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Des footballeuses qui portent le foulard ?

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Dans le cadre de la coupe du monde féminine de football, le réseau Fare, qui lutte contre les discriminations dans le foot, a organisé une série d’interventions autour de l’égalité dans le sport. Notre juriste, Mariem Sabil, docteure en droit, y a fait une intervention lors de la table ronde intitulée « Combattre pour l’égalité – l’interdiction du hijab et les femmes musulmanes dans le football », aux côtés notamment de Shireen Ahmed, militante pour les droits des femmes dans le sport, de la sociologue Fatiha Ajbli, de Rim-Sarah Alouane, chercheuse et commentatrice des droits de l’homme et de Pauline Metais, juriste à l’Observatoire de la laïcité.

Photo prise par Jehan Lazrak-Toub

En préambule de la table ronde a été évoquée d’abord une différence fondamentale entre la position de la FFF et celle de la FIFA (Fédération Internationale de Football) : en effet, la FIFA a levé en 2014 l’interdiction du couvre-chef pour les matchs de football internationaux, de quoi rappeler les grandes valeurs sportives d’ouverture et de partage, promues par d’autres fédérations sportives et même olympiques.

Sarah Attar, 800 mètres aux jeux olympiques de Londres

Après avoir expliqué que l’islamophobie en France était un racisme genré (qui vise principalement les femmes) et que ce racisme émane principalement des institutions et des administrations, Mariem Sabil a expliqué le rôle quotidien du CCIF dans la lutte pour l’égalité, dans un contexte où la laïcité (qui devrait être synonyme de liberté) est instrumentalisée à des fins discriminatoires.

C’est dans un tel contexte que s’inscrivent les décisions de la FFF, mais également, et cela touche toutes les citoyennes musulmanes qui portent un foulard : la fameuse polémique autour du hijab de running de Decathlon, les salles de sport, les clubs de sport et le sport à l’université, qui constituent la majorité des cas que le CCIF traite (voir à ce sujet la fiche pratique sur les signes religieux dans les salles de sport).

L’argument de la FFF est connu, et c’est celui qui a animé les polémiques autour des sorties scolaires : elle rappelle « son souci de respecter les principes constitutionnels et législatifs de laïcité ». Or, comme l’a rappelé Mariem Sabil lors de son intervention, le Défenseur des Droits a réaffirmé dans le dernier rapport de la CNCDH que toute femme a le droit d’accéder aux activités sportives de son choix, quelle que soit sa confession religieuse, et que le principe de laïcité ou de neutralité ne saurait être invoqué à l’encontre des clients et usagers de tels biens et services. La CNCDH rappelle par ailleurs que contrairement à ce que certains tentent de faire croire, « plus la personne est hostile à l’islam, moins elle est attachée au principe de laïcité, moins elle est encline à défendre les droits des femmes ».

Prétendre défendre la laïcité et le droit des femmes par des mesures qui discriminent les femmes musulmanes portant un foulard, c’est donc aller à la fois à l’encontre des libertés religieuses rendues possibles par le principe de laïcité, et à l’encontre du droit élémentaire des femmes de s’habiller comme elle l’entendent. Le sport comme espace d’épanouissement du corps est remis en cause par ces règles qui prétendent, encore une fois, libérer les femmes malgré elles. Il est important d’interpeller la FFF et la FIFA sur ces points, afin que puisse se maintenir cette évolution vers plus d’égalité dans le sport.

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