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Me laisser faire : plus jamais

Je suis tunisienne, arrivée en France il y a 5 ans, j’ai entamé il y a quelques mois des démarches en vue d’obtenir la nationalité française.

J’ai passé le baccalauréat en France. L’ayant obtenu avec mention, j’ai passé un concours pour intégrer un IUT de Nantes. Il n’y avait que 140 places sur 1400 : j’étais parmi les 140. C’est au cours de ma formation en IUT que j’ai commencé à porter le voile. Et c’est là que j’ai subi l’expérience de l’exclusion sociale. J’ai essuyé des remarques désagréables de la part des enseignants et des autres étudiants. J’étais rejetée, mise à l’écart, tout était fait pour que je ne me sente pas la bienvenue. Je ne parlais pas très bien le français à l’époque, je n’étais en France que depuis deux ans, je n’avais pas les moyens de me défendre.

Un jour, un étudiant m’a dit avec mépris que j’étais « soumise » : c’est comme ça qu’il me voyait, à cause de mon hijab. Cette remarque a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. J’ai abandonné, je ne suis pas retournée en cours. J’étais choquée de la manière dont j’avais été traitée, je me disais que je ne serais jamais acceptée, que l’on ne me laisserait pas m’intégrer. Pendant un an et demi, je n’ai pas repris mes études. J’ai consulté un psychologue car j’allais mal, je souffrais de ce traumatisme. Puis j’ai fini par retrouver la force de m’y remettre : je me suis réorientée, j’ai entamé un cursus de sciences à la fac. Là-bas je ne suis pas la seule à porter le foulard, nous sommes 4 étudiantes voilées dans l’université. Tout s’y passait bien, je n’y ai rencontré aucun problème… Du moins jusqu’à hier.

Hier, premier TD de mathématiques du second semestre, je rentre en classe et m’installe dans la salle pour suivre le cours avec mes camarades, et nous attendons l’arrivée de l’enseignante, à qui nous n’avons encore jamais eu affaire. Lorsqu’elle est entrée, avant même d’avoir fait l’appel, elle s’est adressée sèchement à moi en disant : « Vous enlevez ça ». J’ai refusé, sachant que j’étais dans mon droit,

étant donné que je ne suis pas concernée par la loi sur la dissimulation du visage, puisque je ne porte pas le voile intégral mais simplement le foulard, ni par la loi sur l’interdiction des signes religieux à l’école, puisque son application se limite aux écoles, collèges et lycées, et l’enseignement supérieur ne fait pas partie de son champ d’application.

Elle s’est énervée, et m’a ordonné de sortir. Je lui ai précisé que le règlement intérieur ne m’interdit pas de porter le voile. L’enseignante m’a répondu qu’elle s’en foutait, et m’a redemandé de retirer mon voile ou de sortir. J’ai à nouveau refusé, et je suis sortie de la pièce en laissant mes affaires. Je tremblais, je ne voulais pas montrer ma faiblesse mais j’étais sous le choc.

Je me suis dirigée vers le bureau du doyen de l’université, d’habitude je suis forte mais là j’étais effondrée, en pleurs. Il était absent, je me suis adressée à un autre professeur, qui a été outré du comportement de l’enseignante. Les autres étudiants présents dans la salle se sont également indignés de ce qu’elle avait fait, et plusieurs m’ont dit être prêts à témoigner. Cinq autres enseignants m’ont soutenue : ils se sont désolidarisés de l’attitude de l’enseignante, qu’ils ont jugée anormale et inacceptable, et ont confirmé que j’étais dans mon droit au regard de la loi et du règlement intérieur. Certains de ceux qui m’ont soutenue semblent penser que j’ai été humiliée, mais je n’ai pas honte. C’est elle qui s’est humiliée et ridiculisée. Moi je suis fière de m’être montrée plus civilisée qu’elle, d’avoir gardé mon calme tandis qu’elle s’acharnait sur moi.

La loi française est de mon côté, donc j’ai déposé une plainte au commissariat pour discrimination en raison de l’appartenance religieuse, et j’ai saisi le CCIF car je ne veux plus laisser passer ce genre de choses.

% commentaires (13)

Salam alaykoum,

Je suis touchée mais en même temps fière de ton comportement ma soeur, aujourd’hui malheureusement en France nous devons nous justifier d’avoir des droits comme citoyen français à part entière, c’est dur mais il faut trouver ce courage pour pouvoir combattre l’injustice et dire « non moi aussi j’ai des droits », ton témoignage est vraiment à prendre en compte pour qu’on ne se laisse plus marcher sur les pieds à cause d’un foulard qui dérange.
Qu’Allah te facilite insha’Allah.

