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Lutter contre l’extrémisme

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Jeudi 3 octobre, une attaque d’une violence inouïe a eu lieu à la Préfecture de Police, et a causé la mort de quatre policiers : Aurélia, Damien, Brice et Anthony. 

Aujourd’hui, l’enquête a permis de préciser les motivations de l’assaillant Mickaël H., et la piste terroriste est désormais privilégiée. Il ne s’agit donc plus d’un « fait divers » comme l’ont qualifié d’abord certains médias, mais d’une affaire nationale qui inscrit cet acte dans l’histoire tragique des attentats qui ont touché notre pays.

Certains attendent un communiqué du CCIF, et une réaction de notre part face à ce drame. Bien que nous soyons contre la logique qui somme les musulmans de se dédouaner des actes commis au nom de leur religion, et bien que nous ne soyons d’ailleurs pas une organisation religieuse, nous revendiquons le droit au deuil, comme nous l’avons fait pour les attentats de 2015 et 2016. 

Ce deuil demande un silence, et demande que l’on soit prudent afin de se poser les bonnes questions quant à cet événement. Il demande aussi de comprendre qu’un grand nombre de nos concitoyens de confession musulmane sont doublement atterrés par ce qui s’est passé : d’abord par la violence de l’acte en tant que tel, et ensuite d’apprendre que son auteur est de confession musulmane et qu’il aurait agi au nom de leur religion. 

Le silence de leur deuil est ainsi tiraillé entre l’adhésion à l’émotion nationale et l’appréhension du regard qui va être porté sur eux dans les mois à venir. Cela peut les positionner dans une attitude défensive, depuis laquelle ils n’oseraient plus manifester leur sentiment le plus humain dans ce type d’événement : l’expression des condoléances aux familles, proches et collègues des victimes de cet acte criminel odieux. Il nous faut collectivement franchir ce pas, et l’exprimer du fond de notre humanité et de notre fraternité.

L’ennemi intérieur

Les attentats de 2015 ont eu lieu il y a quatre ans, et l’état d’urgence a montré l’atmosphère de suspicion dans laquelle tout un pays pouvait se plonger, construisant consciemment ou pas, l’idée d’un ennemi intérieur dans le pays. L’attaque à la Préfecture de Police peut être lue comme la métaphore extrême de ce fantasme, puisque Mickaël H. a attaqué ses propres collègues dans un service précisément destiné à lutter contre le terrorisme : la radicalisation religieuse serait ainsi capable de transformer tout être en possible infiltré. 

C’est l’idée inavouée des 2700 perquisitions qui ont eu lieu entre le 14 novembre et le 14 décembre 2015 : toute personne de confession musulmane fonctionnaire ou qui détenait un poste à responsabilité (un badge délivré par la préfecture, voire un secret-défense) devait être immédiatement écartée si celle-ci observait une pratique religieuse considérée comme radicale. Sauf que les centaines de dossiers que nous avons traités pendant cette période montrent que la définition de la radicalité est, selon les préfectures, très aléatoire. Cela peut se baser sur des éléments sérieux (comme l’apologie du terrorisme, ce qui fut visiblement le cas de Mickaël H. concernant les attentats de Charlie Hebdo ; sachant que ceci relève de la radicalité politique et non religieuse) comme sur des éléments très douteux : la pratique de la prière, du jeûne, la lecture du Coran, etc. En somme, la pratique religieuse la plus banale, lorsqu’elle était observée avec assiduité, construisait l’idée du musulman qui serait « prêt à tout pour son Dieu », au détriment donc du pays et des principes les plus basiques du respect de la vie humaine. 

Aujourd’hui, cette attaque va malheureusement nourrir la haine de ceux qui pensent que les musulmans sont un ennemi intérieur, et ceux qui excellent dans la manipulation des peurs ne vont pas se priver d’utiliser cet argument. Une semaine après le discours de Zemmour, certains ont eu le culot de prétendre que cette attaque lui donne raison, et que toutes les personnes qui appellent aujourd’hui à ce que Zemmour soit considéré pour ce qu’il est — un délinquant condamné pour incitation à la haine raciale à qui il ne faut plus donner la parole — devraient plutôt le réécouter et admettre qu’il a raison. 

Or nous voyons justement (et le fait que Zemmour ait déclaré en 2015 respecter « des gens prêts à mourir pour ce en quoi ils croient » n’est pas anodin) qu’il y a une sérieuse connivence entre l’extrémisme de Zemmour et celui des djihadistes : en plus d’avoir une même lecture littéraliste et violente des textes religieux (en prétendant pouvoir définir ce qu’est le « vrai islam »), ils ont pour objectif de susciter les haines, diviser le pays en deux camps, et faire l’apologie de la mort tout en préparant la guerre civile. Il nous reste alors deux solutions :

— Continuer d’alimenter l’extrémisme de la haine à l’égard des musulmans, et emmener le peuple français vers un réveil fasciste qui conduira nécessairement à la guerre civile.

— Refuser de criminaliser la religion musulmane et reconnaître que le passage à l’acte violent n’est pas que la conséquence d’une lecture religieuse, mais également le fait de plusieurs paramètres qui conditionnent l’être vers la folie de l’acte irréparable. 

En effet, il a été démontré qu’il existe une corrélation entre radicalisation et islamophobie. Nous défendons cette idée, et nous rappelons que la radicalisation violente n’est pas un phénomène intrinsèque à la religion musulmane ; sinon notre pays serait détruit depuis des décennies. De même, nous savons aujourd’hui que la manière dont a été mené l’état d’urgence a pu provoquer un ressentiment vis-à-vis de l’État qui n’existait pas chez celles et ceux qui ont été violemment perquisitionnés et licenciés.

Enfin, s’il existe effectivement un danger dans certains discours religieux extrémistes, nous sommes convaincus que la lutte contre la radicalisation passe aussi (mais pas seulement ; il faut également prendre en compte les facteurs politiques, sociaux et psychologiques) par la lutte contre l’islamophobie, qui est une lutte contre l’extrémisme et pour l’installation d’un climat de confiance à l’intérieur du peuple français. Nous continuerons cette lutte.

% commentaires (1)

La piste « terroriste » n’est plus privilégiée. Tout ça pour ça !!!
Ne serait-il pas temps de déconstruire les concepts « d’extrémisme »,de « radicalisme » afin de baliser un terrain miné par une sémantique frelatée.

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