BP 21 50 AVENUE DU PRÉSIDENT WILSON 93213
01 49 21 22 22

Vers une criminalisation de la prière musulmane ?

#

Vendredi 20 août, des militaires ont brusquement contrôlé et fouillé un groupe de musulmans qui faisaient la prière de l’aube à bord du Corsica Lina, qui relie Bastia à Marseille. Un lourd dispositif de perquisition qui a brutalisé à la fois le groupe et les spectateurs de la scène.

Selon France 3 (Corse Viastella), les témoins de la scène n’ont pas compris ce qui se passait : 

« J’ai eu plus peur de l’intervention des forces de l’ordre que du groupe de musulmans qui voyageait à côté de moi. Les pauvres, ils avaient été impeccables tout le long du trajet. C’est vrai qu’ils restaient entre eux, comme une micro-communauté, mais ils ne m’avaient pas inquiété une seconde… Une intervention comme cela, en revanche, c’est un coup à devenir parano. Ça m’a vraiment secoué, et l’idée de prendre le bateau du retour pour rentrer chez moi, et de dormir au même endroit, ça me fait bizarre, j’ai une espèce d’appréhension. »

Dans la France post état-d’urgence, la banalisation de l’islamophobie a enclenché un vaste mouvement de criminalisation de la pratique religieuse la plus simple (en l’occurrence la prière). La vue de cette pratique, qu’elle soit discrète ou non (dans le cas de ce bateau, ce petit groupe priait discrètement dans le noir), semble déclencher chez certains une inquiétude qui fait un lien douteux entre le rite spirituel et l’acte de terreur, lien qu’on trouve malheureusement construit à travers les représentations médiatiques et cinématographiques du rite musulman.

Les signalements sur la plateforme de radicalisation et les dénonciations calomnieuses que nous traitons lors des affaires de perquisitions et d’assignations à résidence font souvent état de ces pratiques (la prière, le jeûne, la lecture du Coran, etc.). Il est important de changer ce regard sur le rite musulman, et de comprendre qu’un grand nombre de personnes de confession musulmane font la prière quotidienne (cinq fois par jour), qu’un nombre encore plus grand observe le jeûne du Ramadan, et que trouver un Coran dans la bibliothèque, le casier ou sur la table de chevet d’un musulman est on ne peut plus normal

Dans ce type d’incident, on constate que c’est l’intention qui est traquée et pénalisée, et non plus l’acte ou l’élément matériel. Ce n’est qu’en basant leurs enquêtes sur de vraies pistes, notamment sur des discours haineux et violents, que les forces de l’ordre ont pu et pourront déterminer une véritable forme de radicalisation dangereuse.

Ecrire un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.