BP 21 50 AVENUE DU PRÉSIDENT WILSON 93213
01 49 21 22 22

Bensoussan définitivement relaxé, Zemmour définitivement condamné, et promu sur Cnews

#

Deux décisions de la Cour de Cassation qui sont tombées à peu près en même temps, et qui ont en commun des propos attaqués car ils ont été considérés comme incitant à la haine. Le jugement est pourtant différent. Analyse.

Les propos en question

Georges Benoussan :

« Nous sommes en présence d’un autre peuple qui se constitue au sein de la nation française, qui fait régresser un certain nombre de valeurs démocratiques qui nous ont portés ».

« C’est une honte que de maintenir ce tabou, à savoir que dans les familles arabes en France et tout le monde le sait mais personne ne veut le dire, l’antisémitisme on le tète avec le lait de la mère ».

Eric Zemmour :

« Nous vivons depuis trente ans une invasion, une colonisation, qui entraîne une conflagration »

« Dans d’innombrables banlieues françaises où de nombreuses jeunes filles sont voilées, c’est également l’islam, c’est également du djihad, c’est également la lutte pour islamiser un territoire qui n’est pas, qui est normalement une terre non islamisée, une terre de mécréant. C’est la même chose, c’est de l’occupation de territoire ».

Pourquoi l’un a été condamné et pas l’autre ?

Si Zemmour a été condamné en première instance, en appel et en Cour de cassation, c’est parce qu’on peut lui reconnaître de n’avoir pas été ambigu dans ses propos : son idée, il l’a confirmée en soulignant : « Je pense qu’il faut leur donner le choix entre l’islam et la France », chose que n’a pas osé faire Georges Bensoussan, bien que tout son propos, depuis déjà son ouvrage Juifs en pays arabes, le grand déracinement, soit de démontrer que le monde arabo-musulman est, par essence, dominé par des idées antidémocratiques dont découlerait la haine des Juifs.

À la lecture de la décision de la Cour de cassation, on constate que Georges Bensoussan s’en est sorti précisément parce qu’il a réussi à démontrer que « l’autre peuple » dont il parle ne désigne pas les musulmans (ni même les musulmans pratiquants), mais les « salafistes ». Qu’est-ce qu’un salafiste ? On ne le saura pas vraiment, mais, comme un serpent qui se mord la queue, ce sera sans doute les « musulmans qui veulent faire régresser les valeurs démocratiques de la nation française » :

« Les juges en déduisent que l’auditeur comprend ainsi que les propos, tels qu’illustrés par cet exemple, ne s’appliquent pas à tous les musulmans de France, ni même aux « musulmans croyants et pratiquants » évoqués postérieurement, mais à ceux qui se trouvent dans les territoires où les musulmans sont nombreux et salafistes. » (Décision de la Cour de Cassation)

On retrouve ici la même rhétorique que Zemmour, qui parle de la France en termes de territoires, réactivant un langage colonial qui inverse le problème, tout en adhérant à la thèse du grand remplacement et des « territoires perdus de la République » tels que les nomme Bensoussan dans l’ouvrage qu’il a dirigé en 2002.

Quant à la deuxième citation, Bensoussan s’en sort en plaidant le fait qu’il ne désignait pas toutes les familles arabes, alors que par ailleurs son soutien Alain Finkielkraut vantait les vertus de la généralisation en philosophie : « qui pense conceptualise, qui conceptualise généralise ». On s’excuse alors de n’avoir pas compris, ignorants la langue française, que M. Bensoussan était en train de philosopher et conceptualiser le problème des familles arabes en France.

Si Bensoussan a été relaxé, alors qu’il était également attaqué par la LDH et la Licra, ce n’est pas, comme le prétend Barbara Lefebvre, parce que les juges ont voulu défendre la liberté d’expression, mais plutôt parce que l’historien est revenu sur ses propos, les a précisés et orientés dans un sens plus nuancé : il ne parlerait pas de tous les musulmans, et ne parlerait pas de toutes les familles arabes, et dès lors ses propos ne tomberaient plus sous le coup de la loi.

Et pourtant, les premiers destinataires d’une émission radio ne sont pas les magistrats, ni même des universitaires amenés à débattre du propos, mais bien les auditeurs, musulmans, juifs, croyants, non croyants, qui écoutent la manière dont leurs relations sont problématisées et fantasmées dans les médias. Pour eux « les familles arabes » veut dire « les familles arabes ».

Une victoire de la liberté d’expression ?

Celles et ceux qui se victimisent aujourd’hui en disant qu’ils ne peuvent plus rien dire sur l’islam et les musulmans sont les personnes qui sont pourtant les plus visibles sur les plateaux télévisuels pour y déverser leur haine. La liberté d’expression n’a jamais été aussi grande qu’aujourd’hui, en particulier en ce jour où Éric Zemmour, qui vient d’être condamné pour incitation à la haine, est également propulsé sur la chaîne CNews.

La liberté d’expression n’a strictement rien à voir avec l’incitation à la haine. Inciter à la haine des musulmans, c’est un délit. Nous continuerons de lutter contre ces incitations, bien que nous ayons de plus en plus de difficulté à gagner les affaires qui mettent en jeu la liberté d’expression, largement sacralisée notamment après l’attentat qui a touché la rédaction de Charlie Hebdo (Laurent Bouvet a encore récemment évoqué « l’esprit Charlie » pour justifier son rapprochement entre femme qui porte le foulard et terroriste).

À défaut de porter une voix contradictoire à l’intérieur des plateaux communautaristes qui parlent des musulmans sans les écouter, il faudra donc soutenir et développer des médias alternatifs.

Ecrire un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.