, « on ne fait pas ce qu’on veut » quand on dirige un club de sport

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Crédit photo : Nadja Wohlleben

Témoignage de Layla

Je suis étudiante de 22 ans en 3ème année d’Histoire à l’université. Depuis 2017, soit deux ans, je pratique divers sports dispensés par l’université. En effet, que ce soit en UE ou en formation personnelle, j’ai pratiqué du badminton, de la boxe française (savate), du yoga, du basket Ball, de la musculation et actuellement, je pratique du tir à l’arc. Divers professeurs, hommes et femmes ont su enseigner comme il le faut leur sport à des étudiants issus de milieux sociaux différents. Ces professeurs ont toujours fait preuve de pédagogie, ce qui est à mon sens tout à fait normal. 

Dans chacun des cours, et ce, depuis deux ans, j’ai toujours porté une tenue de sport adaptée à ces séances. Investie et très soucieuse de mon évolution sportive (antécédents médicaux qui ne me permettaient pas de pratiquer un sport plus jeune) j’ai en plus d’avoir assisté à des cours supplémentaires, investi dans du matériel afin d’être totalement à l’aise dans ma pratique (gants de boxe, chaussures de baskets spécialement conçues pour éviter de glisser au sol, veste sportive aérée et très confortable, etc…). J’ai assisté à ces cours en portant un foulard, c’est-à-dire un vêtement simple qui me permet de couvrir mes cheveux. Ledit vêtement est rangé à l’intérieur de ma veste pour un meilleur confort. Durant deux ans donc, aucun professeur n’a eu une quelconque attitude offensante vis-à-vis de ce que je porte. 

Hier, je suis allée assister à mon premier cours de boxe anglaise. J’ai toujours souhaité en faire. C’est un sport qui m’a longuement fascinée. Malheureusement ce que je vais vous raconter n’a pas du tout été chose facile. Bien au contraire, cet épisode d’hier soir a réactivé mes crises d’anxiété aiguë, ce qui m’a poussée à rater les cours de ce matin (dont un cours de musculation auquel je voulais assister).

Monsieur M., professeur de boxe anglaise accueille principalement les étudiants en médecine. Toutefois, tous les étudiants inscrits à l’université peuvent s’y inscrire. J’y suis donc allée avec mon équipement habituel à la différence près que j’avais décidé ce jour-ci de porter un turban, bien que je porte toujours un foulard en temps normal. Lorsque le professeur est entré, il nous a demandé à nous, les futurs inscrits de nous regrouper à sa droite. Chose que j’ai faite immédiatement. 

Après avoir bipé quelques cartes étudiant, je le vois me contourner. J’entends une élève derrière moi se plaindre qu’il nous ignore. J’avance encore vers lui et là, il me regarde et me dit sèchement « Attends, calme-toi, j’arrive ». Je lâche un petit rire, pensant qu’il faisait allusion à mon empressement de m’inscrire à son cours, tant j’étais excitée de pratiquer de la boxe anglaise. Mais l’attente se fait longue et je le vois faire le tour du groupe d’étudiants, sans passer par moi qui était devant quelques étudiants. Une étudiante ne comprenait pas pourquoi Monsieur M. nous contournait jusqu’à ce qu’il vienne vers moi et me dise : « Attends, toi je vais te parler après ». À ce moment-là, j’ai senti comme une boule dans mon ventre : il ne me connaît pas, ne m’a jamais vue, m’a contournée à plusieurs reprises, et me parlait déjà sèchement laissant sous-entendre qu’il devait régler quelque chose avec moi. J’ai tout de suite compris que quelque chose allait se produire. 

Même si j’ai déjà été confrontée à ce genre d’individus ayant un problème avec ma tenue vestimentaire, mes origines, mon éventuelle appartenance religieuse (car je pars du principe que personne n’est en droit de me catégoriser, de me coller une étiquette religieuse parce que je cache mes cheveux), nous sommes dans un cours dispensé par l’université, lieu dans lequel chacun est libre de s’habiller comme il le souhaite, de croire et de vivre ses croyances de façon libre tout en respectant le droit de chacun. Bref, un lieu démocratiquement ouvert à tous et à toutes peu importe, les origines géographiques, sociales, économiques et culturelles de l’étudiant/e.

Quand tous les étudiants ont été « bipés », Je viens vers lui et il me dit qu’il ne m’accepte pas à cause de mon voile. Bien que ce ne soit pas un foulard que je portais, pour moi il s’agit de la même chose : un acte discriminatoire et humiliant. On m’a refusé donc d’assister à un cours libre d’accès parce que mes cheveux n’étaient pas visibles. Lorsque je dis à Monsieur M. qu’il n’est pas en droit de m’interdire l’accès à son cours qui est régi par le règlement de l’université qui stipule que tout étudiant est en droit d’assister à un cours de sport dans une tenue exigée (et j’étais en parfaite tenue de sport), il me dit qu’il s’en fiche et qu’il fait ce qu’il veut. J’ai beau insister pour avoir les motifs de mon expulsion, il ne me les donne toujours pas.

Je lui dis alors qu’il n’y aucun soucis et que je quitterai son cours, mais que j’aurais juste besoin d’un mot qui énonce les raisons qui le pousse à me discriminer ainsi. C’est seulement après qu’il me dit « hygiène et sécurité » en soulignant qu’ici « on transpire » en sous-entendant que je ne peux pas très bien transpirer avec un turban. Concernant la sécurité, un turban et même un petit foulard rentré dans le col de ma veste, n’ont jamais gêné les cours de sport que j’ai suivis, même ceux de savate. 

S’ensuivent quelques digressions et excuses du type Nadine Morano, où il me fait savoir qu’il a un beau-fils maghrébin et un beau-fils converti. Je ne vois aucun rapport entre sa vie familiale et l’accès à son cours de sport. J’ai surtout été outrée de sa facilité à dire « je fais ce que je veux » dans un lieu qui ne lui appartient pas. D’autant plus qu’il m’a même conseillée de prendre des témoins si l’envie me prenait en montrant la direction de tous les étudiants derrière moi qui n’ont pas une seule fois réagi, pourtant il y avait foule derrière moi puisqu’il y avait une cinquantaine d’inscrits.

Ce comportement inadmissible me pousse aujourd’hui à faire valoir, non pas mes droits, mais les droits de toutes celles et ceux qui ont dû subir ce genre de discrimination dans le domaine sportif lorsque les règles de sécurité concernant la tenue de sport étaient amplement respectées.

Layla

% commentaires (1)

Ce pays est décidément la matrice mondiale de l’Islamophobie avec une dichotomie affirmée entre des textes ,des traités ,des lois qui tendent d’une part vers une reconnaissance des droits individuels et d’autres part, une ignorance assumée de ces mêmes textes permettant aux haineux de montrer leur désapprobation liberticide .Le laxisme de l’état vis à vis de ces attitudes ségrégatives ne fait que renforcer un sentiment d’impunité qui génère cette ambiance détestable que l’on ne trouve qu’en France ,comparativement aux autres pays européens.

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