BP 21 50 AVENUE DU PRÉSIDENT WILSON 93213
01 49 21 22 22

Traitement médiatique des actes islamophobes : une inversion des rôles

Dans les affaires de discrimination ou de violence raciste dans lesquelles un-e musulman-e est victime, on assiste bien souvent à une étrange inversion des rôles : la victime devient bourreau et l’agresseur bénéficie de toute l’empathie et des raisons que des commentateurs lui cherchent. Ce fut le cas lors de l’affaire Babyloup, quand la salariée licenciée avait fait l’objet de plusieurs mises en cause dans la presse, alors même qu’elle avait perdu son emploi. Ce fut également le cas des jeunes femmes victimes d’agression islamophobes à Argenteuil en 2013, dont la parole avait été mise en doute. 

C’est plus récemment le cas des deux femmes rejetées du restaurant Le Cénacle, à Tremblay, qui ont, dès leur premier témoignage, été mises en cause, d’abord par des groupes d’extrême droite, mais aussi par une certaine presse, qui a cherché à mettre en doute leur témoignage, tout en cherchant des raisons au restaurateur fautif. Les deux femmes avaient peut-être « provoqué » le restaurateur. Il s’agissait probablement d’un « coup-monté » de leur part. Et de s’indigner de l’action juridique menée par les victimes et le CCIF, alors même que le restaurateur « s’est excusé », comme s’il suffisait, une fois confondu par la police, de formuler des excuses pour être exonéré de rendre compte devant la justice. 

Parmi les nombreux reportages, le CCIF a observé avec consternation le traitement médiatique que l’AFP a choisi de donner à la couverture du procès de « L’affaire Cénacle ». 

Nous avons jugé utile de revenir en trois points sur les biais médiatiques de la dépêche de l’AFP,  favorisant la culpabilité des victimes du restaurateur du Cénacle :

  • Une femme en niqab pour illustrer l’article de l’AFP

Le 23 novembre dernier, plusieurs rédactions ont choisi d’illustrer leur couverture médiatique sur le procès du restaurateur du Cénacle par une photo d’une femme portant un niqab (voile ne laissant qu’apparaître les yeux), prise à Roubaix en 2012.

Et pour cause, elles ont toutes repris la dépêche AFP, sans se poser davantage de questions. Aucune d’entre elles n’a jugé utile de changer spontanément la photo accompagnant l’article. Ce n’est qu’après avoir été interpellées par des internautes que celles-ci modifieront leurs illustrations.

Le lien avec les deux clientes de confession musulmane expulsées du restaurant de Tremblay-en-France ? Aucun. Sarah et Myriam, les deux victimes, portent un simple foulard, (encore) autorisé en France. Le niqab, est quant à lui interdit depuis le 10 octobre 2011 dans les lieux publics. 

A gauche, une femme en niqab, vêtement interdit depuis le 10/10/2011

  • La parole de la victime comme élément déclencheur

Dans cet extrait de la dépêche AFP reprise par Libération, le lecteur pourrait comprendre que c’est suite à l’intervention des deux clientes de confession musulmane, traitant le restaurateur de « raciste », que ce dernier aurait proféré ces paroles islamophobes, tout en exigeant d’elles de quitter le restaurant. Si l’extrait vidéo commence à cet instant, le témoignage des victimes  précise que c’est le restaurateur qui les a apostrophé à la vue de leur foulard. Il aurait été utile de simplement le rappeler. 

  • Conclure par la seule parole de l’avocat du restaurateur

L’exclusivité de la parole donnée aux avocats du restaurateur parachève le sentiment de lire un papier déséquilibré.

A défaut, la dépêche aurait pu au moins rappeler le motif selon lequel ce restaurateur était jugé, soit la discrimination en raison de la religion donnée de ces deux clientes. Il est regrettable que ce dernier point ait été omis, sachant qu’il représente la centralité de ce procès.

De la fachosphère à la stratégie de défense, en passant par le traitement médiatique de cette affaire, un dénominateur commun se dessine : celui de faire passer en arrière plan la culpabilité du restaurateur pour favoriser la thèse selon laquelle les victimes auraient « orchestré » leur propre mise à l’écart, malgré des preuves accablantes

Sarah et Myriam sont des victimes. Qu’elles soient reconnues comme telles alors même que ce restaurateur a reconnu sa culpabilité, est-ce trop demander ? 

Articles associés

% commentaires (1)

Assalamou 3alaykoum ! Salut à vous ! Quand information rime avec propagande ! Quand mensonge rime avec version officielle ! En vérité je vous le dis, ils courent à leurs pertes. « Ainsi, Nous avons placé dans chaque cité de grands méchants qui y ourdissent des complots. Mais ils ne complotent que contre eux-mêmes et ils n’en sont pas conscients. » Crions à l’injustice !

Ecrire un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.