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Pourquoi comparer le voile à une croix gammée est abject ?

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La question ne devrait même pas se poser, mais en 2016, Céline Pina avait osé comparer le voile à un brassard nazi, sans provoquer de réaction sur le plateau. C’était déjà le signe d’un saut énorme dans la banalisation de la parole islamophobe dans les médias, et nous l’avions dénoncé tout en espérant que cette comparaison abjecte ne puisse plus se faire et encore moins avoir d’effets sur la vie quotidienne des femmes qui portent le foulard.

Or en juin dernier, lors d’un entretien d’embauche pour une plateforme de téléconseil, Houda (le prénom a été changé), qui s’était présentée avec son foulard, est informée par la responsable de plateau qu’il faudra qu’elle l’enlève si elle veut travailler. Rappelons-le : c’est une plateforme de téléconseil, donc tout se fait par téléphone et l’argument de la neutralité lors du contact visuel avec la clientèle ne peut tenir la route.

Passons, car ce n’est malheureusement pas le plus grave. Lorsque Houda demande des explications sur cette mesure, la responsable de plateau lui assène, de manière odieuse : « Votre présence dans l’entreprise, c’est la même chose que si c’était quelqu’un qui se promenait avec la croix gammée, vous comprenez ? ». Face à cette agression verbale, Houda est bouleversée, et répond qu’elle est outrée de cette comparaison. La responsable de plateau lui dit alors de partir.

Nous avons discuté avec Houda, et bien qu’elle prenne aujourd’hui cet discrimination à l’embauche avec beaucoup de détachement, elle ne souhaite pas en rester là : « La responsable a balancé sa phrase et elle est partie vivre sa vie, tranquille. Je veux qu’elle se rende compte que ses propos sont gravissimes ».

Le témoignage de Houda est essentiel aujourd’hui pour comprendre ce que vivent au quotidien les femmes qui portent le foulard :

« Des situations d’islamophobie à cause du voile, j’en ai vécues plein. Et je n’ai jamais appelé le CCIF. Mais aller jusqu’à me comparer au nazisme, ça je n’ai pas supporté. Et le fait qu’on n’arrête pas de mentionner la liberté de la femme pour m’interdire de m’habiller comme je le veux, c’est ridicule. En quoi ai-je demandé l’avis des gens sur ce que je fais ? Oser parler de féminisme après cela, ça me choque. »

Nous sommes là face à un exemple concret des effets pervers que peuvent avoir les propos islamophobes dans l’espace médiatique, et en particulier ceux qui manipulent l’Histoire pour renverser le système de valeur et présenter les victimes comme étant les bourreaux (et inversement). Nous avions déjà démontré que les positions de Céline Pina avaient d’étranges résonances avec celles des sites fascistes, notamment lorsqu’elle avait fait une tribune pour censurer un colloque sur l’islamophobie.

Lorsqu’on étudie un tant soit peu l’Histoire d’Europe, on se rend compte que s’il existe des correspondances à établir entre notre époque et celle des années 30, c’est justement sur la manière dont les juifs à l’époque et les musulmans aujourd’hui ont été construits politiquement et médiatiquement comme un problème dans les sociétés européennes. Inverser le problème et attribuer aux femmes musulmanes qui portent un foulard — qui sont en réalité marginalisées au quotidien par la société — une prétendue puissance dominante relève de l’abjection la plus totale.

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