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Editorial: De la crise systémique et de l’incompétence des politiques

Notre pays est atteint d’une pathologie dont les symptomes sont de plus en plus visibles: une crise durable du modèle socio-économique, une dégradation des services publics dans la santé et l’éducation, un affaissement des fondements démocratiques, un délitement du débat public et des failles sécuritaires importantes.
Plutôt que d’apporter des solutions analytiques et efficaces à ces problèmes bien réels que nous traversons, une large partie de la classe politique, par populisme, par déni ou par simple aveu d’incompétence, a choisi de ne plus aborder les sujets sur le fond. La charge argumentaire et le raisonnement sur la base de faits réels ne sont plus centraux dans le débat public, relégués au profit des invectives, des attaques ad hominem et des campagnes de diversion massive.
Plus besoin d’expliquer 30 ans d’échec dans la lutte contre le chômage, lorsqu’il suffit de mettre en scène la mise en péril du modèle républicain par les habitants des quartiers populaires.
Plus besoin de reconstruire un récit français unificateur et inspirant pour tou-te-s, lorsqu’on peut hystériser les débats en montant les gens les uns contre les autres.
Plus besoin de justifier les failles de notre système policier, plus apte à frapper des manifestants et à défoncer des portes ouvertes qu’à arrêter et prévenir le recrutement et l’action terroristes, lorsqu’on peut tout simplement faire de cette violence un fait inexplicable et incompréhensible, dont les musulmans seraient responsables, par action ou par omission.
Sans presque jamais avoir le droit à la parole, les musulmans sont convoqués dans l’espace public. Sommés de s’expliquer, de se justifier, de se soumettre à l’analyse distanciée et stigmatisante « d’experts » sans la moindre compétence, si ce n’est dans l’autopromotion et le signalement ostensible de leur disponibilité professionnelle.
On ne peut plus parler d’islam… sauf 24h/24 dans tous les médias et sur toutes les antennes de France. Le sujet est central, omniprésent, inévitable, indépassable, avec à chaque fois la même logique et le même mécanisme: 
Islamiser les problèmes, problématiser l’islam.
Qu’on parle de la filière viande et le halal devient un problème. Qu’on parle de liberté d’expression et la « susceptibilité » des musulmans devient un problème. Qu’on parle de la ghettoisation des quartiers populaires et le communautarisme supposé des habitants devient un problème. Qu’on parle de l’entreprise, de l’hopital ou de l’université et les « revendications communautaires » deviennent un problème… sans qu’à aucun moment on se sente obligé de fournir la moindre preuve des faits avancés pour mettre à l’index des pans entier de notre peuple, ni qu’on ouvre la fenêtre du monde réel:
Celui où les gens vivent ensemble, un jour après l’autre, où les enseignants de l’école publique font tout ce qu’ils peuvent pour compenser le manque de moyens et l’absence de mixité sociale, où la vie en entreprise et en université est, comme partout ailleurs, un travail permanent du lien, de l’écoute et de la recherche de solutions.
Il n’y a pas de « problème musulman ». Pas de chômage islamique, pas d’islamisation du territoire, pas de conquête secrète ni d’infiltration, pas de goût particulier à la viande halal, pas d’idéologie vestimentaire diffusable dans les boutiques de mode.
Juste des représentations politiques qui catégorisent et problématisent: hier des bouts de tissus, aujourd’hui celles qui les portent.
On écrira des livres sur cette classe politique qui ne trouve rien à redire à ce qu’une ministre en exercice, dans le même discours, viole la mémoire de l’esclavage en parlant des « nègres américains qui (le) soutenaient »… pour s’en servir à des fins de stigmatisation des femmes musulmanes voilées. En tant que ministre chargée de défendre les droits des femmes, on se demandera comment Laurence Rossignol pourra préserver ceux de celles qu’elle n’aime et ne respecte manifestement pas, lorsqu’elles font face à des taux de discrimination endémiques, dans l’accès à l’éducation et au travail.
On s’interrogera sur les renoncements de cette classe politique, sur ses silences coupables, sur ses complicités dans l’institutionnalisation des formes de racisme contemporaines.
On relativisera en se disant qu’une élite n’ayant jamais vécu le racisme ne peut au bout du compte pas ressentir grand chose, lorsqu’il s’agit de se décentrer pour comprendre ce que peut ressentir un-e migrant-e, un-e Noir-e, un-e Arabe, un-e musulman-e, un-e Rrom dans la France de 2016.
On relèvera que cette injonction à développer une capacité d’empathie est tellement asymétrique, puisqu’on demande aux personnes visées par le racisme et la haine de « comprendre » la position de leurs oppresseurs, sans jamais que ceux-ci soient réellement remis en cause dans les formes structurelles de leur domination. Puis de s’étonner lorsque la colère s’exprime, choqués qu’ils sont de ce qu’ils ont produit de leurs propres mains.
On se dira qu’il n’y a rien à attendre, en termes de prise de conscience spontanée, d’un Etat structurellement aveugle à ses propres dérives et à ses propres manquements. Tellement occupés à préserver leur poste, pourquoi devraient-ils se préoccuper du notre? Tellement ivres de leurs propres privilèges, comment pourraient-ils y renoncer de leur gré?
Pourtant la France vaut tellement mieux que ça.
C’est ce que nos concitoyens nous montrent au quotidien. A coté de ceux qui sombrent dans le racisme et l’intolérance, dans le rejet de l’autre et le défaitisme, il y a aussi des millions de personnes qui relèvent le défi de la fraternité, en étant solidaires les un-e-s des autres, en faisant passer l’humain avant la peur.
Dans une période où vivre ensemble est devenu un acte de résistance, ils partagent une belle utopie: celle de croire que notre union est plus grande que notre somme.
C’est tout le sens du travail du CCIF: apporter soutien et assistance aux victimes de l’islamophobie, sous toutes ses formes, tout en étant force de construction pour la France de demain, avec espoir et détermination.

% commentaires (1)

La France ne vaut pas mieux que ça. Si c’était le cas elle se serait révoltée depuis longtemps. La vérité est que les élites francs-maçonnes ne cachent plus leur haine de l’islam. En plus ça tombe bien car ils ont des boucs émissaires tout trouvés en la personne du musulman. Donc voilà c’est pas nouveau. Ça fait 50 ans que ça dure. Allah seul nous sauvera. Inshaallah

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