PS: J’espère connaitre les suites données à la plainte !

Salam aleykoum,

Tu as bien fait ma soeur, il ne faut jamais se laisser faire, d’autant plus lorsque la loi est de notre côté et que l’on connait nos droits!
Merci au CCIF d’aider cette autre victime dans ses démarches.
Quant à la la professeure, j’espère qu’elle aura ce qu’elle mérite!

Salam aleykoum. Al Hamdoulilah ma soeur, tu es un exemple pour nous tous ! Masha’Allah. Courage, reste toi-même, tu es dans ton droit. Ne retire pas ta plainte. Fais toi accompagner par une association éventuellement dans tes démarches. Qu’Allah te facilite.

Très touchante l’histoire , Courage et tenez bon pour la suite , on compte sur vous , on a pas toutes le courage pour affronter ce genre de situation . Je vous soutiens .

Assalamou allaykoum
Bon courage m’a sœur, lâche pas l’affaire, il faut aller jusqu’au bout.
De mon côté je fait des douaa pour toi.

Il m’est arrivé strictement la même chose mais je n’ai pas eu le réflexe de porter plainte, chose que l’on devrait faire systématiquement.

salam wa3leykoum tbarkallah a3lik oukhty waouh jen suis toute ému quelle patience masha allah , qu’Allah te facilite dans tout tes projets et surtout surtout dans tes études insha allah 🙂

Qu’Allah azza wa jal te renforce ta foi et te facilite tes épreuves à venir, Allah t’eprouve pour tester ta foi en Lui et el hamdoulilah tu ne t’es pas rabaissée
Allah nous dit dans le coran que les non musulmans ne seront satisfaits de toi que lorsque que tu auras accepté leur religion, alors ne faiblit pas, ce ne sont que des lâches injustes qui se comportent comme ça, ils s’en prennent à toi parce que tu es seule.

Salam aleykoum,

Il m’est arrivé presque la même chose lorque j’étais en Master 2 de biologie à Paris VI. Une professeur qui devait nous faire cours m’a dit « si tu viens avec ton foulard, je ne ferai pas le cours ». Effectivement, je suis venue et elle a pris ses affaires et a quitté la salle. Au niveau hiérarchique elle a dit qu’elle exercait son « droit de retrait », que physiquement elle se trouvait incapable de faire cours si il y avait une fille voilée dans la salle. Dailleurs elle a réussi a obtenir un arrêt de travail du médecin. D’habitude les prof tuilisent leur droit de retrait lorsqu’un prof se fait physiquement agréssé par un élève…

Par la suite, j’ai menacé de porté plainte mais le directeur du Master m’a dit que si je faisais la moindre démarche il ne me donnerait pas le Master à la fin de l’année, vu que c’est un diplôme attribué selon la décision du jury et non selon les résultats aux examens. Il m’a dit « je suis le seule juge pour l’attribution du diplôme et je n’ai pas à justifier ma décision ». Bref, ils m’ont mis la pression, je n’ai rien dit, j’ai eut mon Master, c’était en 2011.

Cette année, la même prof a récidivée dans le même Master avec 3 trois étudiantes voilées. Elle leur a dit que si elles venaient voilées, le cours n’aurait pas lieu. Les étudiantes ont préféré ne pas venir à son cours, pour éviter de pénaliser toute la promo et que le cours ait lieu quand même.

Chaque année les filles ne disent rien car elles veulent leur diplôme.

Est-il trop tard pour que je porte plainte?

Assalam alykoum,
Dégoûtée de lire ces lignes, et celles de notre soeur Mouna.
Et dire que ces tarés doivent brandir leur sacro-sainte liberté de la femme, alors que ce sont eux qui les persécutent et les humilient. Le voile est devenu notre étoile jaune.

Mouna, il n’est peut-être pas trop tard pour porter plainte. Vous est-il possible de contacter notre service juridique, à l’adresse contact@islamophobie.net ou au numéro 0954802593 ? Nos juristes pourront vous conseiller sur les démarches à entreprendre pour faire valoir vos droits.

Salamou alaykom,
Moi aussi il l’est arrivé cette discrimination en raison de mon voile.
A la rentrée des classes 2004/2005, il y a eu des tests d’anglais pour nous diviser en 2 groupes. Ceux qui avaient des bonnes notes allaient avec une professeur d’anglais (américaine) et les autres avec la 2ème professeur d’anglais (anglaise). Madame Poleen a refusé que je sois parmi ses élèves. Le doyen m’a donc dit « pour éviter les problèmes, on vous propose d’aller dans l’autre groupe d’anglais ». Je regrette de ne pas avoir porté plainte pour discrimination.
Salamou alaykom.

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