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« La laïcité garantit aux croyants et aux non-croyants le même droit à la liberté d’expression de leurs convictions. »

Face à certains polémistes qui voudraient dévoyer le sens premier de la laïcité tel qu’établie dans la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905, nous avons contacté ce matin M. Nicolas Cadène, rapporteur général de l’Observatoire de la Laïcité afin de clarifier l’acceptation juridique de ce principe :  

  • La vision de la laïcité consistant à croire que l’opinion religieuse individuelle de chacun doit disparaître du champ de l’expression publique ne menace t-elle pas le vivre ensemble ?

Il est clair que, juridiquement, cette définition de la laïcité n’est pas exacte. La laïcité garantit aux croyants et aux non-croyants le même droit à la liberté d’expression de leurs convictions. C’est en posant ce cadre qui permet à chacun de s’exprimer, dans le respect mutuel et dans le cadre de la loi, que l’on assure le vivre ensemble. Seuls ceux qui exercent une mission de service publique doivent être neutres, parce qu’ils doivent ainsi assurer l’égalité des citoyens face au service public, quelles que soient leurs convictions ou croyances. Concernant les élèves des écoles, collèges et lycées publics, il leur est demandé depuis 2004 de ne pas porter de signes ou de tenues « manifestant ostensiblement une appartenance religieuse ». Cette loi a été justifiée par la nécessité de préserver les enfants de pressions qu’ils subiraient dans l’acquisition des bases du savoir afin qu’ils puissent ensuite faire librement leurs choix. C’est d’ailleurs pourquoi la Commission Stasi avait rappelé que cette loi n’a pas vocation à s’appliquer à l’université.

  • Quel serait le lien entre la défense de la laïcité et la revendication du droit à être islamophobe, selon la définition de la laïcité défendue par l’Observatoire de la Laïcité ?

Si on entend par « islamophobie » les actes antimusulmans, il n’y a évidemment aucun lien. Si on entend par « islamophobie », le droit de critiquer la religion, cela est bien sûr possible (comme l’on peut critiquer toute idée ou conviction) mais dans le cadre de la loi. La liberté d’expression est garantie par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et est à préserver. Mais elle comporte des limites : l’injure, la diffamation et la provocation à la haine raciale, à la discrimination ou à la violence envers des personnes ou des groupes de personnes.

  • Est-ce être contre la laïcité que d’exercer son droit individuel de ne pas aimer telle ou telle production journalistique ou artistique ?

 Non bien sûr. Là encore, dans le cadre de la liberté d’expression, chacun a parfaitement le droit de faire part de son désaccord sur telle ou telle ligne éditoriale ou œuvre artistique. Mais avec les mêmes limites que celles rappelées préalablement.

  • Quelles seraient les recommandations de l’Observatoire de la laïcité pour que ce principe recouvre son sens premier et redevienne une valeur inclusive respectueuse du vivre-ensemble ?

Nous avons besoin d’un gigantesque plan de formation à la laïcité, pour les acteurs de terrain, les associations, les fonctionnaires, mais aussi pour les élus et les journalistes. L’Observatoire de la laïcité se veut pédagogue, en apportant des réponses concrètes aux problèmes qui peuvent se poser et en éliminant certaines confusions. Une de nos premières tâches a donc été d’éditer des guides pratiques qui expliquent comment répondre à des problématiques de terrain en lien avec le fait religieux et la laïcité (consultables sur www.laicite.gouv.fr). Par ailleurs, il faut que les médias parlent davantage de ce qui marche, et prennent du recul dans le traitement de ces questions. 

  • N’y a t-il pas nécessité d’un débat clair sur cette question sujet à clivage actuellement dans notre société ? Si oui, avec quels acteurs ?

Oui, bien sûr. On constate d’ailleurs, et c’est une bonne chose, le besoin pour beaucoup de se réapproprier ce principe de laïcité. Il faut donc multiplier les débats partout dans la société et bien sûr dans les médias de masse. En y associant les acteurs de terrains, les associations, les mouvements d’éducation populaires, les élus, les cultes, les obédiences maçonniques, bref tous ceux qui ont des choses à dire à ce sujet. Mais, ce qui est important, c’est de garder la « tête froide » sur ces sujets et de dépassionner le débat.

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% commentaires (1)

Point de vue raisonable que l’on voudrait voir partagé par tous. Concernant la loi de 2004 sur les signes religieux à l’école, elle n’est pas non plus laïque, mais anti religieuse (puisque seuls les signes religieux sont interdits). On peut trouver des arguments pour cette loi, mais je suis moi même contre parce qu’elle transfère certaines responsabilités parentales à l’état.

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