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Discrimination et islamophobie , Abdallah* écarté par le rectorat de Dijon pour un “sentiment de malaise”

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Abdallah*, 25 ans est professeur de physique-chimie. Fin novembre 2018, au moment du renouvellement de son contrat, le rectorat de Dijon a décidé de l’écarter. La raison invoquée ? “Un sentiment de malaise”.

L’enseignant occupait le poste en remplacement d’une enseignante en congé maternité. “Mon contrat avait déjà été renouvelé par le passé et tout se passait très bien”, résume-t-il. Abdallah* est un enseignant soucieux de donner le meilleur de lui même pour ses élèves. D’ailleurs, dans un rapport, le proviseur du collège où Abdallah enseigne ne tarit pas d’éloges au sujet du professeur.

Alors d’où vient ce “sentiment de malaise” ? La direction explique que le jeune professeur s’est renseigné sur deux points auprès d’employés du collège. Le premier, l’heure d’ouverture de l’établissement et le second, l’heure de l’activation de l’alarme intrusion. Abdallah explique, “j’ai demandé la clé à l’intendante car dans l’établissement où je travaillais précédemment je disposais des clés ce qui me permettait de venir plus tôt pour préparer mes travaux pratiques. En ce qui concerne l’alarme intrusion je me souviens très bien avoir demandé à un agent d’entretien à quelle heure cette dernière s’activait car j’avais de nombreuses copies à corriger et j’allais rester tard”.  Il est utile de rappeler ici que le jeune professeur habite à près de 50 km du collège, ce détail peut paraître anodin mais Abdallah, qui fait du covoiturage, dépend des horaires de ces services et arrive parfois très tôt, raison pour laquelle il souhaitait accéder à l’établissement pour préparer ses travaux pratiques.

Les deux employés du collège décident de faire remonter l’information au proviseur qui prend la décision, le 9 novembre novembre 2018, de faire un signalement au gendarme référent de l’établissement. Le proviseur enverra également un rapport au rectorat le 28 novembre.

Ainsi, le 1er décembre, soit seulement deux jours après l’envoi du rapport par le proviseur, Abdallah reçoit un courrier du rectorat l’informant que sa collaboration prend fin et ne sera plus renouvelée. De plus, il apprend qu’il ne sera plus recruté au sein des collèges et lycées de l’Académie de Dijon.

Abdallah n’a, à aucun moment, eu l’occasion de s’expliquer avec le rectorat ou avec le proviseur contrairement à ce qu’annonce ce courrier. D’ailleurs, le proviseur va même aller jusqu’à nier savoir pour quelle raison Abdallah n’a pas été renouvelé. “Je l’ai cru quand il m’a dit qu’il ne savait pas, mais après avoir contacté le rectorat et avoir été informé du rapport je lui ai demandé directement, il a tenté une nouvelle fois de nier avant que je ne le mette devant le fait accompli en lui annonçant que le rectorat m’avait parlé de son rapport”, explique Abdallah.

La décision du rectorat signe une mise au chômage indéfinie pour Abdallah dont le dossier est marqué au fer rouge.

Interrogé par Mediapart dans le cadre de cette affaire, le syndicat des professeurs Snes FSU Côte-d’Or parle de “motifs un peu légers” et résume, “là ça ne tient pas debout, ce n’est pas acceptable”.

Source : article Mediapart “Ecarté par le rectorat de Dijon, un enseignant estime avoir été discriminé”

Abdallah a décidé de saisir le CCIF et nous dénonçons avec la plus grande fermeté les procédés du rectorat de Dijon. Cette mise au placard est claire, tout autant que la discrimination à laquelle fait face Abdallah. Le CCIF va soutenir le jeune professeur dans ses démarches.

Ces types de signalements infondés sont extrêmement dangereux pour notre société car arbitraires et ne reposant sur aucune considération objective. Le seul tort du jeune enseignant est d’être d’origine nord africaine avec un nom à consonance maghrébine et donc sous-entendu musulman.

