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Le chantage islamophobe, ça paye

Depuis quelques jours, l’extrême droite et ses perroquets à la fausse conscience républicaine s’agitent autour d’un colloque sur l’islamophobie, initialement prévu à l’université de Lyon 2 ce 14 octobre.

C’est d’abord sur les réseaux sociaux que la polémique est initiée, avec des comptes twitter comme @F_desouche, @Sizbak (Jean Paul Ney sous pseudo, maintes fois condamné par la justice et radié de Twitter) et les habituels groupes identitaires d’extrême droite, qui visent Jean Louis Bianco et l’Observatoire de la laïcité, dont une contribution devait être lue au colloque sur le sens et les applications de la loi de 1905.

Sans tarder, des militants se revendiquant « laïques » leur emboîtent le pas, comme ils le font à chaque fois, en convergence avec l’extrême droite, dès qu’il s’agit de viser des musulmans sous couvert de « valeurs républicaines » et de « laïcité », des concepts qu’ils dévoient de leur sens initial pour recoder leur racisme et le rendre presque acceptable.

Sans surprise, il n’aura pas fallu plus de 48h à Céline Pina pour se fendre d’une longue logorrhée sur le site du Figaro Vox, s’attaquant à tous les participants au colloque et cherchant à les mettre en cause, sans le moindre début d’argument valable, si ce n’est une vaine compilation de tous les hoax et calomnies qu’elle aura pu trouver dans les caniveaux de la fachosphère, sans même avoir la courtoisie d’en créditer les si peu avouables auteurs.

Chaque participant au colloque pourra assurément répondre si le souhaite. Le CCIF se contentera de déplorer, pour ce qui le concerne, le manque de renouvellement et de créativité de Mme Pina, qui nous accuse une nouvelle fois d’être liés aux Frères Musulmans.

Spoiler : le CCIF (ni aucun de ses membres) n’a jamais fait partie de ce mouvement, dans le passé comme dans le présent. Mais il semble que ce type d’accusation soit proféré à toute personne ne partageant pas les points de vue de Mme Pina et consorts, ce qui explique notamment la violence et l’outrance des accusations portées contre Jean Louis Bianco, Nicolas Cadène ou même la direction de l’université, accusée d’accueillir un nid d’islamistes radicaux, là où les organisateurs comme les participants croyaient assister à une journée de travail sur une forme de racisme contemporaine, à propos de laquelle il s’agissait de débattre et d’échanger, sur le diagnostic comme sur les moyens de l’endiguer, en respectant des points de vue parfois très différents, sur le rôle de l’Etat notamment dans la continuation et l’action, face à des discriminations devenues parfois structurelles.

Après avoir comparé le foulard des femmes voilées à un brassard nazi, après avoir été bannie de tous les partis et expulsée des réunions d’En Marche pour la gravité de ses idées et de ses propos, il n’est pas étonnant que Céline Pina poursuive sa déchéance en se liant, de manière désormais ouverte, à des activistes de la fachosphère.

Il est non moins étonnant que ce type de propos soit publié sur Figaro Vox. L’espace « vox » du Figaro sert depuis plusieurs années maintenant de refuge à des pans entiers de la pensée la plus réactionnaire et raciste qui soit, sous forme de blogs et interviews, permettant à la rédaction du journal de ne pas assumer les propos tenus, en déléguant à des « invités » le soin de déverser sur les réfugiés, les Roms, les Arabes, les Noirs, les quartiers populaires ou les musulmans une surenchère de propos hostiles et stigmatisants.

Il est tout aussi attendu que sous couvert de « laïcité », ce type de discours soit normalisé et repris par des groupes politiques et idéologiques comme la mouvance vallsiste du « Printemps Républicain » et ses quelques dizaines d’adhérents, dont l’obsession des musulmans et l’occupation des questions identitaires sont devenues presque existentielles.

Mais ce qui est inattendu, c’est qu’une association comme la LICRA, sous couvert de lutte contre le racisme, sorte de son mandat pour reprendre ce type de propos sur son site et se lance dans une diatribe idéologique contre ceux qui auraient l’heur de ne pas partager les points de vue de sa direction.

 

Une ligne rouge est franchie lorsqu’une association antiraciste historique comme celle-ci, recevant des fonds publics censément alloués au vivre ensemble et à la lutte contre toutes les discriminations, se retrouve en compagnonnage avec ceux qu’elle prétend combattre, tout en s’attaquant à des fonctionnaires de l’Etat, de l’Observatoire de la laïcité au Défenseur des Droits en passant par la direction de l’université Lyon 2. Ainsi, la LICRA a publié un texte reprenant et diffusant les thèses de Céline Pina sans la moindre distance, mettant sous pression les organisateurs et les participants au colloque du 14 octobre et portant atteinte au débat public, dans un cadre associatif et universitaire.

Il semble que certains membres de la LICRA ne soient « Charlie » que lorsque cela les arrange et font de la lutte contre le racisme le simple cadre d’expression d’une lutte idéologique peu avouable. Il ne faut pas s’étonner, dès lors, que cette association soit méprisée et unanimement rejetée par les premiers concernés par le racisme, au point de ne pouvoir mettre un pied sur le terrain sans être systématiquement critiquée et mise face à ses contradictions. C’est triste, pour une association historiquement engagée sur ces questions, désormais cantonnée au rôle d’activistes idéologiques, sous perfusion d’argent public, reproduisant des élites stables se confortant dans leur entre-soi.

Ce qui est tout aussi inattendu, et pour tout dire assez déplorable, c’est que face à cette agitation et à ces invectives, la direction de l’université soit suffisamment secouée pour annuler l’évènement, tout en saluant paradoxalement le travail mené pendant des mois par les chercheurs, les fonctionnaires et les organisateurs, à qui nous adressons aujourd’hui un message de soutien et d’encouragement dans leur démarche. S’il fallait prouver l’ancrage et la toxicité des procédés d’exclusion islamophobes, on ne pouvait pas faire plus éloquente démonstration.

Quand des groupes idéologiques font pression sur une institution pour faire interdire des discours, des évènements ou des textes sur un fondement d’opinion, cela porte un nom : la censure.

Le CCIF demeure donc engagé et déterminé à faire son travail sans jamais se laisser intimider et participera, à chaque fois que cela est utile, à des échanges francs et constructifs. Le débat d’idées, le plus ouvert et le plus rationnel possible, est le seul moyen de trouver des solutions réalistes à des problèmes dont l’urgence ne s’est jamais autant faite sentir.

 

% commentaires (1)

Déplorable, en effet. La lutte contre l’islamophobie est dure en France.

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