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Test de radicalisation : Geoffroy Didier visionnaire ?

Les candidats à la primaire « Les Républicains » redoublent d’effort pour grappiller les quelques points d’audience et se positionner dans les médias, quel qu’en soit le prix. Après Nathalie Kosciusko-Morizet qui affabulait de nouveau sur la communauté musulmane, c’est au tour de Geoffroy Didier, vice-président du conseil régional d’Ile de France (lui aussi candidat aux primaires) de proposer de mettre en place des « tests de détection de radicalisation » dans les établissements scolaires.

Tollé général dans l’opinion, légitimement choquée d’une telle idée. Le problème, c’est que cette approche est déjà à l’œuvre dans un certain nombre de services publics. L’expérience du CCIF a montré qu’il était parfaitement inutile de mettre en place de telles dispositions. Pourtant, sans être évidemment une généralité, cette approche de la « déradicalisation infantile » est déjà à l’œuvre dans certains établissements scolaires. Voici cinq affaires qui ont « testé » la proposition de Geoffroy Didier :

  • 1/ En janvier 2015, Ahmed, âgé de 8 ans, est interrogé par son directeur d’école pour savoir s’il « est Charlie ? ». Quand l’enfant, dans la binarité du discours ambiant, répondra que « non il n’est pas Charlie » et que par conséquent « il est avec les terroristes », il sera enmené manu militari au commissariat pour  « apologie du terrorisme « . Au cours de l’audition, il n’a même pas su dire ce que « terrorisme » signifiait. Il garde aujourd’hui un souvenir indélébile du traitement qu’il a subi.
  • 2/ Sarah* et Hajer*, toutes deux étudiantes et de confession musulmane, sont convoquées après les attentats du 6, 7 et 8 janvier 2015 au bureau du directeur de la faculté pour connaitre leur opinion « sur les attentats de Charlie Hebdo ». Aucune découverte en matière de radicalisation n’a été faite au cours de cet entretien, si ce n’est que les deux étudiantes se sont senties humiliées.
  • 3/ Kahina*, scolarisée en sixième, est convoquée par l’assistante sociale de l’école pour avoir porté une « jupe longue ». Au cours de l’entretien, l’assistante sociale lui posera tour à tour des questions, dans l’effort de détecter le degré de pratique religieuse de l’élève : « Tu te réveilles à quelle heure ? », « tu n’achètes pas de jean ? », « tu manges où ? ». La jeune fille et la famille se sont senties discriminées par un tel interrogatoire, cherchant à révéler et à problématiser leur pratique religieuse.
  • 4/ Lorsque le recteur de l’Académie de Poitiers avait envoyé un document Powerpoint aux établissements scolaires reprenant les critères censés « démasquer » le musulman « radicalisé », cela a juste eu pour effet d’accroître le sentiment de stigmatisation des citoyens de confession musulmane.
Académie-Poitiers-indicateurs-radicalisation
  • 5/ Juin 2016, la principale d’un collège d’Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine  impose à deux surveillants de déposer leur démission, s’ils ne veulent pas qu’elle les signale à la préfecture pour « radicalisation ». Leur tort ? S’être exprimés en langue arabe.

Aucun aspirant terroriste n’aurait été « détecté » grâce à un signalement de radicalisation opéré au sein de l’école. En revanche, nous pouvons craindre que les expériences de discrimination et de rejet vécues par des enfants, les amènent à développer un sentiment de méfiance envers les institutions censées les accompagner dans leur parcours citoyen.

En réalité, les établissements scolaires disposent déjà de dispositifs pour alerter les autorités compétentes en cas de comportement déviant d’un élève, quelles qu’en soient les raisons.

A part accroître les chances de Geoffroy Didier d’augmenter sa notoriété et d’humilier inutilement des enfants et leur famille, cette proposition est donc parfaitement inutile.

*Les prénoms ont été modifiés.

 

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% commentaires (2)

Bravo le Ccif et merci pour votre analyse tout à fait vrai!

La proposition du politicien n a pas de sens.

Je pense même que c est en pointant du doigt les mauvaises personnes que cela créée des frustrations des divisions et donc des violences.

Le pire de tout ça c est que

c est à l école où l on apprend les valeurs comme le partage ou bien la tolérence.

et oui l école est un endroit où l on est censé être rassuré être accompagné.

Etre mis à part parce qu on appartient à telle religion à tel pays à telle ethnie à telle classe sociale fait naître un sentiment de frustration et ce n est pas bon du tout

c est surtout pas normal et c est à la limite de la discrimination ..

l éducation nationale doit intervenir et faire son travail en étant neutre s occuper de l apprentissage de la manière la plus juste pour que chaque élève soit un BON citoyen FRANÇAIS.

l enfant de huit ans n est peut être pas Charlie mais c est un être Humain.

Après si les politiciens veulent diviser pour mieux régner ils sont bien partie.

Bonjour à tous, assalamou aleikoum,
Je vous écrit depuis la Suisse, je viens d’adhérer au CCIF suite à tout ce que je vois et entends de ce qui se passe en France. Une situation gravissime et indigne d’une démocratie.J’espère que toutes les personnes qui défendent la justice, les libertés individuelles deviendront membre du CCIF, c’est ce que j’ai demandé à mon réseau.
Je dis MERCI aux personnes qui travaillent au sein du CCIF. La tâche n’est pas facile mais elle est nécessaire et urgente. Les musulmans de France et d’ailleurs doivent se mobiliser, être unis, défendre leurs droits, s’engager dans la société, VOTER de la meilleure des manières comme nous l’a montré notre Prohète (paix et bénédictions sur lui)

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