Le rapport du proviseur fait état d’un professionnalisme et d’une rigueur sans pareil, reconnaissance professionnelle qui n’a pas fait le poids face aux amalgames faciles et aux interprétations fantaisistes de demandes pourtant légitimes d’un enseignant consciencieux. Abdallah a à coeur de faire réussir ses élèves et ne souhaite que reprendre son travail d’enseignement. “J’ai été dépassé par les évènements dans un premier temps, puis finalement j’ai compris que j’étais victime d’islamophobie simplement. Je ne vais pas laisser passer ça, toute cette affaire repose sur une peur irrationnelle des musulmans. On fait peser des soupçons sur moi et c’est très grave.”.

Me Ben Hadj Younes, l’avocate de Abdallah* revient sur les faits et souligne que la note rédigée par le proviseur de l’établissement ne repose sur rien. “Il n’y a aucun commencement de preuve au sujet du soupçon qu’aurait pu avoir le proviseur, il n’y a aucun élément objectif, rien du tout.” Une procédure administrative afin d’annuler la décision du rectorat est en cours et une plainte va également déposée. Parallèlement, le Défenseur des Droits a été saisi.

N’hésitez pas à adresser des messages de soutien à Abdallah. L’islamophobie est une réalité qu’il faut combattre.

*Prénom modifié

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% commentaires (8)

Tous mes voeux de réussite, la justice et la vérité sont de votre côté cher professeur.

Il ne faut surtout pas laisser passer ce genre de discrimination il en vas de l avenir de nos enfants.. De tout cœur avec ce jeune professeur restez fort face à ces personnes dénués de moralité . Et bravo au CC IF qui fait un travail remarquable

Salam alikoum. Vraiment navré de ce qui vous arrive. Une fois de plus un membre actif et productif de la société est écarté en raison de ses origines, de sa religion. Qu’Allah vous facilite dans votre lutte et vous accorde une chose encore meilleure que ce qui vous a été retiré.

Salam aleykoum. Je tiens à envoyer tout mon soutien et à faire part de ma compréhension totale pour la situation actuellement vécu par cet enseignant. En tant qu’étudiante en M1 ayant pour objectif de me diriger vers l’enseignement, ce genre de situation m’inquiète réellement. C’est une honte.

Tout mon soutien à Abdallah. Non à l’injustice et à l’islamophobie.

Mes voeux de justice pourque votre droit soit restitué dans les plus brefs délais. Que votre dignité soit préservée. Je vous souhaite cher professeur une bonne continuation dans votre travail en tant d’enseignant de nos futurs talents dont la France compte pour rester forte dans toute sa mixité et ses valeurs multiculturelles. Nous sommes tous ici pour vous soutenir contre cette injustice.

Bonjour , Bon courage à vous, on est avec vous Abdellah. C est une honte pour le pays qu’est la France, pour le Rectorat car malgré tout c est choquant nous nous trouvons dans l’Education Nationale . Un amalgame évident est fait et une islamophobie qui saute aux yeux . Vraiment dur. Vous travaillez, aimez ce que vous faites . Ne perdez pas votre motivation et nous sommes de tout cœur avec vous. Nous sommes Français , de ce fait nous avons des devoirs et vous l’avez bien montré mais aussi et surtout des DROITS.

Bonjour
L’islamophobie est assez évidente, pour ceux qui ont les yeux ouverts. Par contre le statut des profs contractuels est un statut de « prof jetable ». Les contractuels ne bénéficient pas toujours de renouvellement ou demeurent parfois dans l’interminable attente d’être contactés pour du travail. Socialement, ils sont beaucoup moins protégés que les profs certifiés, ce qui rend le combat plus difficile en cas de conflit avec la direction de l’établissement. Je relève donc deux problèmes dans le cas de ce jeune prof :
1) l’abus de pouvoir du rectorat -> Abdallah* peut aller aux prud’hommes
2) l’islamophobie, qui sera moins évidente à démontrer, en l’absence d’insultes explicites ou de menaces.
La France a besoin de profs et voilà comment ils sont traités. Abdallah* ne doit pas se décourager, il est encore jeune alors j’espère qu’il envisage de passer le CAPES, une des meilleures options pour devenir titulaire. Je lui souhaite bon courage.

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