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Les connexions qui conduisent à la haine

La Convention de la droite qui s’est tenue le samedi 28 septembre a ouvert la voie à un spectacle de haine sans précédent : les propos, mais également le dispositif et le ton ambiant de ce meeting ont clairement été formulés, sous les applaudissements de la majorité des participants, comme une déclaration de guerre aux personnes de confession musulmane. Le discours d’Éric Zemmour, alors qu’il a été condamné il y a quelques semaines pour incitation à la haine des musulmans, a été relayé par LCI, qui s’est ainsi posée comme le porte-voix d’un idéologue qui veut susciter la guerre civile dans notre pays.

Excédés par la banalisation et la retransmission de ces discours de haine, nous avons publié, le soir du 29, un schéma qui montre les connexions entre le discours d’Éric Zemmour et un ensemble de thèses et de propos défendus par des personnalités de gauche comme de droite (jusqu’à l’ultradroite). Nous avions appelé d’abord ce schéma « Le réveil fasciste en France », voyant dans ce grand écart entre une certaine gauche et l’ultradroite (fachosphère) une préfiguration du fascisme, comme l’avait noté en 2015 Emmanuel Todd, en parlant du passage à l’extrême-droite de l’hebdomadaire Marianne

À cela s’ajoutaient les étranges applaudissements au moment où Éric Zemmour disait :

Dans les années 30, les auteurs les plus lucides qui dénonçaient le danger allemand comparaient le nazisme à l’islam — et personne ne leur reprochait de stigmatiser l’islam. À la limite, beaucoup trouvaient qu’ils exagéraient un petit peu. « Bien sûr, disaient-ils, le nazisme est parfois un peu raide et intolérant, mais de là le comparer à l’islam »

Suite aux questionnements de certains de nos adhérents, qui ont craint qu’on ait pu être un peu trop dans la provocation, nous avons retiré ce schéma et nous le republions aujourd’hui avec un titre plus objectif, qui décrit avec plus de précision la problématique de notre propos :

La question, tout le monde l’a posée : comment quelqu’un qui a été condamné pour incitation à la haine peut-il se voir offrir une tribune sur CNews et sur LCI ? Quels sont les mécanismes qui rendent ces chaînes mainstream aveugles à l’incitation à la haine ?

Le schéma est clair, et nous avons dans les jours et semaines à venir, l’intention d’apporter des précisions et des démonstrations sur les connexions que nous dénonçons. Cela dit, une introduction sommaire pourrait donner quelques premières pistes de réflexion :

Sur le rapprochement entre foulard et terrorisme

Le débat a été remis sur la table il y a quelques jours, et nous n’allons pas y revenir. Mais simplement rappeler que ce rapprochement entre foulard et terrorisme, en plus d’être complètement ridicule (des millions de femmes musulmanes dans le monde portent le foulard et n’ont strictement rien à voir avec le terrorisme ; elles en sont parfois même les victimes), provoque à la discrimination des femmes françaises de confession musulmane, qui sont déjà énormément marginalisées dans toutes les étapes de leur vie. Une partie non négligeable de notre travail consiste à défendre les droits de ces femmes, et cela nous affecte particulièrement que soit répandue et assumée l’idée que ces femmes cacheraient des desseins violents.

Sur la colonisation de la France par les musulmans

C’est sans doute l’objet central de l’intervention d’Éric Zemmour, qui adopte très exactement la rhétorique de l’ultradroite armée (qui se prépare à la guerre civile). Cette idée, qui suit la théorie du grand remplacement de Renaud Camus, est celle qui a nourri le terroriste de Christchurch lorsqu’il a froidement tiré sur un groupe de personnes de confession musulmane. Ce jour, et les jours qui ont suivi, on a vu certaines personnes citées dans ce schéma passer plus de temps à récuser le terme « islamophobie » qu’à reconnaître qu’il existe une haine antimusulmane (peu importe le nom qu’on lui donne), et que celle-ci a également été théorisée en France. C’est pourquoi nous tenons également pour responsables un certain nombre de rédactions, de continuer à livrer une pensée unique quant à ces questions. Parler de colonisation dans un contexte post colonial relève d’un ridicule qui, paré de quelques formules rhétoriques (des djellabas assimilées à des uniformes nazis…), provoque une nouvelle fois la haine contre celles et ceux envers qui était déjà exprimée une islamophobie historique et coloniale.

Sur l’amalgame entre islam et islamisme

Il fut un temps où, à chaque fois qu’un polémiste voulait critiquer certains comportements religieux, il prenait la peine de différencier l’islam et de l’islamisme, ce qui lui permettait de ne pas stigmatiser des millions de ses concitoyens de confession musulmane. En quelques années, et notamment après les attentats de 2015, un glissement sémantique s’est opéré dans le débat public, et on a de plus en plus ciblé l’islam en tant que tel, prétendant qu’il serait intrinsèquement violent et intolérant. C’est ce que Zemmour fait lorsqu’il dit qu’il y a un seul vrai islam (paraphrasant les terroristes de Daech) et que les musulmans dits « modérés » (c’est-à-dire non violents) seraient en fait de faux musulmans. Comme notre travail se concentre sur la discrimination des personnes de confession musulmane, nous n’avons pas accordé d’importance à ce glissement, mais il accélère indéniablement ce passage « de la gauche à l’extrême-droite » puisqu’il généralise l’essentialisation d’une religion en projetant sur ses fidèles des caractéristiques construites dans des milieux peu propices à l’ouverture d’esprit (comme cette convention par exemple).

Le CCIF cible des personnes ? 

Certaines personnes dont nous dévoilons les troublantes connexions idéologiques ont très vite crié au scandale, nous accusant de les « cibler ». Nous n’avons en réalité fait qu’un travail d’analyse des discours, qui peut être prouvé point par point, comme nous l’avons toujours fait. Notre site web est effectivement alimenté d’articles qui dénoncent des propos racistes et islamophobes (au moins une dizaine par an, où les personnes mises en cause sont citées), et nous avons été au tribunal quand les propos tombaient sous le coup de la loi. Nos « zappings » vidéo suivent également la même logique.

En réalité, ce qui gêne plutôt, c’est la mise en connexion, la schématisation, parce que celle-ci possède une force de clarification que celles et ceux qui jouent des doubles jeux veulent camoufler. Il ne s’agit pas d’amalgamer, mais d’établir des résonances. Ce que révèle cette accusation à notre encontre, c’est surtout l’image que certains idéologues (qui nous appellent encore et toujours les « islamistes du CCIF ») veulent donner de nous : nous serions une officine de l’extrémisme qui serait capable, en une publication, de commanditer des actes de violence. Non. Cela suffit.

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